Bilan

La zone euro et le FMI sauvent Chypre

Les deux organisations ont trouvé samedi un accord sur un plan de sauvetage d'un maximum de 10 milliards d'euros pour Chypre. L'Etat devient le cinquième pays à bénéficier d'une d'aide internationale.
Le montant de l'aide devrait être «de 10 milliards d'euros maximum», a indiqué une source diplomatique, soit bien moins que les 17,5 milliards d'euros évoqués au départ par Nicosie. Ce montant est aussi très inférieur aux centaines de milliards déboursés pour la Grèce et aux dizaines de milliards versés au Portugal, à l'Irlande et au secteur bancaire espagnol.



«C'est fait,» a aussi indiqué un responsable européen qui a précisé que les dépôts inférieurs à 100'000 euros ne seraient ponctionnés qu'à 6,75% et que les intérêts des dépôts seraient aussi taxés. Chypre devrait aussi participer à ce plan via un programme de privatisation qui pourrait concerner son opérateur télécoms.

10h de réunion

Le FMI devrait participer à hauteur de 1 milliard d'euros, a indiqué la même source à l'issue de près de 10 heures de réunion entre les ministres des Finances de la zone euro, la directrice générale du FMI, Christine Lagarde et le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi.



Le programme d'assistance financière comprend une taxe exceptionnelle pouvant aller jusqu'à 9,9% sur les dépôts bancaires dans les banques chypriotes, ainsi qu'une retenue à la source sur les intérêts de ces dépôts. Les bailleurs de fonds de Chypre semblent avoir renoncé à un effacement de dette, qui ferait subir de lourdes pertes aux créanciers privés et qui était fermement rejetée par Nicosie.



Mais les épargnants seront cependant touchés par ces deux taxes sur les dépôts. Chypre avait demandé en juin une aide financière à l'UE et au FMI pour l'aider notamment à renflouer ses deux principales banques, plombées par la crise grecque.

Eviter l'explosion de la dette

Mais ses bailleurs de fonds n'étaient pas prêts à lui accorder 17,5 milliards d'euros, soit l'équivalent de son PIB: ils craignaient que Chypre ne puisse pas rembourser une somme trop importante et que la dette explose à des niveaux insoutenables, une fois l'aide versée.



«Le FMI doit faire partie de la solution», avait estimé à son arrivée la ministre finlandaise Jutta Urpilainen. Il doit participer «techniquement et financièrement», avait renchéri son homologue luxembourgeois, Luc Frieden, alors que des informations avaient circulé sur une éventuelle non-participation du FMI au programme chypriote.



«Nous ne voulons pas d'un pansement, mais d'une solution qui dure et qui soit soutenable», avait rappelé Christine Lagarde, avant de s'entretenir avec le nouveau président chypriote, le conservateur Nicos Anastasiades. «Je ne peux pas imaginer que nous laissions passer le week-end sans avoir résolu le problème chypriote», avait estimé le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui fut le patron des ministres des Finances de la zone euro pendant huit ans.



Interrogé sur un effacement de dette, Jean-Claude Juncker avait estimé qu'il fallait «rechercher une solution qui ne soit pas un effacement pur et simple». Parmi les mesures envisagées,figuraient aussi la hausse de l'imposition sur les sociétés et la privatisation d'entreprises publiques rentables.

Allemagne prudente

L'Allemagne, qui s'était montrée prudente sur les possibilités d'un accord dès ce week-end, faisait pression pour que Chypre lutte activement contre le blanchiment d'argent. Après avoir traîné les pieds, Nicosie a accepté de se soumettre à un audit qui a débuté cette semaine et dont les premières conclusions sont attendues à la fin du mois.



Pour bénéficier rapidement d'une aide financière, Chypre devrait également se tourner vers la Russie, dont elle est proche économiquement et culturellement. Le ministre des Finances, Michalis Sarris, doit se rendre lundi à Moscou pour demander une prolongation du délai de remboursement d'un prêt russe de 2,5 milliards d'euros venant à échéance 2016, et discuter de la façon dont la Russie pourrait contribuer au plan de sauvetage.
François-Xavier Lanfray

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