Bilan

L’Allemagne vivrait-elle une crise structurelle?

Alors que le pays pourrait entrer en récession, des voix s’élèvent afin que le gouvernement prenne des mesures destinées à lutter contre la mauvaise conjoncture et à améliorer la compétitivité de l’industrie.

Le premier ministre chinois Li Keqiang et la chancelière allemande Angela Merkel.

Crédits: Anadolu Agency/Getty images

L’Allemagne a la gueule de bois! Selon toute vraisemblance, elle devrait entrer en récession au 3e trimestre de cette année après avoir enregistré un recul de 0,1% de son produit intérieur brut (PIB) entre avril et juin.

La diminution des exportations a été plus importante que celle des importations et s’est traduite par une baisse de 0,5 point de PIB. La régression des ventes de marchandises à l’étranger s’explique par le ralentissement de la demande, l’édification de barrières douanières et les tensions entre la Chine et les Etats-Unis.

La faiblesse de la première puissance économique européenne a nui par ricochet à la croissance de la zone euro ainsi qu’aux entreprises helvétiques en raison de l’enchevêtrement des flux commerciaux.

Au premier semestre 2019, les exportations de l’industrie suisse des machines, des équipements électriques et des métaux vers l’Allemagne ont reculé de 4,6% par rapport à la même période de l’année précédente. Ce qui s’est répercuté négativement sur les résultats de nombreuses sociétés, surtout en Suisse alémanique.

Modèle économique dépassé

De l’avis d’observateurs, il est faux d’imputer le recul de l’activité économique à la seule conjoncture. L’Allemagne vivrait plutôt une crise structurelle. «Les années grasses sont terminées», affirmait ainsi l’hebdomadaire Der Spiegel au mois de mai.

Dans une interview publiée récemment par Les Echos, l’économiste Patrick Artus estime, lui aussi, que le miracle économique allemand a vécu. «Les problèmes de l’Allemagne reposent sur l’obsolescence de son modèle économique dans un monde qui a changé. On se dirige vers une régionalisation des échanges commerciaux avec des produits fabriqués au plus près de la demande.» Sa conclusion est sans équivoque: «On n’est pas face à un choc cyclique, mais face à un immense défi structurel. L’économie allemande va être en croissance quasi nulle pendant un certain temps», relève Patrick Artus.

Les fleurons de l’économie allemande sont confrontés à plusieurs défis: la concurrence de la Chine dans ses activités de prédilection comme les machines-outils, la conversion de l’industrie automobile à la voiture électrique, la pénurie de main-d’œuvre qualifiée consécutive au vieillissement démographique, etc. L’arrivée de l’Empire du Milieu sur les marchés où la présence allemande est forte préoccupe les acteurs économiques et politiques jusqu’au plus haut niveau de l’Etat. Les inquiétudes sont d’autant plus grandes que les entreprises chinoises s’implantent aussi en Allemagne. Dernier exemple en date: le groupe Vossloh, actif dans la production de locomotives, vient de donner son accord pour être repris par le géant ferroviaire CRRC. Ce qui permettra à ce dernier de participer aux appels d’offres sur le Vieux-Continent.

Un plan de relance?

Face à cette situation, de plus en plus de voix s’élèvent pour exiger que l’Allemagne prenne deux mesures phares: l’une pour lutter contre la mauvaise conjoncture; l’autre pour combattre la concurrence chinoise. D’abord, le gouvernement doit lever le tabou de la dette publique. Comme en Suisse, l’Allemagne a mis en œuvre des règles contraignantes pour éviter tout dérapage des dépenses publiques. Avec un excédent budgétaire de 45 milliards d’euros au premier semestre de cette année et une dette publique inférieure à 60% du produit intérieur brut, notre voisin peut changer ce cap. Lors du dernier G7 à Biarritz, le président français Emmanuel Macron a de nouveau appelé Berlin à desserrer les cordons de la bourse. Un plan de relance permettrait d’investir massivement dans la protection du climat et les infrastructures. Mais ses opposants affirment que la situation économique n’est pas dramatique pour agir dans ce sens. La hausse des salaires a eu un effet positif sur le revenu disponible et le chômage, avec un taux autour de 3%, reste à un niveau historiquement bas.

Ensuite, le patronat et le ministre de l’Economie Peter Altmaier estiment que la préservation non seulement de l’industrie allemande mais également de celle du Vieux-Continent passe par une politique industrielle commune à l’échelle de l’Union européenne. Car ni l’Allemagne, ni la France, ni aucun autre pays ne parviendront seuls à lutter contre la concurrence de la Chine. La sauvegarde de la compétitivité européenne passe par l’adoption de mesures concrètes: forte hausse des dépenses dans la recherche et développement, investissements majeurs dans le domaine de l’intelligence artificielle, fusion d’entreprises nationales pour créer des champions continentaux, etc. La balle est dans le camp de la nouvelle Commission européenne.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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