Bilan

Le télétravail: oui mais pas pour tous

Le confinement a permis de vanter les vertus du télétravail. Pourtant, cette manière de travailler est loin d’être accessible à tous. Une étude menée à travers sept pays montre que des différences existent selon le lieu d’habitation, le niveau de formation ou encore le sexe du travailleur.

Crédits: DR

Après l’expert de la BBC interrompu par ses enfants au moment de son explication sur ce qu’il se passait en Corée du Sud, Twitter a permis la diffusion d’une autre vidéo montrant les difficultés du télétravail. Une spécialiste de la BBC argumente sur la logique des confinements locaux et sur la manière dont ils ont été implémentés. Sa petite fille, Scarlett, essaye quant à elle de trouve le meilleur emplacement pour son cadre de licorne. Le journaliste de la BBC l’apostrophe, s’ensuit un petit dialogue et la Twittosphère se déchire quant à savoir si le parent agit bien ou pas.

Ce petit exemple pose la question suivante: va-t-on s’habituer au télétravail ? Le bureau lausannois Mobil’homme a réalisé une étude sur la question. L'étude menée dans plusieurs pays a permis de déterminer qui pouvait se permettre de travailler à distance. Pour l’experte de la BBC, l’exercice est assez simple. Il lui suffit d’un ordinateur, d’un téléphone et d’une connexion internet. Pour un machiniste, c’est bien plus difficile.

L’étude démontre que les personnes dotées d’une formation supérieure sont en proportion plus nombreuses à pouvoir faire du télétravail. Celles sans formation post-obligatoire sont elles davantage contraintes d’être au chômage technique ou de se rendre sur leur lieu de travail.

Source: Mobil'homme

Au niveau global, c’est plus de la moitié (54%) des personnes les moins formées qui se sont retrouvées sans travail. Les personnes avec des formations intermédiaires représentaient elles 40% dans cette situation et seulement 18% de ceux avec une formation élevées y ont été contraints.

Les experts de Mobil’homme affirment que des différences existent entre les pays, mais aussi entre les sexes. En France et en Belgique, la proportion d’hommes qui ont eu recours au télétravail était de 45% contre 35% pour les femmes. C’est l’inverse qui s’est produit en Espagne et en Allemagne, avec davantage de femmes en télétravail. En Suisse par contre, il n’y a pas eu de différence. Autre facteur de différence: le fait d’avoir des enfants dans le ménage. Trois personnes sur dix vivant dans un ménage sans enfant ont continué à se rentre au travail. C’était une personne sur quatre qui a continué lorsqu’il y avait des mineurs à la maison.

Centres et campagnes

L’étude montre que ceux qui habitent les grandes villes ont davantage recours au télétravail et ont surtout été moins nombreux à devoir arrêter de travailler. «Les territoires les plus urbains, et les emplois qui y sont implantés, apparaissent ainsi plus résilients dans cette situation particulière.» Au contraire des zones rurales dans lesquelles les employés semblent avoir moins de flexibilité en matière de télétravail.

Ceux qui ont été contraints d’aller sur leur lieu de travail ont tendanciellement privilégié la voiture aux transports en commun. La marche a aussi augmenté, et l’utilisation des vélos a certes augmenté, mais pour les déplacements liés aux loisirs plus qu’au travail.

Les enseignements

Les chercheurs de Mobil’homme tirent plusieurs constat de leur étude. Déjà, les personnes ayant déjà l’occasion de travailler à distance ont eu davantage de facilité à poursuivre cette pratique pendant le confinement. Le profil le plus représenté est composé des hommes pourvus d’un niveau de formation élevé et habitant dans les territoires les plus urbains. Un constat est clair: beaucoup d’emplois sont compatibles avec le télétravail. Si cette pratique était relativement restreinte pendant la crise, de nombreuses entreprises se sont équipées en conséquence et permettent aux employés de travailler depuis la maison.

A terme, la volonté d'augmenter la pratique du télétravail dépend largement des pays. En Belgique, 40% refuse catégoriquement la banalisation du télétravail. En Suisse en revanche, plus de la moitié espère que le télétravaille puisse se développer. Les sociologues ont demandé à la population étudiante s'ils étaient davantage enclins à entrer sur un marché en télétravail, mais les actifs de 35 à 59 ans sont plus enthousiastes qu'eux à l'idée. Les moins de 34 ans sont presque 6 sur 10 à ne pas souhaiter augmenter le télétravail, tandis que un actif sur deux se montre favorable dans la tranche des 35 à 59 ans. L'hypothèse de Mobil'homme est que la charge familiale joue un rôle dans cette volonté. Les personnes actives qui ont des enfants à la maison ont tout à gagner à avoir la flexibilité que permet le télétravail.


Méthodologie

Les chercheurs se sont focalisés sur sept pays européens: la Suisse (hors Tessin), la France, la Belgique (hors Région flamande), l’Allemagne, l’Autriche, le Luxembourg et l’Espagne. En tout, 14’886 questionnaires font partie de l’échantillon, avec une pondération pour représenter au maximum la population des différents pays. Le siège de Mobil’homme est à Lausanne, et les collaborateurs scientifiques qui ont participé à l’étude proviennent de différents cursus, dont des de l’Université de Lausanne (UNIL), de Fribourg (Unifr), de Neuchâtel (Unine) ou encore de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL).

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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