Bilan

Le franc fort au coeur des préoccupations du tourisme suisse

Réunis pendant deux jours à Zermatt, les professionnels suisses du tourisme et de l'hôtellerie ont principalement évoqué le franc fort, alors même que la devise helvétique s'appréciait encore face à l'euro.
  • Face au franc fort, le secteur du tourisme doit réagir sous peine de vivre des heures extrêmement sombres.

    Crédits: Image: Suisse Tourisme
  • Pour Jean-François Roth, l'abandon du taux plancher va immanquablement se traduire par une forte baisse des nuitées en Suisse dans les mois à venir.

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  • Pour Jürg Schmid, il faut s'inspirer de l'horlogerie et proposer des produits et un marketing de manufacture, presque du sur-mesure.

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  • Pour Gilles Dind, il ne faut surtout pas négliger la clientèle européenne qui représente 37% des nuitées en Suisse.

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Le calendrier et la bourse sont mesquins avec le tourisme suisse. Alors même que le choc de l'abandon du taux plancher semblait s'être atténué au courant du mois de mars avec un cours remonté aux alentours de 1,08 franc pour 1€, une nouvelle envolée de la devise suisse est intervenue à la mi-avril, ravivant les inquiétudes de tout un secteur. Réunis pendant deux jours à Zermatt cette semaine pour la Journée Suisse du Tourisme, les professionnels du secteur ont analysé ce phénomène et exploré des pistes pour y faire face.

Si certains auraient sans doute préféré se souvenir d'un lointain passé avec la première ascension du Cervin par Edward Whimper en 1865 (Zermatt célèbre cet anniversaire cette année, d'où le choix de la station valaisanne pour ces assises annuelles de la branche), c'est un passé plus proche qui a été rappelé par tous les orateurs présents: ce 15 janvier 2015, quand la Banque Nationale Suisse a annoncé l'abandon du taux plancher.

Vers un important recul des nuitées

Pour le conseiller aux états jurassien et président de Suisse Tourisme Jean-François Roth, il est inutile de se bercer d'illusions: «L'abandon du taux plancher va occasionner un important à très important recul des nuitées». Les bons chiffres de février ne doivent pas masquer la situation: le deuxième mois de l'année a bénéficié de réservations effectuées avant l'annonce de la BNS et d'un calendrier favorable avec des vacances scolaires concentrées sur ce mois et donc plus précoces qu'en 2014.

Mais les chiffres présentés par Jean-François Roth sont sans équivoques: les nuitées de clients issus de la zone Euro sont en baisse dans l'intégralité des régions touristiques suisses sur les deux dernières années, à l'exception de Bâle (0%). Les variations vont de -3 à -20% selon les secteurs. Si les établissements urbains parviennent à limiter la casse, les hôtels ruraux et montagnards vivent déjà des jours très difficiles.

Une distinction s'opère dès lors entre trois types majeurs de clientèles: les clients suisses, les Européens, et ceux des destinations plus lointaines. Avec trois stratégies distinctes à adopter pour les conserver ou les attirer.

Conserver les clients suisses

Les clients suisses tout d'abord. Si plus de la moitié d'entre eux voyagent majoritairement en Suisse pendant leurs congés, cette situation pourrait changer dans un proche avenir: «Avec leur pouvoir d'achat, jamais ils n'ont été aussi recherchés par les autres destinations, qui veulent profiter de ces touristes nantis d'un franc fort», prévient Jean-François Roth. Pour conserver leurs faveurs, les professionnels du secteur entendent renforcer les liens qui unissent les citoyens de notre pays aux richesses que ce territoire comporte. Privilégier l'émotion et l'expérience des clients à travers le développement d'un story-telling adapté et offensif.

Pour les clients lointains, l'attraction est déjà là. Certains reviennent même en force ces derniers mois. Ainsi, les Américains ont largement contribué cet hiver à atténuer les effets immédiats de l'abandon du taux plancher avec une hausse de 20% par rapport à l'année précédente. «N'oublions pas que les Etats-Unis ont vécu une grave crise en 2009. Il fallait que la situation économique se rétablisse avant de voyager à nouveau. Et désormais c'est le cas, les Américains reviennent», se réjouit Suzi LeVine, ambassadrice des USA en Suisse. En Asie aussi, la Suisse séduit mais cette attraction produit surtout des effets dans les villes ou sur les sites touristiques majeurs. Les établissements situés dans des lieux moins prestigieux ne bénéficient pas de cette attirance pour la Suisse.

Restent donc les clients européens. Pour Gilles Dind, directeur Europe de l'Ouest à Suisse Tourisme, il ne s'agit pas de renoncer à ce marché, «qui représente encore pas moins de 37% des nuitées en Suisse». En attendant la reprise économique en zone Euro qui pourrait relancer les venues de clients allemands, italiens, français ou néerlandais en plus grand nombre, il distingue trois groupes au sein des clients européens.

S'inspirer de l'horlogerie

«Il y a ceux qui ont été très sensibles aux variations des taux de change comme l'Allemagne, la Finlande ou le Benelux; ceux qui ont été moins touchés mais sur lesquels on a quand même vu les effets avec la France, l'Italie, l'Espagne, le Danemark ou la Grande-Bretagne; et enfin ceux qui n'ont pas été touchés et dont les rangs grossissent, surtout dans les pays de l'Est de l'Europe, nouvellement membres de l'UE, pays baltes en tête», détaille ainsi Gilles Dind. Pour chacun de ces marchés, Suisse Tourisme et les autres acteurs du secteur devront adopter une stratégie différente, basée sur les prix, le service, l'émotion, les activités sportives, la culture, la gastronomie, le luxe,...

Mais le secteur du tourisme ne s'épargnera pas une remise en question s'il veut surmonter cette crise. Directeur de Suisse Tourisme, Jürg Schmid milite pour une nouvelle approche: «Nous pouvons envisager le futur avec assurance quand nous regardons notre pays et ses richesses, mais la réalité du marché avec le taux de change ne peut être balayée… Devons-nous baisser les prix? Nous ne pourrons pas aller dans cette voie, des efforts ont déjà été faits. Il faut redimensionner, miser sur la qualité et oser innover. Les éléments qui nous différencient des autres permettent de surmonter la différence des prix. Nous devons nous inspirer de l'horlogerie et proposer des produits de manufacture et non des produits issus de la production de masse, et donc aller vers du marketing de manufacture et ne pas nous fourvoyer avec du marketing de masse».

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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