Bilan

Le label «Bois Suisse» pourrait disparaître

L’industrie forestière se bat contre la fin annoncée de l’obligation de déclarer l’origine du bois. Elle cherche aussi à fermer la porte à l’importation du bois étranger provenant de coupes illégales.

Pour être labellisé «Bois Suisse», un produit composé de bois doit contenir 80% de bois local.

Crédits: (Crédits: Dr)

La rentrée va être chaude pour la filière du bois. Mobilisée, elle livre une bataille contre l’invasion de la concurrence étrangère, qui a commencé par le «Principe du cassis de Dijon» il y a neuf ans. A cette époque, pour lutter contre sa bulle de cherté, la Confédération avait simplifié les règles d’importation des produits européens, incompatibles avec les hauts standards helvétiques. 

Puis est arrivée, en 2017, l’idée du Conseil fédéral de supprimer l’obligation de déclaration de l’origine du bois pour harmoniser encore plus sa réglementation avec celle de l’Union européenne (RBUE), premier partenaire commercial du pays. 

Mais ce souhait menace de disparition l’étiquetage «Bois Suisse». Il est perçu comme un crime de lèse-majesté par les consommateurs que gfs-Zurich sonde pour le compte de WWF Suisse. Plus de 71% des interrogés se disent attachés aux produits locaux et au principe de traçabilité de leur provenance. 

Ces exigences font écho au positionnement de Lignum, organisation faîtière de l’économie suisse de la forêt et du bois. Sa présidente Sylvia Flückiger-Bäni, conseillère nationale (UDC, Argovie), a déposé en effet fin 2017 une motion contre cette suppression de l’obligation de déclaration d’origine. Et une deuxième motion qui, elle, vise à l’interdiction de vente de bois étrangers issus de coupes illégales.

Son initiative est suivie en 2019 par des réactions en chaîne dans les cantons romands. Ainsi, en début d’année, la société vaudoise La Forestière, coopérative de propriétaires et exploitants forestiers, informe par courrier le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) de son opposition à cette abrogation de l’obligation de signaler l’origine du produit.

Au printemps, c’est d’abord les Parlements jurassien puis neuchâtelois qui votent, à l’unanimité, en faveur du projet de résolution contre cette mesure, déposé par leurs députés Verts, PopVertsSol, Vert’libéraux-PDC. Et mi-juillet, c’est au tour du Parlement valaisan, toujours à l’unanimité, de prendre position en ce même sens pour un projet similaire déposé par ses élus UDC.

«Aujourd’hui, un produit qui contient 80% de bois local peut être  labellisé «Bois Suisse». Demain, si cette appellation disparaissait, le consommateur achèterait un produit composé de bois de provenance et de teneur opaques qui ne serait ni écologique ni durable», lance Gilbert Gubler, président de La Forestière.

Lacune législative

D’après l’actuelle réglementation de la Confédération, tout bois indigène est automatiquement certifié suisse avec spécification de son essence (épicéa, sapin, etc.). Cette même déclaration d’origine est exigée du bois importé, comme l’explique Fabian Reusser, du Bureau de la consommation de l’Administration fédérale. Chaque année, cet organisme conduit 120 contrôles auprès de commerçants et professionnels du bois pour s’assurer du respect du principe de traçabilité. Cependant, contrairement à l’Union européenne, la Suisse n’exige pas de preuve quant à la provenance licite des bois vendus sur son territoire. Une lacune législative qui fait du pays un eldorado pour des produits étrangers résultant de coupes sauvages. 

D’autant plus que, selon les données de l’Office fédéral de la statistique, le volume de bois utilisé pour la construction est en augmentation en Suisse. Celui de l’importation également, puisque le cubage du bois indigène transformé localement est en diminution. Réalité qui désole Christina Giesch, directrice de Forêt Valais, qui souligne: «Si la différence de prix est importante pour le matériau – par exemple un lamellé-collé étranger peut être environ 35% moins onéreux – le coût d’une maison individuelle construite en bois suisse sera, contrairement à ce que les gens croient, seulement de 1 à 3% plus élevé, c’est-à-dire environ 3000 francs.» 

Pour élaborer un cadre juridique plus adapté à cette réalité du terrain, la Confédération va procéder prochainement à la révision de la Loi sur la protection de l’environnement (LPA). 

Lire aussi «Investir dans le bois, une bonne idée?» 

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