Bilan

Le prix du gaz chute moins que le pétrole

Alors que le cours de l’or noir dégringole, la demande en gaz naturel n’a baissé que de 14% en avril. L’arrêt de l’industrie et un printemps doux en sont les principaux responsables.

René Bautz, directeur général de Gaznat: «Le cours du gaz sur le marché est moins volatil, il est lissé sur la durée.»

Crédits: Dr

Inouï! Le 20 avril, le prix du contrat de pétrole brut américain WTI à échéance en mai s’est échangé en territoire négatif, à quasi -40 dollars! Faute de place de stockage, il a fallu réquisitionner des supertankers. Pendant ce temps, le gaz naturel – également en surplus – amorçait une descente en pente plus douce, jusqu’à 5 euros par MWh, alors que son cours est généralement corrélé à l’or noir, notamment pour le gaz liquéfié.

Pourquoi ce décalage? «Je n’ai jamais vu un cours du gaz aussi bas, mais le phénomène est différent, reconnaît René Bautz, directeur général de Gaznat à Vevey (VD) et président du Global Gas Centre, associé au Conseil mondial de l’énergie à Genève. La demande en gaz naturel a chuté de 14% en avril par rapport au même mois de l’an dernier chez les industriels gros consommateurs, alors qu’elle a baissé de 24% chez les distributeurs romands. Avec un printemps doux, la température a joué un rôle. Mais le cours du gaz sur le marché est moins volatil, il est lissé sur la durée.»

Pour la facture finale du consommateur, l’effet est bien moindre, car le prix du gaz-molécule (sans transport et taxes) représente moins que 40% du prix final à la chaudière. Pour le pétrole, l’effet Covid a été nettement plus important, car plus de 55% est destiné aux transports routiers, maritimes et aériens. Autre cause de la chute brutale de l’or noir, le développement du pétrole de schiste aux Etats-Unis a entraîné une surabondance. Les propriétaires des puits travaillent à perte, surtout en ce qui concerne le gaz extrait simultanément et qui a moins de valeur.

Avec l’été qui arrive, la demande en gaz naturel destiné au chauffage va encore se réduire: «On s’attend à des prix très bas au 3e trimestre avec des stockages bien remplis», prévoit René Bautz. Pas sûr que le consommateur voie sa facture diminuer. Cela dépendra des distributeurs, essentiellement des Services industriels et de la gestion de leurs achats: l’année 2021 pourrait être meilleure à ce titre pour le consommateur.

L’importance du stockage

La Suisse compte peu de capacités de stockage du gaz. Elles existent en Allemagne, en Italie et en France, pays avec lequel la Suisse possède des accords en la matière. Vu leur longueur, les conduites de gaz forment en revanche un stockage disponible en tout temps. Le réseau suisse en compte 20 000 km, dont la conduite de Transitgas qui traverse la Suisse du nord au sud via le col de Gries (VS). Elle transporte 16 milliards de mètres cubes de gaz par an entre les Pays-Bas et l’Italie. Quatre cavernes sont à l’étude près d’Oberwald (VS), pour en stocker des millions.

Autre solution: les stockages poreux dans les gisements épuisés de la mer du Nord pourraient servir à emmagasiner du CO₂ pour lutter contre le réchauffement climatique. Des recherches sur la décarbonisation sont effectuées à l’EPFL-Valais, à Sion. Sous la direction de chercheurs indiens, italiens et suisses, une nouvelle génération de membranes et de réacteurs produisant du méthane de synthèse a fait l’objet de brevets pour la capture et l’utilisation du carbone. Il s’agit là de convertir à terme le dioxyde de carbone en carburants et produits chimiques utilisables.

Il est aussi fortement question du «power to gas» ou comment transformer l’électricité en hydrogène et l’injecter sur le réseau de gaz: «On aura des excédents d’électricité en été et des manques en hiver, surtout avec l’arrêt du nucléaire. Il faut penser à l’horizon 2030 et profiter des prix bas actuels pour utiliser la marge bénéficiaire dans le domaine de la recherche.» Pour René Bautz, le gaz n’a pas dit son dernier mot.

Oliver Grivat

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