Bilan

L'Argentine dans une course contre la montre pour renégocier sa dette

Appuyée par le Fonds monétaire international (FMI) qui a déclaré sa dette insoutenable, l'Argentine est désormais engagée dans une course contre la montre pour négocier avec ses créanciers des remises à court terme.

Alberto Fernandez, le nouveau président de centre gauche, est entré en fonction le 10 décembre 2019.

Crédits: AFP

Depuis sa prise de fonction en décembre, le président de centre gauche Alberto Fernandez n'a cessé de marteler que son pays, en récession depuis mi-2018, ne pourrait rembourser sa dette (311 milliards de dollars, plus de 90% du PIB), qu'à la condition qu'il retrouve le chemin de la croissance.

Entre des créanciers crispés qui ne veulent pas bouger d'un iota et les échéances importantes auxquelles va devoir faire face le pays fin mars, le FMI s'est rangé du côté du gouvernement, jugeant, après plus d'une semaine de mission sur place, que la dette du pays n'était «pas soutenable».

«Ils nous accusent d'être des populistes, des irresponsables, mais le résultat c'est que nous nous réveillons aujourd'hui avec le FMI qui nous a donné raison», s'est félicité Alberto Fernandez, au lendemain de l'annonce de l'institution financière.

L'Argentine est aux prises avec la pire crise économique depuis 2001. L'économie est en récession depuis près de deux ans, le taux de pauvreté atteint près de 40% et l'inflation en 2019 a dépassé 50%.

Le pays, qui a connu en 2001 le plus grand défaut de paiement de l'histoire (100 milliards de dollars), s'efforce d'écarter le spectre d'un nouveau défaut, tout comme le FMI, auprès duquel Buenos Aires s'est endettée à hauteur de 44 milliards de dollars.

«Nous avons une bonne occasion de négocier quelque chose de raisonnable car le FMI a tout intérêt à éviter un défaut», estime Hector Torres, ancien représentant de l'Argentine auprès de l'institution.

Sur ses 311 milliards de dette, Buenos Aires veut renégocier 121,9 milliards (35% du PIB) avec les détenteurs d'obligations privés et 72,6 milliards (21,4% du PIB) avec les organismes multilatéraux et bilatéraux.

«Le FMI est évidemment une voix autorisée sur les marchés financiers, et le fait qu'il dise que la dette n'est pas soutenable pourra fléchir la position des créanciers privés», analyse l'économiste Matias Rajnerman, du cabinet Ecolatina.

«Importantes remises»

Pour le Fonds, l'Argentine doit obtenir «une contribution appréciable des créanciers privés», à savoir des remises de dette, des baisses d'intérêt ou des reports de paiement.

Une position qui «élimine tout doute sur le fait que les créanciers privés vont devoir supporter d'importantes remises», estime le cabinet Capital Economics, qui prévoit de «longues bagarres» avec les détenteurs d'obligations peu enclins à céder.

Claudio Loser, un ancien haut-responsable du FMI, juge que pour l'heure «il n'est pas possible de connaître le montant de la remise» que vont devoir accepter les créanciers privés, mais il estime qu'elle pourrait atteindre 30% du capital.

Cependant, pour cet expert, le soutien du FMI ne prendra effet que s'il convient d'un nouveau programme avec l'Argentine, «sinon, les créanciers se sauront pas à quoi s'en tenir».

En 2006, après avoir payé l'intégralité de sa dette envers le FMI, l'Argentine avait été gelé pendant une dizaine d'années ses relations avec l'institution, jusqu'à ce que le président libéral Mauricio Macri (2015-2019) contracte en 2018 un prêt de 57 milliards de dollars, dont 44 milliards ont finalement été décaissés.

L'Argentine, dont les réserves internationales avoisinent les 44 milliards de dollars, présentera ses propositions aux créanciers dans moins d'un mois, alors que les échéances prévues pour la fin mars s'élèvent à 34 milliards de dollars.

Sur l'ensemble des échéances courant sur 2020, seul 4,3 milliards de dollars d'obligations sont toutefois sous législation étrangère et peuvent donc être soumis à un arbitrage international ou à la justice d'autres pays.

«Le gouvernement pourra honorer ses dettes en 2020, étant donné que plus de 80% d'entre elles ont été contractées sous législation locale et pourraient être renégociées unilatéralement par le Parlement», explique Capital Economics.

L'an dernier, le gouvernement de Mauricio Macri avait déjà rééchelonné sa dette auprès des détenteurs d'obligations sous législation locale.

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