Bilan

Le basket suisse peut encore grandir

Peu d’équipes de basket bénéficient d’un parquet en Suisse. Bon nombre d’entre elles s’entraînent dans des salles omnisports. Le pays est loin d’un professionnalisme façon NBA, même si le spectacle est là.

Les Lions de Genève ont remporté la SBL Cup 2019. Une compétition qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes à Montreux.

Crédits: DR

Lorsque l’on se concentre sur le jeu, le basket suisse ressemble à ses voisins. La circulation de balle se fait, les stars enchaînent les trois points ou les dunks et les entraîneurs s’énervent au bord du terrain. Là où le basket peine, contrairement à des sports comme le football et le hockey sur glace, c’est dans le passage au professionnalisme. Mise à part Fribourg, les joueurs s’affrontent souvent dans des salles omnisport, au milieu des autres lignes tracées pour l’unihockey ou encore le volley. Une configuration qui ne convainc pas les télévisions. Si la RTS et MySports se partagent quelques matches, ils se rendent dans des salles bien précises.

Les bénévoles mettent en place les gradins, gèrent les caisses et les contrats de sponsoring. «Il faut vraiment professionnaliser les clubs» argue Giancarlo Sergi, président de Swiss Basketball.

Sauf que cela a un coût pour ces clubs qui sont déjà sous pression. «A Union il n’y a que l’équipe, le staff technique et le secrétariat qui sont rémunérés» affirme Andrea Siviero, président d’Union Neuchâtel. Du côté de Genève, seule l’équipe et son encadrement gagnent leur vie à travers le basket. Le salaire des basketteurs représentent la majorité de l’enveloppe dont dispose le club. S'il venait à construire leur salle et quitter la salle du Pommier - mise à disposition par la commune, le club genevois devrait largement augmenter son budget. «Il faut également penser aux coûts indirects, comme l’entretien des salles» ajoute Imad Fattal, président des Lions de Genève. Même au sein du club qui joue la coupe européenne, les investissements sont délicats. «Le nerf de la guerre reste l’argent» sourit Philippe de Gottrau, président de Fribourg Olympic. Une équipe qui affronte toutefois les meilleurs Européens.

Le basket n’a pas sa place ?

Porrentruy a posé la question d’une rénovation de la patinoire. Les travaux sont estimés à presque 30 millions de francs. Genève a rénové son stade de football pour un prix estimé à 230 millions. Le hockey et le football sont des sports nationaux et populaire. Que manque-t-il au basket pour atteindre le niveau de ces mastodontes ?

La ville de Fribourg a construit sa propre salle omnisport. Saint-Léonard a d’ailleurs accueilli les Israéliens d’Hapoel Holon ou encore les Italiens de Venise. Le parquet fait le bonheur des joueurs, qui se rapprochent davantage des installations professionnelles qu’ils ont connues dans les autres pays. Le président de Fribourg est évidemment ravi de pouvoir occuper le bâtiment, mais il nuance toutefois: «La capacité atteint environ 3000 spectateurs. En 6 ans de présidence, je ne l’ai vue qu’une seule fois remplie». Pourtant, Giancarlo Sergi considère Fribourg comme la capitale du basket suisse, au point de vouloir y construire un centre de formation.

Convaincre les autorités

Ainsi le basket est plongé dans un cercle vicieux. Les dirigeants se sentent bloqués avec leurs moyens limités. Un des secteurs à développer est celui de la formation. Là encore, les coûts sont élevés. «On a beaucoup de licenciés, mais cela ne veut pas dire qu’on peut les former et les faire devenir professionnels» admet Imad Fattal. Philippe de Gottrau ajoute: «Les joueurs suisses ? Il y en a peu sur le marché et on les connaît. Les joueurs étrangers sont bien plus nombreux et meilleur marché». Le président fribourgeois parle ensuite de la difficulté de garder ses joueurs. «Arnaud Cotture ou Roberto Kovac sont à Genève» lance-t-il. Bon joueur, il comprend la trajectoire de ses hommes formés au club.

Les présidents des Lions de Genève, de Fribourg Olympic, d’Union Neuchâtel et de Swiss Basketball sont tous optimistes. Andrea Siviero parle d’un cercle vertueux, dans lequel les exigences tirent toutes les équipes vers le haut. L’important est d’avancer avec un certain équilibre. «Cela ne sert à rien de faire un coup d’éclat qui mène à la faillite» avance-t-il.

Le travail sur la durée est d’ailleurs celui qu’a mené Swiss Basketball. «Il y a quatre ans, il n’y avait pas d’argent et nous avions la ligue d’un côté et la fédération de l’autre. Nous avons refait la gouvernance» explique Giancarlo Sergi. Le président de l’instance suisse de basket insiste sur les efforts en terme de communication. Avec des matches en live sur le site, les statistiques en temps réel ainsi que les efforts sur les réseaux sociaux, la fédération entend continuer à faire parler du sport. Elle organise régulièrement des événements,le plus récent étant la SBL Cup dont la finale a eu lieu fin janvier.

Et si les politiques refusent de promouvoir le basket à l’échelle communale, cantonale ou même fédérale, le basket continuera de faire avec les moyens du bord.

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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