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Le dollar va s'affaiblir, selon le stratège Gilles Prince

Le statut d’unique monnaie de réserve du billet vert est aussi relativisé par le contexte géopolitique et l’émergence des blocs chinois et européen, selon le CIO de la banque Edmond de Rothschild. Entretien.

Le monde va d'une monnaie de réserve unique vers une configuration à deux pôles, voire trois, selon Gilles Prince, Chief Investment Officer d'Edmond de Rothschild.

Crédits: AFP

Le dollar pourrait s’affaiblir ces prochains mois, en particulier face à l’euro, estime Gilles Prince, Chief investment officer (CIO) d’Edmond de Rothschild à Genève. «Cette conviction est basée sur le fait que les taux d’intérêt américains ont fortement baissé, réduisant leur écart par rapport aux taux européens, un écart passé de 2% à 0,6%».

Gilles Prince. (DR)
Gilles Prince. (DR)

En outre, le CIO estime que l’économie mondiale devrait se reprendre progressivement, ce qui réduira l’attrait du dollar en tant que valeur refuge. «Le dollar, anticyclique, tend à se renforcer lors des crises, et à être moins recherché lors des reprises, souligne Gilles Prince. 

Des positions short dollar et long euro

Même si des incertitudes géopolitiques persisteront avec la Chine, le Brexit et les élections américaines, plus de facteurs plaident pour un affaiblissement que pour un renforcement du billet vert». Sur le marché des futures, le stratège observe une hausse des positions short dollar et long sur l’euro, qui témoignent des anticipations de reprise de l’économie mondiale.

Mais l’affaiblissement du billet vert sera limité, précise Gilles Prince: en effet, une croissance supérieure de l’économie américaine tendra à le renforcer. Le différentiel de croissance attendue des PIB en 2020 entre USA (-3,7%) et Europe (-7%) joue en faveur des premiers, selon les économistes de la banque.

La création monétaire est en revanche un facteur d’affaiblissement du billet vert, même si toutes les grandes banques centrales ont accru les liquidités sur leurs marchés respectifs. «L’or en particulier sort gagnant dans ce contexte», note le stratège. 

Un statut moins central

A plus long terme, Gilles Prince estime que le dollar verra son statut de monnaie de réserve s’affaiblir. Non en faveur d’une autre monnaie en particulier, mais de différentes monnaies. En effet, l’euro et le renminbi ne sont pas des candidats évidents au rôle d’unique monnaie de réserve mondiale: le premier manque d’unité, et le second n’est pas assez internationalisé. De sorte que le marché des bons du Trésor américain n’a pas d’alternatives réelles et équivalentes.

Reste que la configuration hégémonique et unipolaire s’efface. «Le monde est entré dans une configuration bipolaire avec les Etats-Unis et la Chine, et le besoin d’avoir une seule monnaie de réserve diminue, même si le dollar continue de représenter 60% des réserves des banques centrales». 

Monnaies et realpolitik 

Aujourd’hui, conclut Gilles Prince, le système économique a deux pôles monétaires, si ce n’est trois. Et le renminbi, estime-t-il, aura quand même besoin d’une certaine internationalisation pour pouvoir s’imposer comme monnaie de réserve. Quant à l’Europe, il lui manque des obligations souveraines européennes pour que l’euro progresse en tant qu’actif de réserve.

L’évolution se fait davantage à travers la realpolitik qu’au travers d’accords internationaux, note le stratège. Quant à l’affaiblissement historique que connaît la livre sterling depuis le Brexit, qui a vu la monnaie britannique perdre un cinquième de sa valeur, il devrait profiter aussi bien au dollar, qu’à l’euro et au renminbi, selon Gilles Prince.

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

Myret Zaki est journaliste indépendante, spécialisée en économie et finance, et conseillère pour influenceurs et leaders d’opinion. Entre 2010 et 2019, elle a travaillé au magazine Bilan, assumant la rédaction en chef à partir de 2014. Elle avait auparavant travaillé au Temps de 2001 à 2009, dirigeant les pages financières du journal. Ses débuts, elle les avait faits à la banque genevoise Lombard Odier dès 1997, où elle a appris les fondements de l'analyse boursière. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage d'investigation, "UBS, les dessous d'un scandale". Elle obtient le prix Schweizer Journalist 2008. En 2010, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle prédit que la fin du secret bancaire profitera à d'autres centres financiers. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin du billet vert comme monnaie de réserve, puis «La finance de l'ombre a pris le contrôle» en 2016.

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