Bilan

Le vote électronique va-t-il être sauvé?

Les deux systèmes d’e-voting suisses peinent à s’adapter aux normes techniques. Après les déboires de La Poste, Genève doit trouver les financements pour faire valider son système.

Capture d’écran du système de vote électronique genevois.

Crédits: Martial Trezzini/Keystone

Coup de théâtre ce mercredi 15 mai. Alors que Genève avait annoncé en novembre 2018 l’abandon de sa technologie en 2020, le Grand Conseil genevois a voté un projet de loi demandant la reprise en main du vote électronique. Une renaissance qui n’est pas étrangère aux déboires de la technologie concurrente privée, celle de La Poste.

Pour les votations de ce 19 mai, le vote électronique ne figurait plus parmi les options offertes aux citoyens dans les cantons de Neuchâtel, Bâle-Ville, Fribourg et Thurgovie, et pour cause. Une faille majeure dans le système proposé par La Poste, permettant une manipulation des suffrages, a été identifiée en mars par une chercheuse australienne sur la base de seulement 3 à 5% du code source analysé. Un code jugé «particulièrement complexe», donc faillible, par certains observateurs, alors que les résultats du grand test mené ce printemps ne sont toujours pas dévoilés.

Le cas est symptomatique des difficultés posées par les nouvelles normes techniques de la chancellerie. Outre l’obligation de rendre le code source public, un système de management de la sécurité des systèmes d’information certifié ISO 27001 doit être mis en place. Ce niveau d’exigence n’est appliqué dans «pratiquement aucun pays» selon Enrico Viganò, président de l’Association suisse de sécurité de l’information (Clusis). Le système de La Poste, dont la vulnérabilité est avérée, avait pourtant été certifié par le géant de l’audit KPMG. Un accroc que reconnaît René Lenzin, du département communication de la Chancellerie fédérale. «Nous avons été surpris en découvrant cette faille, qui nous amène à nous interroger sur notre processus de certification.» La barre a-t-elle été placée trop haut? «Il est possible de voir le vote électronique sortir totalement du paysage suisse dès l’an prochain, mais la barre n’est jamais placée trop haut en termes de sécurité.»

Une renaissance à confirmer

Les errements de La Poste ouvrent aujourd’hui de nouvelles perspectives pour Genève, qui pourrait reconquérir de nouveaux cantons clients en cas de succès. Bâle-Ville avait quitté le giron fin 2018, mais la tendance pourrait s’inverser selon Enrico Viganò, du Clusis, impliqué dans le projet, qui rappelle que «Vaud avait déjà audité le système genevois, jugé solide, et manifesté son intérêt».

Certaines difficultés restent toutefois à surmonter, en particulier le financement. Après 4,6 millions investis dans la mise à jour, une rallonge de 2,4 millions avait été demandée aux quatre cantons partenaires qui ont décliné la demande, contraignant les autorités à jeter l’éponge. Les Verts, soutiens du texte, ont déjà émis le souhait que Genève ne soit pas seul à financer. De plus, les équipes techniques devront être reconstituées plus de six mois après l’abandon, comme le rappelle Enrico Viganò: «Beaucoup de ressources sont toujours en place, mais le chef du programme a démissionné dans l’intervalle, par exemple.»

Il faudra également compter avec une opinion dont la confiance a été sapée ces derniers mois. La collecte des signatures pour une initiative populaire exigeant un moratoire de cinq ans a débuté en mars. Une action qui fait écho à l’engagement historique de l’UDC contre le vote électronique. De quoi insinuer le doute dans la tête de partisans de la technologie comme Enrico Viganò: «Certains partis craignent peut-être le retour vers les urnes de catégories de la population, plus jeunes et plus connectées par exemple, qui leur seraient électoralement moins favorables.» 

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

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Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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