Bilan

La Turquie rallie la course des gazoducs

Au Congrès mondial de l’énergie à Istanbul, le président turc a donné son feu vert à deux projets de livraison de gaz russe… sans passer par l’Ukraine.
  • Les présidents turc, russe et azéri étaient réunis en octobre à Istanbul.

    Crédits: Ozan Kose/AFP

Face à Vladimir Poutine et au président azéri Aliyev, réunis en octobre à Istanbul, le président Erdogan a plaidé pour sa patrie: «La Turquie est largement dépendante des autres pays en matière d’énergie, mais elle peut servir de pont entre l’Europe et l’Asie pour l’approvisionnement en gaz.» Les présidents russe et turc, qui se regardaient en chiens de faïence quinze jours auparavant, ont signé un accord scellant le sort du futur gazoduc Turkish Stream.

Le contrat porte sur deux lignes de gazoduc de 16 milliards de mètres cubes annuels de gaz russe via une conduite au fond de la mer Noire (voir la carte ci-dessus). Le nouveau projet permettra d’éviter le transit par l’Ukraine, en échange d’une baisse des tarifs pour les clients turcs. L’une des conduites fournira le marché turc et l’autre sera destinée au marché européen. Le réseau de transport ukrainien se verra privé de 15 milliards de mètres cubes de gaz par an.

Confirmant sa vocation de pays de transit, la Turquie a déjà inauguré, en mars 2015 à Kars (au nord-est de la Turquie), le chantier du gazoduc transanatolien Tanap. En 2019, ce tube de 2000 kilomètres acheminera du gaz depuis le gisement offshore de Shah Deniz en Azerbaïdjan via la Géorgie et la Turquie jusqu’à la frontière avec la Grèce et la Bulgarie. Il devrait se prolonger en Italie via le gazoduc transadriatique TAP. Ce réseau devrait, à terme, permettre de satisfaire 20% des besoins de l’UE en gaz. C’est en octobre 2011 que le projet Tanap a été lancé par l’azérie Socar et par la turque Botas. 

Destination la frontière suisse

Le projet concerne aussi la Suisse via la prolongation des gazoducs turcs sur le réseau TAP, puis le réseau italien, pour atteindre le col de Gries (VS), à la frontière suisse. A l’origine du TAP basé à Baar (ZG), on trouve l’entreprise suisse EGL, aujourd’hui Axpo. Les travaux ont déjà commencé en Albanie. Dès 2020, le gazoduc devrait livrer 10 milliards de mètres cubes de gaz par an à l’UE, de quoi fournir 7 millions de foyers. L’idée est née en 2003 avec Electricité de Laufenbourg (EGL), qui a acquis des parts dans trois centrales à cycle combiné (électricité produite à partir de gaz naturel).

Au lieu d’acheter du gaz à des fournisseurs italiens ou russes, EGL a jugé plus rentable de se fournir directement au Moyen-Orient pour approvisionner ses centrales italiennes. Une idée soutenue par la Confédération, mais il aura fallu attendre 2008 pour que le projet soit véritablement lancé, avec la compagnie norvégienne Statoil, suivie par l’allemand EON. Berne a fourni un soutien politique aux promoteurs du TAP. Doris Leuthard a multiplié les visites à Bakou et à Ankara. Des missions en terrain connu pour la conseillère fédérale, qui a été membre du conseil d’administration d’EGL avant d’être élue à Berne.

Le gaz naturel couvre 14% de la consommation suisse grâce à des contrats signés avec l’Allemagne, la France et les Pays-Bas. Près de 25% du gaz provient de Russie, mais sans contrat direct: «La Confédération jouit d’une position centrale au cœur de la distribution énergétique européenne, ce qui lui garantit une certaine sécurité de ses approvisionnements», commente René Bautz, directeur général de Gaznat à Vevey et président du Global Gas Centre, à Genève.

Depuis 1974, le gazoduc Transitgas traverse la Suisse du nord au sud, sous les Alpes, permettant d’alimenter l’Italie. Il devrait être équipé d’un système de flux inversé à l’horizon 2018, ce qui permettra à du gaz d’Azerbaïdjan ou de Méditerranée orientale de relier l’Allemagne et la France. Depuis 2011, Axpo a réduit à 5% sa participation dans le TAP. L’entreprise assure qu’elle retirera du projet 1 milliard de mètres cubes de gaz par an. Mais il n’est pas sûr que ce gaz sera revendu en Suisse, étant avant tout destiné au marché européen.

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Olivier Grivat

JOURNALISTE

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Olivier Grivat est journaliste indépendant après avoir été rédacteur en chef adjoint de 24 Heures et travaillé 30 ans chez Edipresse. Licencié en droit, il s’est spécialisé dans les reportages et les sujets économiques (transports, énergie, tourisme et hôtellerie). Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment sur la jeunesse suisse du roi de Thaïlande et la marine suisse de haute mer.

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