Bilan

L’avocat stagiaire, corvéable à merci?

Le Barreau vaudois compte 150 à 170 stagiaires pour 800 avocats inscrits: «L’esprit du temps a changé», estime le bâtonnier Me Nicolas Gillard.

L’assistance judiciaire par un stagiaire coûte 110 francs l’heure, facturés par le maître de stage. (Crédits: Getty images)

Travaillant parfois 10 heures par jour pour un salaire mensuel de 3500 francs brut durant deux ans, l’avocat stagiaire vaudois est-il exploité? Perçoit-il un salaire loin de correspondre au tarif horaire facturé au client par son patron? «Il n’est pas plus exploité que je l’étais, estime le bâtonnier des avocats vaudois, Me Nicolas Gillard. J’étais payé 1000 francs par mois et travaillais beaucoup. La première année, j’ai peu gagné. La situation s’est plutôt améliorée depuis.»

Tel l’enfant battu qui reproduit ce qu’il a subi, la situation se répèterait-elle au fil des générations? Au-delà de la caricature, c’est le nombre des candidats en constante augmentation qui pousserait parfois à une forme d’exploitation: «Chaque semaine, je reçois une demande de stage que je dois refuser», confie un avocat lausannois. Le marché est-il saturé? Le Barreau vaudois compte 150 à 170 stagiaires pour 800 avocats inscrits au tableau du Tribunal cantonal. Un avocat n’a pas le droit d’engager plus d’un stagiaire et il faut compter sept ans d’expérience pour avoir le droit de le former. «A ses débuts, le stagiaire n’est pas productif, poursuit le bâtonnier. Il n’est pas là pour faire du chiffre. Je ne peux facturer que le tiers de son temps de travail. Il y a certes des exceptions. Mais que dire de l’apprenti payé 1200 francs pendant deux ou trois ans pour apprendre son métier: se plaint-il d’être exploité?» On rétorquera que l’apprenti n’a que 16 ans, qu’il vit souvent chez ses parents, qu’il suit encore des cours et qu’il n’a pas fréquenté l’Uni.

Autre son de cloche, celui du stagiaire. Nombreux sont ceux qui confessent en aparté avoir été livrés
à eux-mêmes, bénéficiant de peu de suivi de leur travail et de leur être. Vu la rareté des places de stage, peu se plaignent ouvertement!

Me Nicolas Gillard, bâtonnier des avocats vaudois. (Crédits: Westend61  / Getty images)

Jusqu’à 70% d’échec lors de l’examen de fin de stage

Pas question de plaider seul au Tribunal correctionnel, sauf autorisation express du prévenu. La procédure vaudoise a changé. Avant l’entrée en vigueur du nouveau Code de procédure pénale fédérale en 2011, le stagiaire avait le droit d’exercer le rôle de défenseur d’office: «Ce n’est plus le cas. Pour moi, c’est une perte», estime Me Gillard. En revanche, il peut soutenir l’audition contradictoire d’un prévenu. Le code de procédure veut que tout prévenu a le droit d’être assisté d’un avocat dès sa première audition. Le tarif de base est de 110 francs l’heure pour l’assistance judiciaire par un stagiaire. Le montant finit dans la poche du maître de stage, même si c’est le stagiaire qui a principalement effectué le travail.

Vaud compte-t-il trop d’avocats? Chaque canton applique ses règles. Genève a instauré un semestre d’école d’avocature à l’Uni. Mais c’est au niveau de l’examen de fin de stage que se joue la différence. Dans le canton de Vaud, le taux d’échec est de 40%, Fribourg jusqu’à 70%, et le Valais atteint les 50%. «Le métier d’avocat est en mutation, concède Me Gillard. Dans les années 1980 à 1990, l’immense majorité voulait embrasser la profession d’avocat et plaider au tribunal. Aujourd’hui, beaucoup veulent obtenir le brevet comme un papier supplémentaire. Pour travailler comme juriste dans une grande entreprise ou avoir accès à la magistrature comme juge.»

La féminisation de la profession entraîne aussi des conséquences sur la carrière. Le Barreau vaudois comptabilise 35% de femmes. Elles veulent souvent un horaire plus souple. Mais les hommes aussi. Les jeunes avocats ne souhaitent plus être taillables et corvéables à merci. Ils aspirent souvent à une meilleure qualité de vie.

Oliver Grivat

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