Bilan

Le festival Antigel, un acteur insoupçonné de l'économie

Depuis 10 ans, Antigel fait vivre Genève au rythme de ses notes de musique et de son impact économique.

Le festival genevois clôt sa 10e édition.

Crédits: Antigel

Les festivals se suivent et ne se ressemblent pas...Ce dicton est tout particulièrement vrai quand on parle d'Antigel, le festival de musique genevois qui vient de célébrer ses 10 ans et dont l'édition 2020 prend fin ce soir. Fort de son succès au fil de la décennie, ce dernier s'est révélé être finalement bien plus qu'un simple rendez-vous musical et demeure un allié de taille pour faire vivre le canton.

Mettre en valeur le territoire

Du 24 janvier au 15 février, des dizaines d’artistes se sont produits à l’occasion du festival Antigel. Trois semaines de festivités dont la principale mission est de mettre sur pied une égalité de territoire. «A Genève, il y a un magnétisme de la culture au centre-ville. A l’époque nous avons donc eu l’idée de nous éparpiller géographiquement et proposer un événement plus inclusif pour certains quartiers», déclare Eric Linder, co-directeur du festival. Décentraliser la culture genevoise, un défi de taille qu’Antigel a pu relever grâce à l’aide des communes.

«Nous pouvons compter depuis le premier jour sur le fonds communal qui nous finance 40% du budget, soit 1,2 million de francs, le reste reposant sur les revenus de la billetterie et les soutiens privés», précise Eric Linder. Le tout pour un budget total de 3 millions. Cette association à but non lucratif peut également compter sur son public de fidèles qui s’est vu croître de 11'000 à 50'000 personnes en dix ans.

Concernant la valorisation du territoire, Antigel cherche avant tout à faire vivre des zones laissées à l’abandon. «Typiquement nous allons à la rencontre d’entreprises comme ABB, qui disposent de grands locaux en périphérie du centre et nous leur proposons d’organiser l’événement à leur emplacement, habituellement inaccessible, pour y faire converger des milliers de personnes», poursuit le co-directeur. Un concept qui plaît puisque désormais même les promoteurs immobiliers viennent chercher Eric Linder. Ceci afin de créer des zones d’activités et ainsi offrir une visibilité à des lieux méconnus tel qu’à l’époque Pont-Rouge.

«On accompagne parfois des transitions de territoire avec cette année le cœur du festival situé à la caserne des Vernets. Un endroit qui sera bientôt détruit pour construire le quartier du PAV. On donne à voir cette mutation qui peut être mal perçue par la population», ajoute le responsable.

Un tremplin à l’emploi

Outre cet aspect géographique, Antigel s’est aussi fixé le but de promouvoir l’intégration et la formation des populations vulnérables ou temporairement en marge de la société. Pour cela, Antigel a créé le projet Antidote en 2018, qui propose des places de stages à des requérants d’asile, des bénéficiaires de l’aide sociale ou des jeunes en rupture. Un modèle ensuite répliqué puis transformé en association en mars dernier.

«Aujourd’hui Antidote gère 6 projets et dispose de 3 partenaires culturels. Antigel et ses stages d’insertion mais aussi le festival Transforme, en juin, qui organise un concours de rap dont le clip sera réalisé par des personnes en difficulté. Enfin, le Grand Théâtre de Genève prépare un opéra qui se jouera en avril avec des réfugiés en tant que figurants», décrit Huda Bakhet, responsable de l’association. Antidote ce n’est pas moins de 200 personnes ayant profité de cet encadrement sur deux ans, dont une partie des expériences ayant pu ensuite déboucher sur un emploi.

En effet, rien que lors de la manifestation qui s’étale sur trois semaines, 80 personnes sont engagées. Le festival se déroulant à une période particulièrement creuse de l’année, tant les employés temporaires que l’économie genevoise en général, profitent de ce rassemblement culturel. «Une fois, sans savoir qui j’étais, un chauffeur de taxi m’a dit qu’il était ravi car l’espace de quelques soirées hivernales, il ne manquait pas de travail grâce à Antigel», raconte Eric Linder.

Pour aller toujours plus loin et promouvoir l’économie régionale, Antigel vend de la nourriture uniquement GRTA, le label du territoire genevois. «Nous ne sommes pas la solution à tous les maux mais nous sommes, à notre échelle, une mesure, un moyen de faire avancer les choses», conclut le co-directeur d’Antigel.  

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Julie Müller

Journaliste

Lui écrire

Du Chili à la Corée du Sud, en passant par Neuchâtel pour effectuer ses deux ans de Master en journalisme, Julie Müller dépose à présent ses valises à Genève pour travailler auprès de Bilan. Quand cette férue de voyages ne parcourait pas le monde, elle se débrouillait pour dégoter des stages dans les rédactions de Suisse romande. Tribune de Genève, 24 Heures, L'Agefi, 20minutes ou encore Le Temps lui ont ainsi ouvert leurs portes. Formée à tous types de médias elle tente peu à peu de se spécialiser dans la presse écrite économique.

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