Bilan

Le FMI prudemment optimiste pour la croissance en 2020

Sans l'action des banques centrales, la croissance mondiale aurait fini 2019 sous la barre des 2,5% (2,9% au final), analyse le Fonds monétaire international (FMI). Pour 2020 et 2021, les prévisions de l'institution, dévoilées ce lundi en marge du World Economic Forum de Davos, sont prudemment optimistes avec une croissance qui devrait se stabiliser autour de 3,3 et 3,4% respectivement.

Après une fin d'année 2019 plutôt parsemée de signes positifs, le début d'année 2020 inquiète les prévisionnistes du FMI.

Crédits: AFP

Alors que le dernier trimestre 2019 laissait entrevoir des signes positifs pour la croissance mondiale, avec notamment un accord commercial entre les Etats-Unis et la Chine, ou encore un Brexit sans accord évité de justesse, le millésime 2020 commence avec des nuages venus du Moyen-Orient, où les tensions géopolitiques (notamment entre les Etats-Unis de Donald Trump et l'Iran) ravivent les risques d'un nouveau recul du PIB (Produit intérieur brut) mondial.

Depuis Davos, Kristalina Gueorguieva, directrice générale du FMI, a mis à jour les prévisions de croissance de son institution publiées en octobre. Et en trois mois, les éléments ont sensiblement changé, mais l'incertitude demeure, à tel point que les estimations de croissance pour 2020 et 2021 ont été revues à la baisse (-0,1 et -0,2 point respectivement).

Le risque géopolitique au Moyen-Orient

Kristalina Gueorguieva. (AFP)
Kristalina Gueorguieva. (AFP)

Pour Kristalina Gueorguieva, «L'année 2019 a été marquée par un ralentissement synchronisé, mais nous espérons enclencher la reprise cette année. Nous voyons déjà à ce stade des signes de stabilisation, mais nous n'avons pas encore atteint le point de bascule. Le fait est que la croissance mondiale reste léthargique. Nous devons nous habituer à vivre avec un plus grand degré d'incertitude. Et cela est illustré par les signes d'instabilité géopolitique que nous avons observés ces dernières semaines au Moyen-Orient».

Si les résultats de 2019 n'ont pas été aussi mauvais que certains analystes ont pu le craindre à moment donné, c'est avant tout dû à l'intervention des banques centrales et aux politiques dites de monetary easing, avec des taux d'intérêt historiquement bas. Si la directrice générale du FMI tient à souligner ce fait, insistant sur le fait que, sans ces choix forts, la croissance aurait été inférieure d'un demi-point, elle enchaîne en notant que «ces politiques monétaires ne peuvent être la seule solution pour soutenir la croissance». Elle encourage donc les dirigeants à soutenir de façon ciblée les secteurs les plus prometteurs, mais aussi à faire preuve de prudence, afin d'être en capacité de faire face à un nouveau ralentissement si celui-ci venait à se produire.

En ce début d'année, Kristalina Gueorguieva a établi un parallèle inquiétant: «Le début des années 2020 ressemble au début des années 1920: haut degré d’inégalités, innovation rapide, instabilité géopolitique. Il faut faire en sorte que la fin de la décennie ne soit pas aussi terrible».

Des mesures environnementales souhaitées

Pour Gita Gopinath, cheffe économiste au FMI, «De nouvelles tensions commerciales ou fiscales pourraient apparaître entre UE et USA, et nous ne sommes pas à l’abri de nouvelles tensions USA-Chine, même si l'accord signé en fin d'année va dans le sens d'un apaisement». Afin de stabiliser et renforcer durablement les potentiels de croissance, l'économiste suggère d'investir dans le capital humain et dans des infrastructures de transport durables et écologiques.

Gita Gopinath. (AFP)
Gita Gopinath. (AFP)

L'environnement et le défi posés notamment par la crise climatique figurent d'ailleurs plus que jamais au coeur des préoccupations du FMI et des solutions suggérées par l'institution. Face aux incendies majeurs des derniers mois au Brésil et en Australie, Gita Gopinath presse les dirigeants d'«adopter des mesures efficaces pour limiter la hausse des températures. Les banques centrales jouent un rôle crucial dans la lutte contre le changement climatique, car elles doivent mieux prendre en compte le risque climatique dans les stress-tests. L’économie est en mutation vers un business plus vert. De nombreux pays ont déjà été touchés par les effets du réchauffement. Les gouvernants ont lancé certaines actions mais ils doivent agir plus vite et plus radicalement».

Autre dossier brûlant, aux yeux du FMI: la réforme de la taxation de l'économie numérique. Pierre d'achoppement entre quelques grandes puissances dont les géants inondent le marché (Etats-Unis surtout, mais aussi Chine) et de nombreux pays qui voient ces activités se déployer sur leur sol sans retombées fiscales, le dossier semble bloqué actuellement, avec les Etats-Unis, par la voix de Donald Trump, qui refusent de voir leurs champions taxés dans des centaines de pays à travers le monde. «Nous avons besoin d’un nouveau système fiscal international pour l’économique numérique», affirme pourtant Gita Gopinath, qui indique que les retombées fiscales pourraient aider de nombreux pays en développement à soutenir leur croissance et financer des infrastructures durables.

Et sur ce dossier aussi, les approches américaine et chinoise risquent de réveiller des tensions. De quoi pousser les observateurs à se focaliser sur cette relation dont dépend désormais l'ensemble de la croissance mondiale. Et l'accord commercial n'est pas sans impact dont il est difficile de mesurer les effets: «La Chine va moins stimuler son économie car l’accord avec les USA a été signé et cela devrait favoriser un moindre interventionnisme», estime Gian Maria Milesi-Ferretti, directeur du département de recherche du FMI. Un avertissement qui fait écho à l'étonnement de certains de voir les prévisions de croissance de la Chine réévaluées de "seulement" 0,2 point à la hausse entre octobre et janvier, en dépit de l'accord avec les Etats-Unis.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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