Bilan

Le défi des stations de ski suisses

Comment arriver à garder une attractivité suffisante sans que les prix ne prennent l’ascenseur? Les propositions du président des Remontées mécaniques de Crans-Montana.
  • Philippe Magistretti: A Crans-Montana, «la priorité, c’est la problématique des chambres hôtelières».

     

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  • Le milliardaire Radovan Vitek est l’actionnaire majoritaire de CMA.

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La plupart des sociétés de remontées mécaniques suisses se battent perpétuellement contre un endettement endémique. Celles de Loèche-les-Bains sont même en sursis concordataire. «Il existe un besoin continuel de capitaux dans cette industrie. Cela s’explique par le fait que nous n’avons que des coûts fixes. Près de la moitié d’entre eux sont liés à des actes que le client ne verra même pas: la sécurité des pistes, l’enneigement artificiel ou encore les frais marketing, etc. Notre défi constant est d’arriver à garder une attractivité suffisante sans que les prix ne prennent l’ascenseur», relève Philippe Magistretti, président depuis 2008 des Remontées mécaniques de Crans-Montana Aminona (CMA) qui exploite la totalité du domaine skiable jusqu’à son point culminant, le glacier de la Plaine-Morte, lequel se situe à près de 3000 m d’altitude. 

Ce dernier mentionne un second défi majeur: «Si on veut saisir des parts de marché plus importantes, par exemple en ajoutant de l’offre, alors il faut faire des investissements très importants.» Très concrètement, en ce qui concerne Crans-Montana, cela signifie des dizaines de millions de francs pour refaire entièrement le bâtiment de la Plaine-Morte, ainsi que les installations de remontées, cela dans un horizon de trois ans. Et de paraphraser Trotski: «Le tourisme est comme une bicyclette: celui qui s’arrête tombe!»

«A Crans-Montana, la priorité a été donnée à la problématique des chambres hôtelières. Les enquêtes montrent que chacune d’elles rapporte environ 3000 francs par année aux sociétés de remontées mécaniques. La votation sur la Lex Weber nous offre paradoxalement des opportunités de développement hôtelier», ose le président de CMA. Voilà pourquoi les communes concernées ont, entre autres, donné leur aval à la réalisation de deux nouveaux hôtels au départ des télécabines de Crans.

Le promoteur Radovan Vitek, devenu entre-temps l’actionnaire majoritaire de CMA, s’est engagé à bâtir un cinq-étoiles et un trois-étoiles, soit 200 chambres en tout. Ce qui devrait représenter un investissement de 250 millions de francs. Précisons que CMA serait sur le point de trouver un accord avec les promoteurs de la société Aminona Luxury Resort and Village qui permettrait de rouvrir une liaison sur Aminona dès l’été 2017. 

Miser aussi sur l’intersaison

Troisième défi: promouvoir la continuité saisonnière pour réduire la période creuse. «Cela passe par le développement d’infrastructures à 3000 m d’altitude avec de l’enneigement artificiel et la création d’un produit mixte été-hiver.» Philippe Magistretti rêve de parvenir à insérer la station dans le circuit des tour-opérateurs pour attirer une partie de la clientèle touristique de destination, c’est-à-dire celle qui visite en autocar les principaux sites du pays: Interlaken, Lucerne, le jet d’eau de Genève, Lavaux, Zermatt, etc. 

«Nous avons dessiné trois pistes orientées différemment. Et nous sommes en discussion avec une marque horlogère pour développer un projet inédit dans le bâtiment. Ce dernier sera refait en partie afin de mieux mettre en valeur la vue imprenable à la fois sur le Cervin et le Mont-Blanc, ce qui est unique en Europe.» En développant la Plaine-Morte, cela permettra aussi de favoriser la pratique du ski dès fin octobre et jusqu’à début mai. Autant dire que cela donnera un réel avantage compétitif
à cette station valaisanne. 

Autour de l’épine dorsale des sports d’hiver, l’enjeu est de parvenir à offrir des activités annexes, tout autant indispensables: pas seulement de la randonnée ou du mountain-bike, mais aussi un concept d’«entertainment» pour l’après-ski et les soirées. Car le Caprices Festival ne dure pas toute l’année. «Nous misons beaucoup sur la venue à Crans du concept la Folie douce, qui mixe cuisine généreuse et clubbing. Il bénéficie de plusieurs millions d’adeptes sur les réseaux sociaux et devrait doper l’attractivité de la station dès l’hiver 2016-2017.» 

Trois événements seront mis sur pied dès cet hiver: l’un en janvier au Régent avec pour objectif de présenter la déclinaison «fruitière» du concept, soit anglé pour quadragénaires avec un repas gastronomique, un spectacle et ensuite un DJ; le second dans la zone des Violettes le samedi 13 février, dans le cadre des trois courses de Coupe du monde qui se dérouleront à Crans; et le troisième en mars, quelques jours avant le début du prochain Caprices Festival. 

«Il est évident que nous avons une lacune dans le segment des 15 à 30 ans. Les enfants des nombreux copropriétaires se rendent souvent à Ischgl (réputé comme étant l’«Ibiza des Alpes») à la frontière entre la Suisse et l’Autriche pour y faire la fête. Cela nécessite huit heures de train et des factures conséquentes alors que cela ne leur coûterait rien en hébergement s’ils pouvaient faire la fête à Crans», analyse le président de CMA. Précisons que, comme à Megève, Saint-Gervais, Courchevel ou Val-d’Isère, la Folie douce sera implantée sur le domaine skiable et non dans la station.

Les stations menacées

Que pense Philippe Magistretti de l’avenir des quelque 200 domaines skiables du pays? A l’en croire, compte tenu des coûts fixes, une société de remontées mécaniques qui réalise moins de 15 millions de chiffre d’affaires aura du mal à être pérenne. «En fait, chaque installation de remontée devrait si possible atteindre 800  000 francs de chiffre d’affaires. Les remonte-pentes sont la solution idéale pour un petit domaine. A contrario, un télésiège débrayable revient dix fois plus cher.»

Autre source de souci: il est difficile de fabriquer de la neige artificielle en dessous de 1500 m. Autrement dit, l’accès au domaine skiable ne devrait pas être inférieur à cette altitude. Dont acte. 

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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