Bilan

«Le coureur ne paie réellement qu’un tiers des coûts qu’il génère»

Depuis mars, les courses à pied s’annulent de façon successive mettant à mal les finances des organisateurs. En attendant le retour à la normale dans les pelotons, les courses à pied bénéficient d’aides et de réserves pour combler les manques à gagner.

Malgré les mesures sanitaires et la limitation de personne, Sierre-Zinal aura bel et bien lieu du 17 août au 18 septembre.

Crédits: Christophe Golay

Foot, hockey ou tennis, la période d’arrêt de ces sports en raison du Covid-19 a mis en exergue le socle fragile sur lequel reposait leur marché financier. Les sports moins médiatisés ont également vu leurs activités à l’arrêt et leurs finances en souffrance. C’est le cas de la course à pied.

Tour à tour depuis l’annonce des premiers cas en Suisse, les courses à pied, à toute échelle, ont été annulées. La saison battant son plein à partir d’avril, les organisateurs ont réussi à limiter les dégâts: «On a pu anticiper l’impact de ce virus en annulant rapidement notre événement», explique Gaël Lasserre, secrétaire général des 20KM de Lausanne prévu le premier week-end de mai. Cette anticipation a permis de limiter les dépenses: «On a uniquement payé la promotion de la course, note Daniel Laubscher, vice-président des Traines-Savates à Cheseaux, on a dû reporter à l’année prochaine ou rembourser les coureurs et coureuses déjà inscrits qui représentaient déjà 15% des inscriptions totales.»

65% de l'inscription est offerte aux coureurs

Les inscriptions dictent les finances d’une course. Une année sans coureur est synonyme d’année dans le rouge dans leur comptabilité. Pour une course de 2’000 participants comme les Traines-Savates, les inscriptions représentent 40% des recettes alors que pour des événements historiques comme Sierre-Zinal ce pourcentage frise les 50%. Les inscriptions restent une lourde charge pour tout type d’événement. Pour les 20KM de Lausanne les prestations directes offertes à ses 27’000 participants s'élèvent à 43% soit quasiment la moitié de ses charges: «Le coureur ne paie réellement qu’un tiers des coûts qu’il génère, nous apprend Gaël Lasserre, aux 20KM il devrait alors payer 100.- au lieu de 35.- actuellement.» 65% de l’inscription est donc offerte aux coureurs. 

Même son de cloche à Cheseaux où 10% du montant de l’inscription va dans les caisses du comité d’organisation alors que les 90% servent à couvrir les prestations pour le coureur. Le temps coûte également de l’argent aux courses à pied: «Le chronométrage pour un coureur varie entre 5 et 10.-, indique Roland Muller directeur de MSO-Chrono, le prix du dossard est fixé par l’organisateur.» Avec le ravitaillement, le t-shirt ou la médaille à la fin de la course mais également le transport, les animations et les infrastructures, les organisateurs dépensent sans compter pour attirer les coureurs.

Chaque année les recettes sont alimentées en majorité par les inscriptions. Source: Sierre-Zinal
Chaque année, les recettes de Sierre-Zinal sont alimentées en majorité par les inscriptions. Source: Sierre-Zinal

Une réserve dérisoire

De par leur statut le but des courses à pied n’est pas de faire de bénéfice et jouissent ainsi d'une réserve permettant de limiter l’impact de l’annulation de leur événement. Un montant à couvrir qui monte à 10’000.- pour une course régionale comme les Traines-Savates soit environ ¼ de son budget annuel. 

Du côté des 20KM de Lausanne avec un budget d'1,4 millions et bénéficiaire d’une assurance partielle, le montant à compenser est encore inconnu: «On sait déjà que la redistribution des t-shirts commandés cette année sera une grosse charge pour nous, reconnaît le secrétaire générale de la course lausannoise, mais nous ne savons pas encore comment nous pourrons la répartir entre le budget 2020 et 2021, selon l’événement qu’il sera possible d’organiser en 2021 et le nombre de coureurs qui s’inscriront.» Ceux déjà inscrits pour l'édition annulée ont quant à eux reçu un formulaire début juin pour faire part de leur souhait: être remboursé, reporter leur inscription en 2021 ou en faire don à l'organisation.

Du côté du Valais la donne est tout autre: «Avec les bénéfices des années précédentes on a une réserve qui reste une somme dérisoire en cas d’inconvénients majeurs qui annuleraient complètement la course» indique Vincent Theytaz, directeur de Sierre-Zinal. Si la course des cinq 4’000 n’aura pas lieu le 9 août, elle aura lieu sur un mois. Un format unique.

Un soutien majeur des sponsors

Du 17 août au 18 septembre, les coureurs auront le luxe de choisir la date de leur départ pour grimper les 31km d’ascension jusqu’à Zinal. Les postes principaux seront le système de chronométrage opérationnel sur un mois, le système d’enregistrement des données, les médailles, le parcours, le ravitaillement ainsi que les textiles ou encore la communication de l'organisation. Le budget est également impacté passant de 920’000.- à 300’000.- pour cette course en un mois. «Comme nous ne pouvons pas garantir les mêmes prestations de qualité sur 30 jours que sur 1 jour, nous avons choisi de rembourser tous les participants qui ont pris une option garantie remboursement en cas d'annulation due au COVID-19 proposée par notre organisation» ajoute Vincent Theytaz. 

La course des cinq 4'000 aura lieu sur un mois. Crédits: Pete Hartley
La course des cinq 4'000 aura lieu sur un mois. Crédits: Pete Hartley

L’option garantie de remboursement a été le petit plus qui a fait grimper les demandes d’inscriptions. 21’000 serveurs différents se sont connectés pour décrocher un des 5'200 dossards le 11 avril dernier. Alors en plein confinement, la course était encore incertaine. Ce projet sur un mois est rendu possible grâce aux soutiens des aides institutionnels comme les communes ou les fonds du sport, les participants ayant renoncé aux remboursements de leur inscription mais surtout des sponsors. 

En moyenne, ils représentent environ 30% des recettes d’un événement sportif alors que pour les 20KM de Lausanne le chiffre grimpe à 45%. La période de coronavirus a néanmoins impacté la relation entre l’organisation et les sponsors: «Nous pensions simplement éviter de demander de l'argent à nos partenaires lourdement impactés. Au final, des partenariats au cas par cas ont été réalisés avec nos sponsors pour maintenir un système gagnant-gagnant pour tous. Ça a été une période compliquée pour tout le monde mais nos partenaires se sont montrés solidaires autour du projet de course», explique le directeur de Sierre-Zinal.


Un retour à la normale

Malgré un calendrier rempli de rouge et d’annulations, les courses reprennent des couleurs: «60% de nos courses sont annulées en août et 40% en septembre alors on a décidé de relancer gentiment la machine en mode Covid», explique Roland Muller en parlant de son projet: la Romandie Run. En partenariat avec les organisateurs de course, la Romandie Run est un circuit de 24 étapes sur quatre semaines à travers toute la Suisse romande. Les participants n’ont qu’à s’inscrire sur internet et venir chercher leur dossard au lieu de rendez-vous. 

L’organisation met en place le parcours et le chronométrage. Un classement par étape est effectué ainsi qu’un classement final à la fin des quatre semaines. «C’est un partenariat win-win avec les organisateurs de course. Les coureurs paient 20.- pour l’inscription. 10.- vont au chronométrage et 10.- à l’organisateur de course.» ajoute le directeur de MSO Chrono. Les coureurs peuvent ainsi partir en format contre-la-montre sur une boucle ou une montée sèche à leur convenance.

C’est un partenariat win-win avec les organisateurs de course

Pour les coureurs en manque d’émulations, d’odeur de Perkinsdol au départ des courses et du verre de Rivella à l’arrivée, de nombreux trails sont organisés dans le respect des limitations de personne. La Rougemeont Videmanette Run a fait sa réapparition après dix-neuf ans d’absence en s’offrant un plateau de choix avec notamment la victoire de Maude Mathys, triple championne de course de montagne ou encore celle chez les hommes de Rémi Bonnet, l’une des figures de proue du trail suisse. Le Montreux Trail Festival aura bel et bien lieu le 25 juillet ou encore le Demi-marathon des Alpes entre Aigle et Leysin le 1er août. Pour les amateurs de vitesse et de distances plus planes et plus courtes, il faudra attendre le 12 août avec le Tour du Pays de Vaud et le Groupe E Tour.

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