Bilan

Le Valais mise sur les lits touristiques

Dans les régions alpines et notamment le canton du Valais, plusieurs acteurs d’envergure investissent dans la construction de résidences destinées à la commercialisation de lits chauds afin de renforcer l’attractivité des stations.

Le Valais est au coeur de la stratégie de plusieurs acteurs économiques, notamment avec un volet immobilier important.

Crédits: Anniviers.ch

La construction d’hébergements touristiques a le vent en poupe! Après Zinal et Vercorin en Valais, Brigels dans les Grisons et Meiringen dans l’Oberland bernois, le fonds immobilier Mountain Resort Real Estate Fund SICAV poursuit sa politique de développement via SWISSPEAK Resorts.

Il a obtenu les permis de construire pour un complexe de 500 lits à Anzère et pour une résidence dans le cadre de Dixence Resorts à Hérémence. D’autres projets sont sur les rails à La Lenk (BE) - celui-ci est le plus avancé -, ainsi qu’à Morgins, Champéry et Grimentz, alors que l’extension du complexe de Brigels se terminera en décembre 2022.

Un modèle sur deux piliers

«Afin de permettre la poursuite de notre développement, une levée de fonds aura lieu dans le courant du 2ème trimestre ou du 3ème trimestre 2021. Notre objectif est de pouvoir démarrer un nouveau projet d’ici à la fin de l’année», affirme Sébastien Travelletti, directeur de SWISSPEAK Resorts. «Nous sommes convaincus, relève-t-il, que notre stratégie est la bonne. Pour preuve, les très bons résultats obtenus l’an dernier malgré les limitations de déplacement de la clientèle étrangère dues à la crise sanitaire.»


Ce modèle repose sur deux piliers. Créé par le Valaisan Philippe Lathion, le fonds immobilier Mountain Resort Real Estate Fund SICAV lève le financement de la construction de résidences touristiques, principalement auprès des caisses de pension. Une fois les travaux terminés, les appartements avec services hôteliers sont commercialisés à la location par SWISSPEAK Resorts.

Deux résidences à Grimentz et Hérémence

La société française Terrésens s’implante aussi en Valais pour croître. Ses dirigeants misent sur la vente 84 appartements meublés dans la résidence Hameau de la Couronne et 87 autres dans celle de la Dent-Blanche à Hérémence. Elles comprennent chacune une piscine, un espace bien-être, un service de conciergerie, etc.

Les travaux débuteront ce printemps à Grimentz et à la fin de cette année à Hérémence. Leurs acquéreurs s’engagent à louer leur bien, «tout en conservant leur liberté d’occupation personnelle.» Approchés par Bilan via leur agence de communication, les dirigeants de Terrésens refusent d’en dire davantage.

A Grimentz encore, d’autres lits chauds pourraient accroître la fréquentation de la station. La société française CGH Résidences & Spas a obtenu un permis de construire pour une résidence quatre étoiles comprenant une centaine d’appartements-suites avec services hôteliers, piscine, bains bouillonnants, saunas, hammams, salle de sports et centre de soins de massages de la marque Ô des Cimes.

La formule de location vise des séjours courts et longs avec arrivée et départ de la clientèle chaque jour. «La date des travaux sera fixée dès que nous aurons trouvé les investisseurs pour porter les murs du projet, CGH Résidences & Spas étant uniquement gestionnaire exploitant», explique son directeur Yanick Davière. Ce dernier indique qu’il étudie actuellement des projets d’implantation dans des stations de sports d'hiver helvétiques, mais il refuse d’en donner les noms.

Station intégrée à Crans-Montana

Du côté de Crans-Montana, c’est encore un autre modèle d’affaires qui est cours de réalisation. L’objectif est d'en faire une station intégrée avec les sociétés du milliardaire tchèque Radovan Vitek. Afin d’améliorer la commercialisation des lits pour doper les activités des remontées mécaniques, CMA Immobilier vient d'annoncer son intention de procéder à une augmentation de capital de 75 millions de francs.

L’objectif est d’acquérir des biens en transformant des lits froids en lits chauds, autrement dit destinés à la location. Sur le Haut-Plateau, le climat reste tendu. En janvier dernier, les remontées mécaniques de Crans-Montana Aminona (CMA) ont décidé de quitter avec effet immédiat le comité de l’office du tourisme.

De surcroît, les autorités politiques attendent les résultats de l’enquête préliminaire ouverte en automne 2018 par le Ministère public du canton du Valais à l’encontre de CMA. Les investigations portent sur les soupçons d’infractions commises lors de l’augmentation du capital de cette société et du rachat de CMA Immobilier par CMA. «L’enquête est toujours en cours. Les secrets de l’enquête et de fonction m’empêchent de vous renseigner davantage», affirme le procureur général Nicolas Dubuis.

Le défi de la lex Weber

Tous ces développements s'inscrivent dans le cadre du changement de paradigme induit par l’adoption en 2012 de l'initiative de Franz Weber «Pour en finir avec les constructions envahissantes de résidences secondaires». Depuis lors, le Conseil d’Etat du canton du Valais veut renforcer la compétitivité des destinations en privilégiant la construction et la commercialisation de lits ayant un fort taux d’occupation. Le défi est de taille. Selon les derniers chiffres publiés pour 2019, les nuitées se décomposent comme suit: hôtellerie (24%), parahôtellerie (30%) et résidences secondaires (46%). Dans ce dernier segment, la location est trop rare.

Or, la rentabilité des acteurs d’une station dépend de la commercialisation des hébergements à disposition. «Les lits chauds jouent un rôle important pour une destination. Ils permettent d’attirer une nouvelle clientèle dont les activités se répercutent positivement sur tous les prestataires de services, en particulier sur les remontées mécaniques», indique Damian Constantin, directeur de Valais Wallis Promotion. «La pandémie de coronavirus, ajoute-t-il, a montré un regain d’intérêt pour la montagne en permettant de télétravailler tout en profitant de la nature et des loisirs offerts par les destinations. Cette tendance devrait se poursuivre et pousser des acteurs à investir dans la commercialisation de résidences».

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix BZ du journalisme local 1991, Prix Jean Dumur 1998, AgroPrix 2005 et 2019.

Du même auteur:

Comment l’Institut de Glion se développe en Gruyère
Le nouveau défi de Bernard Lehmann

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."