Bilan

Le coworking séduit les Romands

Le secteur des espaces de travail partagés est en forte expansion depuis quelques années. En deux ans, le nombre de lieux a triplé en Suisse. Décryptage d’un phénomène.
  • «Le coworking représente environ un tiers de nos revenus», affirme Aurore Bui, gérante de Soft-Space à Genève.

    Crédits: Lionel Flusin
  • Fin septembre, le plus grand espace de coworking de Suisse a été inauguré à Lausanne: Gotham! s’étend sur 2300 m2.

    Crédits: Dr

Lors de l’inauguration de Spaces, nouvel espace de coworking à Genève, son CEO Martijn Roordink était formel: «Les bureaux classiques et les open spaces sont dépassés.» La tendance semble bien là. L’association Coworking Switzerland, qui avait recensé 30 espaces du type en 2015, en compte désormais 90, avec plus d’une dizaine de demandes d’adhésion. Les ouvertures s’accélèrent: à Lausanne, fin septembre, le plus grand lieu de coworking du pays, baptisé Gotham!, s’est installé dans l’ancienne usine de tri, soit sur environ 2300 m2. De son côté, le géant mondial Spaces a lancé début octobre son antenne zurichoise, quelques mois après celle de Genève. Un autre a vu le jour à Fribourg début octobre.

Pourquoi un tel essor? «C’est un peu le Bed & Breakfast des espaces de travail, affirme Jenny Schäpper-Uster, directrice de Coworking Switzerland. On se concentre sur la communauté.» Les personnes ont un endroit où avancer sur leurs propres projets mais bénéficient également d’autres avantages. «Il y a des opportunités de rencontres, de se faire connaître et d’apprendre les dernières tendances», note Garry Gurtler, responsable de Spaces en Suisse. 

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Pour lui, les avancées technologiques ont changé les choses. «La nouvelle génération fait le travail autrement», poursuit-il. Loin des traditionnels bureaux fermés, la tendance est à l’ouverture et à des lieux plus informels. Si des endroits calmes existent toujours, des salons de discussion sont aussi implantés. Ce qui permet aux différents profils présents d’échanger et de s’aider les uns les autres. 

Plusieurs formules existent pour les travailleurs, mais les gérants proposent en général un abonnement nomade et un fixe. Les tarifs varient entre environ 200 francs par mois à plus de 800 francs pour le pass flexible, qui permet d’accéder aux bureaux ouverts. Les bureaux fermés sont, eux, plus chers. 

A chaque ambiance sa clientèle

Plutôt haut de gamme, destiné aux entrepreneurs sociaux ou aux étudiants, chaque espace de coworking attire sa clientèle. Les gérants sont nombreux à s’installer autour des gares ou dans des quartiers dynamiques des grandes villes, mais des établissements ouvrent aussi dans des endroits plus éloignés. Les créateurs des lieux construisent un univers correspondant à une communauté. Beaucoup de start-up recourent au coworking, mais d’autres types de clients se montrent de plus en plus intéressés. 

A commencer par les mamans entrepreneures, un des publics cibles de Soft-Space. Ce lieu de cotravail genevois accepte les enfants certains jours par mois. Sa gérante Aurore Bui, également blogueuse sur bilan.ch, proposait initialement des conseils aux entrepreneurs à travers Softweb. Les entretiens l’ont vite poussée à en proposer davantage. «On a vu que 30% des porteurs de projet ne trouvaient pas de locaux. On s’est dit que l’on pouvait faire quelque chose.» Les parents se sont parfois retrouvés obligés d’amener leur enfant, faute d’alternative. Ce qui n’a dérangé ni les autres travailleurs ni Soft-Space. 

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Au contraire, un géant international du secteur comme Spaces vise plutôt une clientèle haut de gamme, de start-up et de PME dynamiques. Les emplacements, le design et le choix des meubles en témoignent. Avoir différents bureaux à travers le monde permet à Spaces de fidéliser les entrepreneurs et employés qui voyagent beaucoup. 

Des sociétés comme Alpine Coworking proposent même de partager un chalet avec d’autres coworkers. Entre des randonnées dans les Alpes, un repas au coin du feu et des discussions thématiques, les participants travaillent. «C’est une expérience de partage», se réjouit Isabelle Behrens. Son projet, elle l’a démarré sur Facebook avec un statut appelant les motivés à partir. En vingt-quatre heures, elle a obtenu une douzaine de demandes. Organiser ces séjours est désormais son travail à plein temps. Elle s’occupe principalement d’entreprises. «Pour que ce soit rentable avec les personnes individuelles, je devrais partir chaque semaine», nuance-t-elle.

Le coworking seul est-il rentable? 

«Chez Soft-Space, le coworking représente environ un tiers de nos revenus», affirme Aurore Bui. Les deux autres tiers proviennent du soutien aux entrepreneurs, qui bénéficient d’aides communales et cantonales, et du conseil aux entreprises et institutions. Du côté de Spaces, une partie des recettes vient du coworking. «Nous offrons aussi des bureaux d’entreprise, des salles de réunion et d’autres prestations pour stimuler les interactions et la créativité», indique Garry Gurtler.

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Cependant, le secteur tertiaire n’a pas le monopole du partage. Sur les hauteurs de Chaumont (NE), des machines à travailler le bois, le métal ou encore la céramique seront bientôt fréquentées au même titre que des bureaux de coworking. Menuisiers, ingénieurs ou encore graphistes, les cinq membres de l’association L’Etabli-Volant ont transformé un atelier de charpente dans le but de le partager. L’idée n’est pas d’en vivre. Ces indépendants voulaient surtout un lieu où travailler et échanger. Les amateurs sont les bienvenus. «Peu de gens ont la place pour travailler la matière chez eux. Ici, ils pourront fabriquer des choses eux-mêmes», explique Léa Osowiecki, ergothérapeute et cofondatrice de l’Etabli-Volant. Le lieu ouvrira ses portes à la fin de l’année. 

Vers un réseau global

Le partage est au centre du coworking. Même si la concurrence est toujours présente, elle est nuancée par la segmentation du marché. Les différents espaces se distinguent grâce à leur emplacement, à leurs offres ainsi qu’à leur ambiance. Plusieurs dizaines de gérants sont en lien sur un groupe Facebook, afin de s’échanger conseils et bons plans. Certains d’entre eux, dont Aurore Bui, ont lancé l’idée d’un réseau global qui permettrait aux employés d’avoir un bureau même en déplacement. Le projet est toujours au stade
de discussion, mais d’autres solutions existent pour les nomades. 

Ainsi, la plateforme PopupOffice permet de réserver sa place de travail à l’heure, parmi les partenaires. Pour l’instant, son cofondateur Mathis Hasler indique recevoir entre 10 et 20 réservations par jour, mais il en attend une trentaine d’ici à la fin de l’année. «Les entreprises sont actuellement dans une phase d’expérimentation, d’apprentissage et d’ajustement à des environnements de travail plus flexibles. Elles y voient de plus en plus de bénéfices», précise-t-il.  

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Rebecca Garcia

Lui écrire

Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de sociétés, au business du sport et aux jeux vidéo.

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