Bilan

Le ski fait de la résistance face au Covid-19 en Suisse

En Europe, les stations de ski suisses font figure d'exception. Alors que le pays est toujours touché par l'épidémie de coronavirus et que les autorités fédérales ont mis en place un semi-confinement sur l'ensemble du territoire depuis mi-janvier, les remontées mécaniques ont été épargnées par les mesures de fermeture et les stations peuvent donc accueillir les skieurs... jusqu'à nouvel ordre.

Les exploitants des domaines skiables ont mis en place des plans de protection stricts pour pouvoir accueillir des skieurs sur les pistes cet hiver.

Crédits: AFP

Début janvier, Suisse Tourisme tirait un premier bilan alarmiste pour les stations de ski après les fêtes de fin d'année. Selon les résultats d'une enquête menée auprès des professionnels de la branche, les recettes du secteur auraient connu une contraction de 11% par rapport à l'année précédente (en termes de nuitées). Une baisse qui atteindrait même 26% pour le tourisme à la journée.

L'affluence des nombreux skieurs suisses n'aurait donc pas réussi à compenser l'absence des touristes étrangers, selon la faîtière qui se disait «peu optimiste» pour les vacances d'hiver. De leurs côtés, les professionnels anticipaient une fréquentation inférieure d'un tiers par rapport à la saison passée... A l'heure des départs en vacances, ce constat est-il toujours d'actualité?

Réservations de dernière minute

Pendant la période des fêtes de fin d'année, les hôteliers suisses ont constaté «des changements de comportement en termes de réservations»: ils ont notamment dû faire face à «de nombreuses annulations ou re-réservations dans des délais extrêmement courts». Dans ce contexte, il est très difficile de faire des prévisions. «Depuis notre première enquête réalisée en fin d'année 2020, les estimations des prestataires touristiques ont certainement évolué», précise Véronique Kanel, porte-parole de Suisse Tourisme, «plus que jamais, les réservations interviennent en dernière minute».

Une tendance que confirme Justine Pyott, propriétaire-gérante de l'Hôtel Glacier, à Grindelwald: «on remplit souvent notre établissement dans les deux jours qui précèdent l'arrivée et pour des séjours très courts, donc on n'arrive pas à planifier et, en plus de cela, on doit s'adapter aux directives sanitaires qui changent toutes les semaines; c'est vraiment difficile!», témoigne-t-elle. En janvier, son hôtel a accueilli un quart de clients en moins par rapport à l'année dernière. Pour le mois de février, elle observe une baisse de la fréquentation de l'ordre de 10% à ce stade.

Les Remontées Mécaniques Suisses déplorent aussi «une saison hivernale difficile et incertaine». Dans son dernier compte rendu mensuel publié vendredi 5 février, l'association annonce une baisse de près de 30% de son chiffre d'affaires moyen pour la saison en cours. En janvier, celle-ci atteint le taux record de 37,5%. En cause: la diminution drastique des touristes internationaux quasiment absents pendant les fêtes de fin d'année et en janvier en raison des restrictions de déplacement liées à la pandémie. A l'Hôtel Glacier, la proportion de visiteurs étrangers est descendue de 75 à 25% entre janvier 2020 et janvier 2021, constate Justine Pyott.

Or la Suisse compte de nombreuses stations à «vocation internationale»: Gstaad, Davos, St-Moritz, Verbier, Zermatt... Certaines ont déjà enregistré des pertes de plus de 50% de leur chiffres d'affaires, selon les RMS. Et l'hôtellerie de luxe est particulièrement pénalisée par la situation sanitaire. Plusieurs hôtels ont même fermé leurs portes aux touristes pour tout l'hiver, comme le Badrutt's Palace et le Carlton à St-Moritz, l'InterContinental à Davos, ou encore le Monte-Rosa à Zermatt, rapporte Véronique Kanel de Suisse Tourisme.

Hétérogénéité des stations de ski

En Valais, le tourisme hivernal représente les deux tiers de l’activité touristique annuelle, soit près de deux milliards de francs. Il était donc impératif de maintenir les stations et les remontées mécaniques ouvertes pour le président du Conseil d'Etat, Christophe Darbellay: «Nous avons travaillé dès l’été passé avec les milieux touristiques et médicaux pour sauver la saison d’hiver et mettre en place des plans de protection efficaces. Globalement, les mesures sont très bien respectées. Nos hôtes ont pris conscience que la pratique du ski était l’une des dernières libertés en ces temps troublés et que la suite de la saison dépendait d’eux», affirme-t-il, balayant les polémiques qui ont entaché le début de l'hiver à Zermatt ou à Verbier notamment.

Au total, 49 stations ont pu ouvrir dans son canton, mais il déplore malgré tout une baisse de la fréquentation allant de 20 à 40%, selon les destinations, et une diminution de plus de 30% du chiffre d'affaires par rapport à l'année dernière pour l'ensemble de la région.

Au niveau régional, la plupart des cantons ont du faire face à une diminution importante du nombre de skieurs, à l'exception des Alpes vaudoises et fribourgeoises. Avec 2,2% de clients en plus par rapport à la saison passée, la région a réussi à limiter la casse en affichant une perte minime de 2% de son chiffre d’affaires.

Ce sont «les petites stations proches des grandes agglomérations» qui ont attiré la clientèle suisse qui séjourne moins longtemps et privilégie des temps de trajet plus courts, indiquent les RMS. A l'opposé, les stations de Suisse centrale et orientale qui sont restées fermées plus longtemps ont le plus souffert de la situation sanitaire. Dans ces cantons, les baisses du chiffre d'affaires tournent autour de 40% actuellement.

Après une fin de saison avortée brutalement par le coronavirus en mars 2020, les stations de ski suisses ont donc réussi à tirer leur épingle du jeu cette année en restant ouvertes, contrairement à leurs voisines françaises et italiennes, et en misant sur le tourisme indigène.

Mais «il ne faut pas crier victoire trop vite», affirme Véronique Kanel, «la saison n'est pas encore terminée et on ne sait pas ce que la pandémie nous réserve». Les prochaines semaines seront «cruciales», selon les RMS qui rappellent que les vacances de février génèrent habituellement 50% des recettes de la saison... Verdict dans un mois!

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Laure Wagner

Journaliste

Lui écrire

Laure Wagner est correspondante indépendante à Genève pour les médias francophones. Elle a travaillé pendant six années en tant que journaliste rédactrice et reporter au sein de la rédaction de France 24 à Paris.

Pour le service politique, elle a couvert tous les grands événements de ces dernières années et notamment les élections présidentielles et législatives françaises de 2012 et 2017. Elle a également réalisé de nombreux reportages sur des sujets d'économie et de société pour les différents magazines de la chaîne internationale.

Elle est titulaire d'une double licence en Histoire et en Science Politique et d'un master en Histoire des relations internationales (Université Paris 1 - Panthéon Sorbonne).

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