Bilan

La votation sur le nucléaire s'annonce serrée

La Suisse a déjà décidé il y a cinq ans d'abandonner le nucléaire, mais dimanche, ses électeurs devront se prononcer sur un calendrier accéléré.

Toutes les centrales nucléaires suisses opèrent sous des licences qui leur permettent de continuer à produire tant qu'elles répondent aux critères de sécurité.

 

Crédits: Keystone

La Suisse a déjà décidé il y a cinq ans d'abandonner le nucléaire, mais dimanche, ses électeurs devront se prononcer sur un calendrier accéléré prévoyant la fermeture de 3 de ses 5 réacteurs dès l'an prochain.

Quelques mois après la catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon, provoquée en mars 2011 par un tsunami meurtrier, les autorités suisses avaient décidé de fermer progressivement les centrales nucléaires, sans toutefois fournir de calendrier précis.

L'idée du gouvernement est de décommissionner les 5 réacteurs qui produisent environ un tiers de l'électricité en Suisse, au fur et à mesure qu'ils approchent de leur fin de vie, et de ne pas les remplacer.

Mais toutes les centrales nucléaires suisses opèrent sous des licences qui leur permettent de continuer à produire tant qu'elles répondent aux critères de sécurité.

C'est pourquoi les Verts ont lancé il y a 5 ans une initiative pour demander au peuple de se prononcer sur la limitation à 45 ans de la durée de vie d'un réacteur.

C'est sur cette proposition que les électeurs devront se prononcer dimanche lors d'une "votation" au niveau fédéral, comme le prévoit le système de démocratie directe en vigueur dans le pays.

Sans une date limite, "il faudra attendre d'avoir une panne ou un incident avant de pouvoir fermer les centrales nucléaires", a expliqué à l'AFP dans un courriel Mathias Schlegel, porte-parole de l'initiative des Verts.

"En fixant à 45 ans la durée maximale de fonctionnement des réacteurs suisses, on évite de les exploiter au delà du raisonnable", a-t-il souligné.

Si le oui l'emporte, la centrale de Beznau, en service depuis 47 ans dans le canton d'Aargau (nord), près de la frontière allemande, devrait fermer ses portes en 2017. Ses deux réacteurs sont actuellement en réparation.

Il s'agit de la plus vieille centrale nucléaire au monde, depuis la fermeture du réacteur d'Oldsbury en Grande-Bretagne en 2012.

La centrale de Muhlberg, lancée en 1972 dans le canton de Berne, devrait aussi interrompre ses opérations l'an prochain si les Verts gagnent leur pari. Les centrales de Gosgen à Soleure et Leibstadt à Aargau devront elles fermer leurs portes en 2024 et 2029.

Menace sur la sécurité énergétique ?

Alors que le gouvernement suisse soutient le décommissionnement graduel de ses installations nucléaires, il est catégoriquement opposé à l'initiative qui déboucherait, selon lui, sur des fermetures prématurées.

"Il serait en effet impossible de compenser à temps l’abandon de l’électricité nucléaire au moyen d’une électricité issue d’énergies renouvelables et produite en Suisse", a-t-il averti dans un document officiel.

"Nous serions donc contraints d’importer de grandes quantités d’électricité au cours des prochaines années, ce qui non seulement affaiblirait la sécurité de notre approvisionnement, mais constituerait en outre un non-sens écologique, puisque l’électricité produite à l’étranger provient souvent de centrales à charbon", a-t-il souligné.

Le parlement suisse est également opposé à l'initiative, tout comme les partis de droite, alors que les Verts ont reçu le soutien des partis de gauche.

Les électeurs, eux, oscillent entre le oui et le non.

Selon le dernier sondage effectué par l'institut gfs.bern la semaine dernière, 48% des personnes interrogées se prononcent en faveur de l'initiative, contre 57% le mois dernier.

Les opposants représentent eux 46%, en hausse de 10 points.

Les défenseurs du projet soulignent qu'avec trois réacteurs à l'arrêt pour réparation -- les deux de Beznau et celui de Leibstadt -- jusqu'au début de l'an prochain, les Suisses vont devoir passer l'hiver avec des centrales nucléaires à 50% de leur capacité.

Et ils affirment que l'expansion rapide des énergies renouvelables en Suisse et en Europe pourrait rapidement compenser la perte de production d'origine nucléaire.

La Suisse produit environ 33% de son électricité à partir du nucléaire, près de 60% grâce aux centrales hydrauliques et un peu plus de 4% avec des sources renouvelables, comme le solaire et l'éolien, selon des statistiques officielles.

Les opposants répliquent qu'une sortie prématurée du nucléaire mettrait en danger la sécurité énergétique de la Suisse.

Selon la télévision publique RTS, quelque 40.000 projets d'énergie verte sont actuellement en attente d'autorisation, avec un potentiel capable de doubler, voire de tripler la production actuelle d'énergie renouvelable.

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