Bilan

La triche, un marché ultramondialisé

Près de 700 matches de foot truqués par des parieurs asiatiques! Les révélations d’Europol font vaciller la Fédération internationale de football démunie face aux réseaux mafieux.
«C’est un danger sérieux», a reconnu Sepp Blatter, patron de la FIFA. Crédits: Alexander Joe

Dopage, faillite, corruption, matches arrangés: voilà les quatre cavaliers de l’Apocalypse sportive. De ces quatre fléaux, ce sont les paris truqués qui inquiètent le plus. Et pas seulement parce qu’Europol vient de révéler un réseau de paris clandestins coupable d’avoir acheté 680 matches de football en Europe. Si un match est négocié, à quoi bon se doper ou se ruiner en joueurs hors de prix? Sepp Blatter, champion toutes catégories du désamorçage de scandale, n’a pas minimisé l’affaire.

«C’est un danger sérieux, si les matches sont truqués, il n’y a plus d’intérêt d’aller au football», a reconnu le patron de la FIFA. Dans son livre noir publié en 2012, la Fifpro (le syndicat international des joueurs professionnels) estimait de 50 à 60% le taux de joueurs approchés dans certains pays de l’Est.

Les matches achetés ont toujours existé dans le football. A coup de prostituées ou de cash, le président d’un club corrompait l’arbitre ou des joueurs adverses pour s’assurer la victoire. Aujourd’hui, ce sont des réseaux mafieux extérieurs au sport et aux équipes impliquées qui truquent les parties.

Ils ne visent pas forcément les matches à enjeu (en Italie, 23 millions d’euros furent placés sur un match de troisième division), ils ne cherchent pas forcément à en modifier l’issue, juste à en prédire le score ou parfois même un simple fait de jeu (qui tirera le premier corner? Combien de cartons distribuera l’arbitre?). Cela passera souvent inaperçu mais de fortes sommes d’argent seront misées.

Efficace et sans grand danger

Les paris illégaux représentent un marché estimé à plusieurs centaines de milliards de francs, selon Ronald Noble, secrétaire général d’Interpol. Le Hong Kong Jockey Club a récemment ouvert une section football qui brasse déjà plus d’argent que les paris sur les courses de chevaux. A 20 contre 1, un score juste peut rapporter vingt fois la mise. Efficace et, paraît-il, sans grand danger.

Selon l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), «la corruption sportive est une activité sans risque», faute d’un arsenal législatif international. «Un seul match truqué peut impliquer une cinquantaine de personnes dans dix pays différents», souligne Europol. Si les matches sont européens, les commanditaires sont Asiatiques, les hommes de main hongrois ou croates, les joueurs approchés africains.

Dans les affaires dites de Bochum (300 matches achetés dans les années 2000 en Allemagne, Turquie et Suisse, avec notamment des complicités au sein de la commission des arbitres de l’UEFA) et du Calcioscommesse (matches truqués en Italie lors de la saison 2011-2012), un Chinois basé à Singapour est accusé d’être au cœur du système. Il s’appelle Dan Tan et «c’est un peu le Ben Laden du sport», selon le consultant spécialisé dans le domaine des paris Christian Kalb, cité par l’AFP.

Les fédérations sportives, qui ont toujours farouchement défendu leur indépendance, en appellent désormais à l’intervention des Etats et à la coopération internationale. En désespoir de cause, la FIFA vient d’ouvrir une hotline et un site internet pour dénoncer les tentatives de corruption. L’outil est géré par une agence externe appelée – cela ne s’invente pas – Business Keeper. 

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