Bilan

Le marché de la minceur ne cesse de grossir

Le business de la minceur est en progression continuelle. Il impacte de nombreux secteurs:
alimentaire, pharmaceutique, médical, cosmétique, bien-être, sport, grande distribution... tour d’horizon. Chantal de Senger et Joan Plancade

  • Faire du sport est recommandé pour maîtriser sa silhouette.

    Crédits: Zena Holloway/Getty images

Des fortunes dépensées contre les kilos en trop  

De plus en plus de personnes sont prêtes à débourser de l’argent pour conserver leur silhouette svelte ou perdre quelques kilos superflus. Et les solutions pour mincir abondent sur le marché. Cela va des massages et autres traitements, non invasifs ou invasifs, aux crèmes, compléments alimentaires, substituts de repas, séjours en cliniques, applications pour smartphones et coaching en ligne ou encore aux ouvrages vantant les derniers régimes à la mode. Bref, les méthodes et les promesses ne manquent pas quand il s’agit de perdre du poids, face à des consommateurs prêts à tester tout ce qu’on leur propose. 

Ainsi, le business de la minceur – devenu une véritable industrie – est depuis longtemps ultrarentable. En Suisse, le marché de la perte de poids est aussi grandissant, dans un contexte où les Helvètes ont de plus en plus besoin de prendre soin de leur ligne. En effet, selon l’Office fédéral de la statistique, près de 12% des Suisses sont obèses. Sans compter que 51% des hommes et 33% des femmes sont en surpoids. Entre opérations, maladies type diabète ou problèmes cardiovasculaires, jours manqués au travail, invalidité et décès prématurés, les coûts générés par cette épidémie dépassent les huit milliards de francs par an en Suisse (chiffres de 2012). 

La Confédération figure, par ailleurs, parmi les 73 pays où le nombre d’obèses a plus que doublé depuis trente-cinq ans. Chaque année, quelque 5000 patients se font opérer contre l’obésité, les interventions chirurgicales étant parfois le seul moyen pour traiter à long terme cette maladie. Selon Cedric Piaget, senior consultant qui a perdu plus de 50 kilos à la suite d’une opération dite de «by-pass gastrique», «il faut compter un budget d’environ 30 000 francs pour l’opération». Cette dernière est prise en charge par l’assurance maladie de base à certaines conditions, notamment lorsque le patient est atteint d’obésité dite «sévère», c’est-à-dire lorsque l’indice de masse corporelle dépasse 35. Cependant, les traitements des altérations liées à cette chirurgie, par exemple les excès cutanés, sont à la charge de l’assuré, sauf exception, et se montent souvent à plus de 10 000 francs. «Une prise en charge multidisciplinaire – psychologue, diététiciens, physiothérapeutes – est également nécessaire avant et après l’opération afin d’apprendre au patient à gérer son nouveau corps». Sans oublier la garde-robe à remplacer, les patients perdant parfois jusqu’à 10 tailles. Il est aussi vivement recommandé de pratiquer ensuite un sport régulier afin de maintenir et conserver son nouveau corps. 

Jérôme Félicité a lui aussi perdu beaucoup de poids – 26 kilos – mais sans chirurgie viscérale. Le président du groupe Gérofinance-Dunand est suivi depuis six mois par l’unité anti-obésité de l’Hôpital de La Tour. L’établissement de Meyrin s’est en effet doté en 2018 d’une infrastructure proposant aux patients une prise en charge globale de l’obésité. Avant de suivre ce programme – qui consiste principalement à réduire les portions et arrêter certains aliments –, Jérôme Félicité se rendait deux fois par année à la Clinique de jeûne & médecine intégrative Buchinger Wilhelmi en Allemagne. Chaque séjour d’une durée de douze à quinze jours lui permettait de perdre une dizaine de kilos en jeûnant, mais qu’il reprenait toutefois les mois suivants. «Ceci car je ne changeais pas ma façon de manger. Aujourd’hui, j’ai retrouvé le poids de mes vingt ans en diminuant les portions de manière importante, mais en continuant à manger de tout.» Quant à Buchinger, il ne compte plus y retourner, réalisant ainsi une économie d’environ 8000 francs par séjour. 

Après avoir essayé de nombreuses méthodes d’amincissement, l’ancienne présidente du MCG et actuelle députée au Grand Conseil de Genève Ana Roch a décidé de suivre, il y a quatre ans, la méthode PronoKal venue d’Espagne. Ce programme personnalisé d’amaigrissement sous contrôle médical fondé sur un régime protéiné lui aurait «sauvé la vie». La politicienne a, en effet, perdu 50 kilos en deux ans et souhaite en perdre encore une vingtaine. «Il faut compter 45 francs par jour durant la première phase du régime qui interdit tous les sucres, ceux contenus dans les légumes et fruits  compris, commente Ana Roch qui l’a suivi pendant six mois. Mais ce montant est à déduire du coût des repas habituels.» Elle estime avoir dépensé plus de 15 000 francs depuis le début de son programme. Et l’investissement financier n’est pas le seul. «Il y a également un investissement social», explique Ana Roch qui a décliné pendant des mois des invitations au restaurant ou chez des amis. La méthode PronoKal se base sur le suivi d’un médecin et aussi d’une diététicienne. Le groupe établi en Suisse depuis quatre ans a déjà traité un millier de patients. Le profil type de sa clientèle est celui d’une femme d’âge moyen qui doit perdre environ 15 kilos. 

1000 à 2000 francs à chaque tentative de régime

Kelly Szabados, fondatrice de l’agence de communication Creative Nomad, a quant à elle dépensé près de 1500 francs par an depuis dix ans pour perdre du poids. Compléments alimentaires, Cellu M6 à hauteur de deux séances par semaine durant plusieurs mois, acupuncture, hypnose, drainage lymphatique et autres rendez-vous chez les nutritionnistes et diététiciens ont, finalement, plus fait fondre son porte-monnaie que son tour de taille. 

«Toutes ces méthodes ne marchent pas si l’on ne change pas ses habitudes alimentaires», explique Kelly Szabados. L’hypnose est une méthode qui a bien fonctionné en la désintoxiquant du sucre pendant plusieurs mois, mais à la suite d’un choc émotionnel, elle a recommencé à prendre du poids. «J’ai aussi essayé la méthode Weight Watchers qui fonctionne bien mais qu’il faut suivre à vie.» Et puis l’un des régimes les plus dangereux: Dunkan. Il lui a permis de perdre six kilos en trois semaines, mais a entraîné son hospitalisation pour cause de constipation. «Aujourd’hui, je constate que l’un des seuls moyens d’obtenir une perte de centimètres au niveau de la taille est de faire du sport.» 

Chez Weight Watchers, rebaptisée WW, les recommandations visent désormais «un bien-être holistique». (Crédits: Eugene Gologursky/Getty Images)

Activité physique en progression

En effet, le sport a toujours la cote chez les Suisses qui veulent maigrir ou maintenir leur poids de forme. Selon une étude de Sport Suisse (2014), la pratique d’une activité sportive a augmenté parmi la population suisse, et ce de façon intensive. Un quart de la population est membre d’un club de sport, essentiellement des hommes jeunes, mais aussi de nombreux seniors. Les Suisses consacrent un budget de 2500 francs par an et par tête au sport. L’essentiel de ces dépenses est consacré aux voyages et aux équipements sportifs ainsi qu’à l’habillement, selon l’enquête menée par Sport Suisse.  

Quant aux clubs de fitness, selon un rapport du cabinet de conseils Deloitte (2018), un Suisse sur huit environ, soit plus d’un million de personne, en sont membres. Ainsi, la concurrence à laquelle se livrent les clubs est féroce, portée par l’arrivée dans le secteur des grands distributeurs Migros (Active Fitness) et Coop (Update Fitness). La Suisse compte 1169 centres de fitness, pour un chiffre d’affaires de la branche estimé à près d’un milliard de francs. C’est 330 centres de plus qu’il y a trois ans. Le leader romand, Let’s Go Fitness, compte plus de cinquante centres. 

Dans une ère où les gens cherchent le bien-être, le fitness n’est pas soumis aux aléas de la conjoncture. Migros, qui a racheté les clubs Silhouette en 2017, relève que le thème de la santé «est ancré dans l’ADN du groupe», avec encore ses grands complexes Fitnesspark. Le chiffre d’affaires global des centres fitness du groupe en Suisse a atteint 235 millions de francs en 2017. Le géant orange recense 124 centres en Suisse (en constante augmentation) et 229 900 membres. Coop exploite quant à elle une quarantaine de centres et cherche à accroître son offre. Les petits exploitants représentent encore deux tiers des centres de fitness du pays.

Forte présence de WW en Suisse

La société américaine Weight Watchers, qui ne communique pas sur ses chiffres, est bien représentée en Suisse avec 110 studios répartis dans 23 cantons. Plus de 200 coaches et guides sont à la disposition de ses membres. «Nous voulons continuer à étendre notre présence à long terme», explique Karsten Biermann, PR Manager chez WW. Dans le monde, des millions de personnes utilisent la méthode développée par l’entreprise. L’offre en ligne s’est étoffée, ainsi que son application qui propose plus de 2500 recettes et un lecteur de code-barres pour plus de 25 000 produits du commerce alimentaire. WW prévoit toutefois un chiffre d’affaires pour 2019 de 1,394 milliard de francs, en légère baisse par rapport à l’année dernière, qui fut la meilleure année pour le groupe coté à la bourse de New York. Une croissance du chiffre d’affaires est prévue toutefois pour 2020 et 2021. 

En septembre 2018, Weight Watchers a annoncé vouloir éloigner son image de la notion de «poids» en se renommant WW. «WW entend devenir désormais un partenaire pour un bien-être holistique», explique Karsten Biermann. Ainsi, l’offre comprend dorénavant la nutrition, l’exercice, la relaxation et l’attention. Il ne s’agit plus seulement de maigrir, mais de manger plus sainement, de bouger plus, de réduire son poids à long terme et d’avoir moins de stress. Ainsi, WW propose dorénavant dans ses studios et dans sa boutique en ligne toutes sortes de produits, des livres et ustensiles de cuisine aux accessoires de fitness. 

«Les prix (de 24,90 à 89,90 francs par mois, ndlr) n’ont pas augmenté depuis plusieurs années. Au contraire, avec l’introduction des abonnements mensuels, le prix a même diminué tout en offrant plus d’avantages, comme les outils digitaux», affirme Karsten Biermann.

Parallèlement au fort succès de Weight Watchers, Migros constate quant à elle un déclin de sa ligne de produits allégés et de plats prépréparés. La coopérative observe cependant une augmentation de ses ventes de produits frais, fruits et légumes notamment. «Les gens ont conscience qu’il faut manger plus sainement», indique Tristan Cerf, porte-parole du groupe. Les produits locaux et bios ont la cote.

Heinrich von Grünigen, président de la fondation  de l’obésité, et l’ancien syndic de Lausanne Daniel Brélaz après leur cure d’amaigrissement. (Crédits: Niels Ackermann/lundi13)

D’autres secteurs sont en plein boom depuis quelques années, notamment celui de l’édition d’ouvrages sur les solutions minceur. Ces livres connaissent un pic de leurs ventes après Noël, boostées par les bonnes résolutions, et juste avant l’été. Chez Payot, les livres sur la diététique représentent  ainsi 25% du rayon Santé-Bien-être et 30% des livres de cuisine. «Depuis des années maintenant, les conseils sur comment mincir cartonnent», explique la chargée du rayon chez Payot. «Les plus grandes ventes cette année sont sur le «fasting», soit le jeûne intermittent, la détox, et les régimes sans sucre. Très à la mode aussi, les livres sur les probiotiques, les thés et eaux détox ou encore sur le régime cétogène ou kéto (riche en lipides).» 

Les compléments alimentaires

Le secteur des compléments alimentaires profite également de cette tendance. Selon un rapport de la Fédération romande des consommateurs (FRC) qui date toutefois de 2013, près de 7 millions de tablettes de vitamines et de minéraux ont été vendues en Suisse en 2012 pour un prix total (fabricant) de 1,2 milliard de francs. En Europe, la branche des compléments alimentaires est évaluée à 14 milliards d’euros, avec un taux de croissance annuel de 10% en moyenne. Chez nos voisins français, selon l’agence spécialisée IMS Health, les pilules minceur arrivent en tête des ventes (23%), suivies des compléments alimentaires pour doper le tonus et la vitalité (16%), fortifier les défenses immunitaires (9%) et lutter contre le stress et l’insomnie (9%). Un Britannique ou un Allemand consacrerait en moyenne 45 euros par an à l’achat de ces produits. 

«Les compléments alimentaires sont un marché très porteur, convoité par les distributeurs. Migros et la Communauté d’intérêt du commerce de détail suisse (CI CDS) se sont par exemple engagés en faveur de la libéralisation des médicaments qui seraient en vente libre dans certains pays voisins, commente Barbara Pfenniger, responsable alimentation à la FRC. En ce qui concerne les substituts de repas pour maigrir, le marketing indiquant «qu’on peut s’attendre à une perte d’appétit ou à une sensation accrue de satiété» est autorisé depuis 2017. (...) La FRC regrette la banalisation de ces produits et le manque de conseils pour les jeunes. Ceux-ci sont incités à les utiliser pour maigrir et risquent ainsi de perdre les repères et de tomber dans la spirale des régimes yoyo.» 

Outre les compléments alimentaires, ce sont surtout les superaliments qui sont à la mode depuis quelque temps, tels que graines de lin, baies de cassis, d’aronia, de goji, myrtilles ou cassis séchés, spiruline, chlorella, curcuma ou encore ginseng. 

Centres d’amincissement et acupuncture médicale

Des centres d’amincissement existent un peu partout en Suisse romande, tel le Bodyline Center ouvert à Genève en 2011, qui revendique déjà 5000 clients. Les traitements proposés se font sous forme de cures à 80 francs la séance. 

A Yverdon et Neuchâtel, Heinz Hoffman propose des cures métaboliques alliant régime et compléments alimentaires naturels. «L’idée est de réapprendre à manger en évitant l’effet yoyo», explique Heinz Hoffmann, qui compte déjà une soixantaine de clients depuis le lancement de son concept Swelt l’an dernier. Les clients doivent débourser 500 francs pour le premier mois de cure, puis environ 300 francs par mois pour les suivants. 

L’acupuncture pour lutter contre l’obésité est l’une des thérapies complémentaires qui connaît la croissance la plus rapide, selon le centre Sinomedica, groupe de sept centres spécialisés dans la médecine traditionnelle chinoise. «Cette méthode est recommandée par l’OMS pour son efficacité clinique, son économicité et sa sécurité», avance le fondateur Massimo Fumagalli. Les honoraires sont de 140 francs la séance pour un traitement d’environ dix séances, dont une partie est remboursée par les assurances complémentaires. 

D’autres solutions pour s’affiner sont proposées dans de nombreux établissements comme le centre Frame lancé l’an dernier par Sarah Battikha à Genève. Cette ancienne diplômée de l’Ecole hôtelière de Glion utilise la machine Celliss dont elle est l’unique détentrice en Suisse: «Depuis son lancement l’an dernier, plus de 200 personnes l’ont pratiquée.» 

En moyenne, les clients dépensent entre 1500 et 2000 francs en soins minceur et anti-cellulite, sans compter les soins anti-âge, détaille Sarah Battikha. «Le monde médico-esthétique est en plein essor et a pris un tournant high-tech. Cette dynamique n’est pas enclenchée seulement par les nombreuses technologies innovantes mais aussi par une prise de conscience générale. Les gens souhaitent se sentir mieux dans leur corps et dans leur tête. Ils recherchent ainsi des traitements moins invasifs qui les immobilisent le moins longtemps possible.» 

A noter cependant que selon un sondage mondial de l’International Society of Aesthetic Plastic Surgery (ISAPS) de 2013, la liposuccion est devenue l’opération de chirurgie esthétique la plus fréquente (18,8%), suivie de l’augmentation mammaire (17%). Près de 2,2 millions de personnes ont recours à la lipoaspiration dans le monde chaque année.  


Des millennials avertis  

Dans les pays occidentaux, les millennials représentent la génération vivant de la façon la plus saine. En effet, les 20-30 ans se préoccupent de manger sainement et de pratiquer une activité physique et 30% d’entre eux consomment de la nourriture bio.

Aux Etats-Unis, 55% des adultes essaient en permanence de perdre du poids, les autres essaient de le maintenir. 

Les Américains dépenseront durant leur vie près de 112 000 francs en moyenne pour rester en forme ou pour maigrir, soit plus qu’en frais de scolarité (94 000 francs environ).


Les causes du surpoids  

Plusieurs facteurs sont souvent à l’origine de la prise de poids. Plus de 80% d’enfants en surpoids le sont encore à l’âge adulte. Plus on intervient rapidement, meilleures sont les chances de réussite. 

Durant la petite enfance, une forte consommation de protéines augmente le risque de surpoids. Le rôle de modèle des parents est aussi essentiel pour le bon développement de l’enfant. Ensuite, 

il faut savoir gérer le stress, les frustrations, l’ennui. Les règles ou les habitudes de table ont aussi une influence sur le comportement alimentaire. L’influence négative des proches, une surabondance d’aliments, l’offre insuffisante d’activités sportives et une situation financière précaire sont autant de facteurs pouvant favoriser le surpoids. 


La mode du régime cétogène  

Manger plus gras et beaucoup moins sucré, tel est le principe surprenant de cette diète. Réduire sa consommation de sucre est le principe de nombreux régimes. Mais la particularité du régime cétogène est qu’il propose de le remplacer par du gras. Et pourtant la perte de poids est réelle et rapide. Elle repose sur un principe appelé «cétose». Privé d’hydrates de carbone (glucides), le foie se met à produire des corps cétoniques à partir des acides gras, utilisés par l’organisme comme principale source d’énergie. 


Le Palace Merano: la semaine coûte quelque 8000 euros. (Crédits: Merano)

Les Cures ne désemplissent pas malgré leur prix

Les cliniques privées et les palaces développent des programmes minceur souvent très coûteux. Les hôpitaux proposent eux une approche plus médicale.

L’établissement figure parmi les plus prisés en Europe pour ses cures détox et amincissantes. Le Palace Merano héberge en Italie le programme diététique Henri Chenot, qui gagnera prochainement le Park Weggis, dans le canton de Lucerne. Une raison possible à cela: parmi les 6000 clients venant annuellement suivre une cure (70% de réguliers) - dont des «chefs d’Etats, politiciens, industriels, VIP du showbusiness, acteurs de cinéma de Hollywood» précise le groupe - 6 à 7% viennent directement de Suisse, 90 nationalités étant représentées. Une manne qui permet à l’établissement d’afficher 85% de taux d’occupation.

Medical spa: confort à prix d’or

Si le cadre enchanteur d’un palace dans le Tyrol italien a de quoi séduire, en se penchant attentivement sur la tarification, on comprend que la prestation n’est pas à portée de toutes les bourses. Comptez 3600 euros pour six jours de programme détox, 292 euros pour la visite médicale obligatoire, auxquels peuvent être combinées des activités sportives (630 euros de plus). S’ajoute la chambre, entre 300 et 400 euros par nuit, pour parvenir à près
de 8000 euros (près de 9000 francs) pour une petite semaine. Un coût qui ne semble pas dissuasif, vu le développement du «medical spa», dans lequel entre ce type de cures. Entre 2015 et 2020, la croissance annuelle du segment est attendue autour de 9%, contre 3,9% entre 2007 et 2015 dans le monde.

Cours de yoga dans les jardins de la clinique Buchinger Wilhelmi. (Crédits: Buchinger)

Merano n’est pas seule sur le créneau. L’engouement profite également à certaines cliniques suisses qui misent sur la tendance. Pour la clinique La Prairie, la gestion du poids ne représente encore que 10% de l’activité, mais «marche de mieux en mieux», selon le CEO Simone Gibertoni, au prix de 10 000 à 15 000 francs pour une semaine: «Nous sommes très exclusifs, avec 35 chambres et à peu près 200 personnes par an sur le weight management. Le bouche-à-oreille fonctionne bien, la clientèle se rajeunit et les gens reviennent.» Un retour régulier ne traduit-t-il pas l’échec d’une cure? «Il y a une tendance à la reprise du poids qui se mesure dans les statistiques, valable pour tout le marché. Il faut distinguer le retour comme une piqûre de rappel, pour un check ou dans un objectif de détox, du retour pour reperdre des kilos repris. L’efficacité d’une cure se mesure sur au moins un an.»

Des prestations remboursées

Loin du glamour des prestigieuses cliniques et des palaces, les hôpitaux publics et privés traitent le problème de l’obésité, mais également du surpoids en tant que prévention de l’obésité, avec un protocole médical précis. Pour le professeur Zoltan Pataky, médecin adjoint agrégé et responsable de la consultation d’obésité aux HUG, «le problème du surpoids n’est pas qu’un problème alimentaire, c’est également un problème psychologique de trouble du comportement lié à l’addiction à la nourriture, dont souffrent 30% des patients obèses». Les HUG font intervenir des équipes multidisciplinaires de psychologues, diététiciens et médecins, sur un processus de plusieurs années, majoritairement dispensé en ambulatoire.

Le by-pass gastrique est pratiqué en cas d’échec d’un programme alternatif. Le prix de l’intervention chirurgicale se situe alors autour de 23 000 francs par patient, incluant un séjour hospitalier de quatre jours. Le patient doit avoir un suivi après l’opération à des intervalles réguliers après 1, 3, 6, 9, 12, 18 et 24 mois, puis ensuite annuels à vie. En prenant les coûts sur cinq ans après l’opération, les consultations obligatoires de chirurgien représentent environ 1800 francs. S’y ajoute le suivi par la diététicienne qui revient à environ 700 francs, pour parvenir à un total de 25 000 francs. Dans le cas d’une obésité sévère - indice de masse corporelle supérieur à 35 - les coûts sont couverts par la LAMAL, à condition de démontrer deux ans de suivi préalables soldés par un échec. Pour l’instant en revanche, pas de prise en charge du surpoids (indice de masse corporelle supérieur à 25) par l’assurance maladie.

Approche similaire à l’hôpital de La Tour à Meyrin (GE), où l’obésité et la pré-obésité sont prises en charge au centre d’endocrinologie-diabétologie-obésité, monté il y a deux ans et dirigé par le professeur endocrinologue François Pralong, ancien responsable de l’endocrinologie au CHUV. Ici aussi, un suivi du patient sur la durée, combiné à une approche multimodale, implique des préparateurs physiques, endocrinologues, infirmières, psychologues, diététiciens et chirurgiens. Comme Zoltan Pataky des HUG, le spécialiste regrette que «l’approche préventive de la prise en charge du surpoids en tant que pré-obésité ne soit pas remboursée en Suisse, contrairement à ce qui se pratique dans certains pays». Il reste circonspect sur les bénéfices des cures diététiques en medical spa, insistant sur l’importance du suivi médical et psychologique dans la prévention de la rechute: «Il est évident que confiné dans un tel environnement, on perd du poids. Mais le manque de suivi aboutit à des yoyos pondéraux, qui rendent encore plus difficile la perte de poids par la suite.» 

Changement de rapport à l’alimentation

Le milieu hospitalier n’est pas seul à prendre en considération l’approche psychologique en relation avec l’alimentation. La pratique du jeûne en environnement médicalisé connaît un essor ces dernières années. Etablissement parmi les pionniers du genre, actif depuis 1953, la clinique Buchinger Wilhelmi accueille annuellement près de 6000 clients entre ses deux établissements de Überlingen sur les rives du lac de Constance en Allemagne et Marbella dans le sud de l’Espagne. 

La Genevoise Françoise Wilhelmi de Toledo, directrice scientifique de Buchinger Wilhelmi, relève un «climat adipogène» et «l’omniprésence du sucre» qui entraîne une hausse des maladies liées à l’obésité, et perçoit le jeûne comme une prise de conscience du lien entre alimentation et santé: «Le but d’un séjour ne se limite pas à la perte de poids. Il s’agit avant tout d’ouvrir le patient sur d’autres joies que celles de manger, et découvrir une nouvelle manière d’apprivoiser son corps et changer son rapport à la nourriture.» 

Jeûner, de sept à vingt-huit nuitées selon les formules, a un coût. Compter un minimum de 5544 euros pour vingt et une nuitées (incluant l’ensemble des prestations) jusqu’à plus de 26 000 pour certaines suites. Pas de quoi décourager la clientèle, puisque Françoise Wilhelmi reconnaît même «devoir parfois refuser des patients sur certaines périodes» et relève une forte internationalisation du public: «Autrefois, nous accueillions 80% d’Allemands et 20% de patients de l’extérieur, aujourd’hui les proportions sont inversées. Les Suisses, les Genevois notamment, sont bien représentés.»  


(Crédits: Bill Branson)

Des régimes à efficacité variable  

L’Organisation mondiale de la santé tire le signal d’alarme. Le triplement du nombre d’adultes obèses depuis 1975 a abouti en 2016 à 650 millions de cas dans le monde auxquels s’ajoutent 1,3 million de personnes en surpoids, soit au total autour de 30% de la population. 

Pour répondre à ce problème de santé publique grandissant, de nouveaux régimes voient régulièrement le jour. Le magazine américain «US News and world report» a confié à un panel multidisciplinaire de spécialistes le soin d’analyser une quarantaine de propositions. 

Il en ressort une évaluation positive des régimes méditerranéens, incluant la cuisine à l’huile d’olive, la prédominance des poissons et légumineuses au détriment des laitages et viandes rouges. La méthode DASH s’inscrit dans cette veine, en mettant également à l’honneur haricots, graines ou noix et céréales complètes.

D’autres régimes en revanche suscitent scepticisme, voire défiance des spécialistes. En particulier le Body reset (essentiellement à base de jus de fruits, légumes et soupes), jugé difficile à tenir même sur le moyen terme. Le régime Dukan, hyperprotéiné, inquiète pour les risques de carence induits. 


Trois applications téléchargées des millions de fois: le scanner d’aliments YuKa, et les compteurs de calories MyFitnessPal et My Diet Coach. (Crédits: Dr)

Ces startups qui misent sur la diététique

Contrôler ce que l’on mange est tendance. Pour preuve, le développement fulgurant de Yuka, classée «sixième meilleure application» en France et qui affiche 9 millions de téléchargements. Débarquée en avril en Suisse, où elle recenserait déjà 75% des produits alimentaires disponibles, elle propose au consommateur de scanner le code-barres pour obtenir le «nutriscore» de l’aliment, sur 4 niveaux (de vert, excellent, à rouge, mauvais), établi selon les quantités de sucres, sels, protéines ou encore additifs contenus. Outre les stars mondiales des apps téléchargées plusieurs millions de fois, des startups suisses développent des solutions et des modèles d’affaires innovants. Petit tour d’horizon.

Comptage de calories

Lancé en 2005 et pionnier sur le créneau, le compteur de calories MyFitnessPal affiche plusieurs centaines de millions de téléchargements dans le monde. L’utilisateur commence par préciser son poids de départ et son objectif, et l’application fixe une limite à ne pas dépasser en nombre de calories journalières. Calories ingérées et évolution du poids sont suivies sur un tableau de bord. Les réserves de certains diététiciens quant aux risques de carence induits par l’obsession du comptage de calories n’entament pas le succès de l’entreprise, qui en 2015 a été rachetée par Under Armour pour la somme de 475 millions de dollars.

Beaucoup plus récente, la britannique My Diet Coach, connue dans le monde francophone sous Mon coach minceur, affiche déjà plus de 10 millions de téléchargements sur Android seulement. Il s’agit également ici de décompter les calories de chaque aliment ingéré et de suivre sa courbe de poids, mais avec l’introduction d’une dimension de coaching par le biais de notifications régulières sur les bienfaits de la perte de poids, ou encore en proposant une photo de l’utilisateur avec quelques kilos de moins pour le motiver à tenir ses objectifs. 

Objets connectés et IA

Encore loin de régater avec les apps stars du secteur, certaines startups commencent à proposer des solutions technologiquement plus avancées, à l’image
de la suisso-américaine MixFit. Elle commercialise une machine qui délivre un complément nutritionnel sur mesure et adapté en continu sous forme de boisson. Pour ce faire, l’activité physique de l’utilisateur est réévaluée de façon constante notamment via une Apple watch ou un bracelet fitbit. A partir de photos des aliments consommés dans la journée, une intelligence artificielle estime les nutriments ingérés pour définir la composition du complément en fonction de carences éventuelles. En partenariat avec Givaudan pour les arômes et le spécialiste DSM pour les nutriments, la solution est commercialisée aux Etats-Unis et devrait être disponible en Suisse au troisième trimestre de cette année. 

Viser les entreprises suisses

D’autres sociétés innovent dans le modèle d’affaires en ne ciblant pas directement
le consommateur, mais les entreprises soucieuses de la qualité nutritionnelle des repas fournis à leurs employés. C’est le cas de la lausannoise Felfel, fondée en 2014. Un frigo est placé dans les entreprises, contenant une vingtaine de plats fréquemment réactualisés et préparés par des chefs partenaires. Un badge connecté à un compte en ligne permet aux employés d’ouvrir le frigo et sert de moyen de paiement. L’offre comprend notamment des lignes de type low carb ou encore sans gluten. Une application permet de suivre le contenu des repas pris ainsi que de compter les calories. Entre 300 et 400 entreprises sont équipées en Suisse et 40 000 employés bénéficient déjà du système. 


(Crédits: Dr)

«Ma patiente la plus âgée a 88 ans»

La nutrithérapeute Hadas Benamran, fondatrice du centre Renaissance, présente les règles fondamentales pour mincir. 

Votre centre à Genève propose une approche pluridisciplinaire pour perdre du poids, alliant conseils alimentaires et massages thérapeutiques. Combien comptez-vous de clients après une année d’ouverture?

La fréquentation du centre est en constante augmentation avec environ 25 patients par jour. Nous suivons également des patients à l’international par vidéoconférence. 

Quel est le profil type de votre clientèle?

Le profil de mes patients est très varié. 

Il peut s’agir d’enfants avec des problèmes de gestion de poids comme l’obésité, l’anorexie ou avec des problèmes particuliers comme la résistance à l’insuline ou des taux de cholestérol trop élevés. Bien souvent, leur prise en charge passe également par un travail de fond en association avec les parents. A l’opposé, ma patiente la plus âgée a 88 ans! Je trouve cela extraordinaire; elle nous enseigne qu’il n’y a pas d’âge pour prendre soin de soi et se sentir bien dans sa peau!

Combien coûte en moyenne une cure?

Cela varie en fonction de chaque patient qui a besoin d’entre 5 et 10 consultations. La consultation est facturée 153 francs. Certaines assurances complémentaires prennent en charge entre 70 et 90% des consultations, d’autres un montant fixe par consultation. 

Au bout du compte, quel est le secret pour maigrir? 

La règle fondamentale, c’est le «70/30»! Une fois les premiers objectifs atteints, cette règle signifie qu’il faut allouer 70% de notre nourriture à une alimentation saine et équilibrée tout en s’accordant tout de même 30% de petits plaisirs gourmands. Au-delà de cette règle fondamentale, il faut manger de tout. Mais cela n’est efficace qu’à condition que le corps bouge. Peu de mes patients peuvent allouer deux heures par jour à des exercices en salle. Ainsi faut-il privilégier des activités simples au quotidien comme le fait de marcher plutôt que se déplacer en voiture ou prendre les escaliers plutôt que l’ascenseur. Pour être parfaitement transparente, le vrai secret pour mincir réside dans le fait de tout simplement vouloir mincir. 

C’est un processus, un projet, un voyage qui débute par la volonté d’éliminer les erreurs passées, de se sentir à nouveau mieux, d’être une nouvelle personne.

Chantal De Senger
Chantal de Senger

JOURNALISTE

Lui écrire

Licenciée des Hautes Etudes Internationales de Genève en 2001, Chantal de Senger obtient par la suite un Master en médias et communication à l’Université de Genève. Elle débute sa carrière au sein de la radio genevoise Radio Lac. Journaliste depuis 2010 pour le magazine Bilan, elle est spécialisée dans les PME. En grande amatrice de vins et gastronomie, elle est également responsable du supplément Au fil du goût encarté deux fois par année dans le magazine Bilan. Chantal contribue par ailleurs régulièrement aux suppléments Luxe et Immo Luxe de Bilan.

Du même auteur:

Le road show de DSK passe par Genève
Genève accueille le premier salon suisse du champagne

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."