Bilan

La technologie, défi pour les organisations

Face aux difficultés d'intégration des outils digitaux par les organisations, quatre experts du numérique réunis vendredi à Lausanne par la fondation AAA ont tenté de définir une approche pragmatique de la transition numérique. Un mot d'ordre: la recherche de valeur ajoutée quantifiable.

Dina Mottiez, fondatrice de l'application Bulbee, vise à faire entrer le soutien scolaire dans l'ère digitale.

Crédits: Dr

La digitalisation est encore loin d’aller de soi, c’est le constat partagé par les intervenants de la conférence organisée par la fondation Abissa Alliances Academy à l’hôtel Mirabeau de Lausanne.

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Dina Mottiez a lancé en août 2017 l’application Bulbee, qui met en relation élèves et répétiteurs pour faciliter le soutien scolaire. Elle cherche encore aujourd’hui une solution commune avec son Département pour faire profiter au plus grand nombre d’élèves son service. Toutefois, ce dernier n’a pas donné suite à sa proposition et elle ne peut que constater la résistance à l’introduction d’une telle technologie: «Leur réaction m’étonne et me chagrine car mon plus grand souhait est d’aider les élèves à réussir leur parcours scolaire. En tant qu’enseignante, il me semble que ma démarche est légitime...». Sans soutien financier, l’enseignante genevoise a dû emprunter près de 200'000 francs pour financer le développement et le lancement de sa plateforme.

Définir des scénarios et les tester

Anys Boukli, CEO de Digital Partners, spécialiste dans l’accompagnement de la transition numérique et seule société suisse référencée auprès de la Commission européenne sur le Big Data, reconnait cette difficulté des organisations à intégrer une technologie souvent externe: «L’innovation est souvent le fait de startups qui ne s’attaquent pas à la chaine de valeur dans son ensemble, mais à une valeur particulière.» Et de citer un exemple industriel, celui du véhicule, qui voit les constructeurs entrer en compétition avec des sociétés technologiques, sur la batterie, les éléments de connectivité, l’efficience moteur mais également l’intelligence artificielle dans les technologies de conduite autonome.

Pour rester compétitif, Anys Boukli invite à transformer gestion du data et intelligence artificielle en valeur ajoutée concrète, en posant des scénarios métiers: les administrations, en premier lieu, avec l’exemple du travail du Département de police de New York, qui utilise l’analyse de données (nombre d’accidents par quartier, par facteur à risque, nombre de blessés, décès, causes) pour prévenir les accidents de la route.

Au niveau de l’Union Européenne, la gestion de politiques migratoires avec utilisation de l’intelligence artificielle et la reconnaissance faciale pour le suivi des migrants sans papiers. Ou encore l’industrie bancaire et le robot advisor, avec lequel différents scénarios peuvent être envisagés, comme des opérations sans infrastructures, ou une activité de trading sans traders. «L’important est de bien définir les scénarios métiers de la transition digitale, insiste Anys Boukli, pour pouvoir rapidement les tester au sein de l’organisation.» 

Faire cohabiter deux générations d’outils et d’employés

Une fois le scénario décidé l’implémentation concrète dans l’organisation pose des défis techniques et humains, détaillés par René Fell, CEO et fondateur de la société informatique Abissa : «La transition initiale aboutit à la coexistence de deux générations d’outils informatiques et deux générations d’employés et de façon de travailler, qu’il faut faire cohabiter.» D’une part les technologies de première génération -ERP, CRM pour la gestion clients, bureautique classique (mails, Office)- et les applications digitales, en particulier pour le développement de canaux de vente en ligne.

René Fell propose d’intercaler entre les deux univers une solution ESB (entreprise service bus), qui assure l’interface entre les deux générations et permet d’optimiser la collaboration entre les employés. Les données collectées peuvent alors transiter vers un data center. Franz Imbert Vier, CEO de Ubcom et spécialiste de la cybersécurité, a relevé la nécessité d’intégrer dès la conception de la transition digitale la priorisation de l’importances des données produites et recueillies. L’effort d’investissement dans la sécurisation doit se concentrer sur les données vitales à la pérennité de l’organisation.

Selon Anys Boukli, qui travaille à la fois dans le pays et dans toute l’Europe, la Suisse affiche derrière les effets d’annonce une situation inquiétante en matière de numérisation: «Nous avons un retard évident sur la question du numérique. Malgré les déclaration de gens comme Pierre Maudet, on voit peu d’intelligence économique à l’oeuvre. L’administration n’est pas seule concernée, la plupart des industries doivent faire un effort, mais les décideurs doivent comprendre le potentiel des nouvelles technologies comme appui des politiques publiques.»

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Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et En Suisse romande. Aujourd’hui journaliste indépendant, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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