Bilan

Le Brexit est entre les mains des députés

Les députés britanniques discutent mercredi de l'accord de sortie de l'Union européenne conclu entre Londres et Bruxelles. Le texte controversé sera soumis au vote le 15 janvier.

Le Brexit continue de diviser le Royaume-Uni. Les députés britanniques ont encore fort à faire jusqu'au vote.

Crédits: AFP

Le sort de l'accord de sortie de l'Union européenne conclu entre Londres et Bruxelles est entre les mains des députés britanniques qui entament mercredi son examen, après avoir infligé mardi un nouveau camouflet à l'exécutif, rappelant la faiblesse de sa position.

Le texte, âprement négocié par le gouvernement de Theresa May et les dirigeants européens pendant 17 mois, sera soumis au vote mardi 15 janvier. Mais son adoption par le parlement britannique demeure très compromise, tant il est décrié à la fois par les Brexiters qui craignent une forme d'arrimage permanent à l'UE, et par les europhiles qui espèrent encore pouvoir faire machine arrière.

Premier revers à la Chambre des communes

Et le gouvernement a essuyé mardi soir une défaite en forme d'avertissement lors d'un vote à la Chambre des communes : vingt députés conservateurs ont voté avec l'opposition et permis l'adoption d'un amendement à la loi de Finances, visant à limiter le pouvoir de l'exécutif à modifier la politique fiscale en cas de Brexit sans accord.

Mais David Lidington, le numéro deux du gouvernement britannique, a encore écarté mercredi matin toute réécriture du texte, rejetant les "fantasmes d'accords alternatifs". "Le choix qui se présente est cet accord, ou pas d'accord, ou, comme certains députés le souhaitent, d'annuler complètement le résultat du référendum de 2016", a-t-il affirmé sur la BBC.

La Première ministre conservatrice Theresa May continue, elle, d'essayer d'obtenir de l'UE des "assurances" supplémentaires, a déclaré son porte-parole mardi, notamment sur le caractère "temporaire" du "filet de sécurité" (ou "backstop" en anglais).

Cette disposition, décriée par les Brexiters, vise à empêcher le rétablissement d'une frontière physique entre l'Irlande et la province britannique d'Irlande du Nord en créant un "territoire douanier unique" englobant l'UE et le Royaume-Uni, avec un alignement plus poussé pour l'Irlande du Nord. 

Vers un report du Brexit?

Même si Bruxelles martèle que l'heure n'est plus aux négociations, le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, a redonné un peu d'espoir à Mme May. Il a assuré qu'il y avait des "contacts étroits" pour savoir "si une série supplémentaire de garanties écrites, explications et assurances pourraient faire la différence". 

"Nous ne voulons pas piéger le Royaume-Uni dans quoi que ce soit. Nous voulons passer aux discussions sur la future relation immédiatement", a-t-il dit à l'Irish Times. 

A la suite d'un article du Telegraph selon lequel les autorités britanniques "tâtaient le terrain" pour demander une éventuelle extension au-delà du 29 mars de l'article 50 du Traité de l'UE, qui régit le départ d'un Etat membre, un porte-parole du gouvernement britannique a fermement démenti mardi. 

"Nous sommes convaincus que Theresa May demandera un report après le rejet de l'accord au Parlement britannique, mais elle ne le dit pas, ni publiquement ni dans ses contacts avec les interlocuteurs européens", a cependant confié à l'AFP une source diplomatique à Bruxelles. 

"Il est clair que tout le monde a en tête que cette possibilité existe", a indiqué une autre source diplomatique européenne, avertissant toutefois que c'était "une option très hypothétique". 

Vote déjà reporté

Theresa May conclura les débats le 15 janvier avant un vote décisif en soirée. Le vote était initialement prévu en décembre mais avait été reporté à la dernière minute pour éviter une défaite annoncée. 

L'opération de persuasion s'annonce particulièrement ardue pour Theresa May, dont l'autorité a été sérieusement entamée en décembre par un vote de défiance organisé au sein de son parti, auquel elle n'a survécu que péniblement. 

La dirigeante a déjà lâché un peu de lest pour tenter d'amadouer les députés. Elle a affirmé que le Parlement pourrait jouir d'un rôle plus important dans les négociations à venir sur la future relation commerciale entre Londres et les 27.

Elle a également évoqué des mesures, sans en préciser la nature, concernant l'Irlande du Nord, afin de convaincre, sans succès jusqu'à présent, le parti ultra-conservateur nord-irlandais DUP, dont le soutien lui est indispensable pour obtenir la majorité absolue au Parlement.

Elle a enfin affirmé qu'un rejet du texte plongerait le Royaume-Uni "en territoire inconnu". Sans accord au jour du Brexit, le 29 mars, le Royaume-Uni mettra fin brutalement à plus de quatre décennies d'appartenance à l'UE, un scénario redouté par les milieux économiques. 

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