Bilan

Le café est devenu un symbole au Brésil

Autrefois production phare de l'économie et des exportations brésiliennes, le poids du café est en recul alors même que les volumes produits et les emploi générés n'ont jamais été aussi hauts.
  • Le café produit au Brésil a perdu de son importance dans la balance des exportations du pays, alors même que les quantités sont au plus haut.

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  • En 1932, la production de café était telle et la demande mondiale si faible que le café a été façonné en briques et utilisé comme combustible dans les locomotives des trains.

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  • S'il n'occupe plus une place dominante au sein de l'économie brésilienne, le café reste un symbole fort, soignée par tous les politiques (ici la présidente Dilma Rousseff en campagne).

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  • Avant Dilma Rousseff, son prédécesseur Lula (ici à droite avec son homologue colombien Alvaro Uribe) accordait une grande importance au café, organisant même des assises mondiales du produit.

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  • Lula avait notamment travaillé avec Nestlé (ici Ivan Zurita, président de Nestlé Brésil) lors de la construction de nouvelles unités de production.

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  • Les coûts de production du café au Brésil: c'est la cueillette qui représente le premier poste budgétaire, notamment en raison de l'abondante main d'oeuvre requise dans les plantations.

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  • La recherche du meilleur café passe par le codéveloppement entre distributeurs et marques mondiales et producteurs au Brésil (ici la visite de la commissaire européemme Marianne Fischer Boel dans une plantation).

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  • Le Brésil reste de loin le premier producteur de café au monde avec près d'un tiers des volumes mondiaux en 2011.

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  • Le café est présent au Brésil depuis 286 ans.

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  • Le pays compte 275'000 plantations et génère près de huit millions d'emplois directs et indirects.

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Introduit au Brésil en 1727, le café a peu à peu conquis de nombreux terroirs dans la plupart des états de la fédération. En 2011, la production a atteint 43,484 millions de sacs (un sac représente 60kg), selon les statistiques de l'Organisation internationale du café (ICO). Soit près d'un tiers de la production mondiale (138,6 millions de sacs). Ces dernières décennies, les volumes produits ont sensiblement augmenté. Pour autant, l'importance du café dans l'économie brésilienne a largement décru: les grains de robusta et d'arabica représentaient 60% de la valeur des exportations à la fin des années 1960, mais seulement 3% aujourd'hui.

En effet, en dépit du ralentissement observé ces derniers mois dans l'économie brésilienne, le pays a connu un taux de croissance compris entre 5 et 10% dans les années 1980, 1990 et 2000, hissant le pays à la 7e place mondiale pour le PIB. Production textile, aéronautique, industrie pharmaceutique, mais aussi production d'hydrocarbures traditionnels ou issus de matières végétales (canne à sucre notamment) ont vu leur part augmenter et s'accaparer une part croissante dans le mix des exportations brésiliennes.

Huit millions d'emplois

Aujourd'hui, le café au Brésil, c'est 2,442 millions d'hectares plantés dans treize états différents et 1800 communes. Près de 274'000 planteurs contribuent à la production nationale, et huit millions d'emplois directs et indirects sont générés par cette culture. Pourtant, au coeur de Sao Paulo, l'ancienne bourse où les cours du café étaient déterminés en fonction des demandes des marchands face à l'offre des grossistes et récoltants est devenue un restaurant. Les lignes de chemin de fer qui reliaient les ports de Rio et Santos (via Sao Paulo) aux régions productrices sont aujourd'hui désaffectées.

Un désamour du café? Pas dans la consommation locale: entre 1990 et 2012, les volumes destinés au marché intérieur sont passés de 8,2 millions de sacs à 20,3. De plus, un véritable réseau de coopératives, de sociétés de négoce et de regroupements de producteurs s'est mis en place. Le secteur s'est structuré: plus de 1000 labels sont présents sur le marché, selon les chiffres d'Interagricola. Et sur les coteaux des collines et montagnes du Minais Gerais ou de l'état de Sao Paulo, de nouveaux pieds de caféier sont régulièrement plantés.

Cependant, le Brésil est aujourd'hui moins dépendant du café et de ses cours. Les fluctuations des prix et des volumes produits ont parfois eu des effets dévastateurs par le passé. Ainsi, en 1932, alors que la crise économique liée au krach de Wall Street ravage le monde, une surproduction de café voit les autorités racheter les stocks pour compacter les grains en briques afin de servir de combustible aux locomotives. Le deuxième produit le plus échangé au monde après le pétrole reste soumis aux fluctuations liées notamment à une intense spéculation sur les bourses du robusta à Londres et de l'arabica à New York.

Recherche de qualité des géants du café

Pour faire face à ces courbes changeantes qui pourraient être de nature à impacter fortement les plantations et leur business model, des marchés locaux ont été mis en place: chaque producteur y amène ses cerises (le fruit récolté) et peut choisir à quel grossiste ou négociant il revend ses fuits.

Mais c'est surtout l'arrivée sur le marché mondial des marques de café qui transforment la boisson en produit de luxe qui ont permis de changer le modèle: Nespresso, Starbucks mais aussi McDonalds et d'autres géants mondiaux ont tout fait pour bénéficier des meilleurs crus de café depuis une vingtaine d'années, achetant pour cela les productions des planteurs à des prix supérieurs aux cours mondiaux et misant sur des programmes ambitieux de codéveloppement qui bénéficient autant aux populations locales (agriculture raisonnée, conseils d'agronomes,...) qu'aux acheteurs (qualité stabilisée, producteurs fidélisés).

Alors que des centaines de milliers de supporters de football vont déferler sur le Brésil dans les semaines à venir pour la Coupe du Monde (et risquent de consommer des hectolitres de café), le poids du petit grain dans l'économie du plus grand pays d'Amérique latine pourrait se retrouver inférieur aux retombées économiques attendues de la compétition footballistique. Mais au même titre que le football et la samba, le café est devenu un symbole du Brésil au fil des décennies. Et son importance symbolique dépasse désormais son importance économique pure.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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