Bilan

La Suissesse qui veut transformer les toits de Monaco en jardins

Une Jurassienne installée en Principauté lance sa startup dans le domaine agricole. Avec Terre de Monaco, Jessica Sbaraglia ambitionne de transformer toits, terrasses et balcons de Monte-Carlo en plantations de fruits et de légumes bio.
  • Jessica Sbaraglia lance Terre de Monaco, avec pour ambition de faire pousser au milieu du béton monégasque des fruits et des légumes bio.

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  • L'ensemble du concept a été imaginé avec la priorité de l'écologie: même les bacs sont issus de bois de forêts certifiées.

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  • Plusieurs milliers de m2 seraient disponibles à Monaco et dans les proches environs pour installer des jardinières et des bacs afin d'y planter fruits et légumes.

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  • Jessica Sbaraglia va proposer divers fruits et légumes, dont des variétés anciennes.

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A Monaco, sur le 1,95km2 de superficie de la principauté, seules quelques centaines de mètres carrés de jardins, squares et giratoires ont échappé à la pierre et au béton. Le micro-état est l'une des zones les plus densément urbanisées et peuplées au monde. Pourtant, c'est au milieu des gratte-ciel que la Jurassienne Jessica Sbaraglia ambitionne de faire pousser et de récolter framboises, tomates, concombres, laitues, radis, herbes aromatiques, haricots,... Douce utopie? Pas pour la jeune Suissesse qui a travaillé dans l'univers de l'horlogerie et du sport automobile électrique: «Dans mon enfance dans le Jura, mes parents avaient un jardin de près de 1000m2 qu'ils cultivaient avec passion: nous étions en autosuffisance pour les légumes du printemps jusqu'à la fin de l'automne. Cela m'a laissé un vrai goût du légume bio planté en pleine terre, que je ne retrouve malheureusement pas dans le commerce aujourd'hui».

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Installée sur les rives de la Méditerranée depuis 2010, la jeune femme a observé son environnement. Et là où chacun ne verrait que du béton, du macadam et de la pierre, elle a vu des milliers d'oasis de verdure potentiels, et autant de potagers potentiels. Le quartier de Fontvielle notamment, gagné sur la mer entre 1966 et 1973 et constellé d'immeubles, aligne ses balcons, ses terrasses et ses toits plats au pied du rocher princier. «Nous pourrions sans problème installer des bacs avec de la terre ou des jardinières sur de nombreuses surfaces et obtenir de belles récoltes là où tout le monde s'imagine que le terrain est stérile», glisse Jessica Sbaraglia.

Fruits et légumes bio, issus de variétés anciennes et via la permaculture

Si des initiatives similaires ont déjà vu le jour à Detroit ou Paris, Terre de Monaco (le nom choisi par Jessica Sbaraglia pour sa startup) se distingue des autres projets par la variété du business: des bacs avec terre et plantation peuvent être installés sur des balcons et petites surfaces chez des particuliers, mais si la superficie disponible excède 100m2, une formule avec sous-location des bacs contre un intéressement aux bénéfices de la vente des fruits et légumes est proposée. Une offre notamment destinée aux entreprises et aux promoteurs immobiliers qui détiennent des immeubles avec un vaste toit plat. De plus, Terre de Monaco va aussi proposer des ateliers et cours de jardinage. Enfin, les toits aménagés avec bacs et jardinières peuvent aussi être loués pour des événements (apéritifs, réceptions,...) au milieu de la verdure.

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Mais quels fruits et légumes pourraient pousser d'ici quelques mois au milieu des immeubles de la Principauté? «Tout peut être planté excepté les arbres nécessitant des racines profondes, avertit Jessica Sbaraglia. Mais toutes les baies et fruits rouges qui poussent sur plants ou sur arbustes, ainsi que les racines, les légumes en pleine terre, les herbes aromatiques,...». Dans des bacs allant de 15cm pour les moins profonds à près d'1m pour les plus grands, Jessica Sbaraglia et ses deux premiers collaborateurs (un ingénieur agronome et un jardinier maraîcher) ont soigneusement étudié ce qu'il était possible de planter dans ces conditions, en fonction des impératifs fixés par la jeune Jurassienne. Des poulaillers et des ruches pourraient également rejoindre rapidement les bacs à fruits et légumes de la startup.

Terre de Monaco... Le goût d'en haut ! from Jessica Sbaraglia on Vimeo.

En effet, cette dernière ne veut pas s'inscrire dans la lignée des variétés commercialisées dans les supermarchés: «Je souhaite des plantations bio et respectant les principes de la permaculture, avec des variétés anciennes et des combinaisons qui permettent d'obtenir des fruits et légumes sains, savoureux et durables, avec aussi des variétés anciennes». Pas d'intrants chimiques donc au menu des bacs. Des lombrics seront mis à contribution pour aérer et enrichir la terre, tandis que les déchets végétaux seront recyclés sur place pour enrichir les sols. De plus, certaines cultures nécessitant de l'ombre pourront bénéficier du couvert offert par d'autres plantations exposées au plein soleil. «Les salades seront plantées sous des "tunnels de concombres" et des arbustes seront plantés sur les bords des toits pour freiner le vent», confie Jessica Sbaraglia. Quant à la pollution inhérente à une zone aussi densément urbanisée que Monaco, des analyses scientifiques ont estimé que la majeure partie des substances nocives stagnaient à 4m du sol au maximum, préservant balcons, terrasses et toits.

Un projet financé via le crowdfunding

Après avoir répertorié l'ensemble des surfaces potentiellement disponibles dans la Principauté et estimé qu'elle pouvait viser 3000m2 de superficies cultivées d'ici quatre ans, Jessica a mené une phase de test en conditions réelles chez un ami à La Turbie, sur les hauteurs de Monaco. Car le projet de la jeune Jurassienne ne se limite pas aux frontières monégasques mais vise également les communes françaises limitrophes du micro-état, sur la Côte d'Azur.

Imaginé depuis plusieurs mois, le projet Terre de Monaco devrait voir le jour d'ici peu. Et Jessica se réjouit de pouvoir déjà compter sur une dizaine de prospects parmi des entreprises et des propriétaires de grands bâtiments, ou encore des personnes très influentes de la Principauté. Restait encore à marquer le lancement, ainsi qu'à trouver des fonds pour engager l'activité. Pour ce faire, la startupeuse suisse s'est tournée vers le crowdfunding avec une campagne qui débutera le 4 avril.

Pendant 60 jours, le projet mis en ligne sur la plateforme de financement participatif MonacoCrowdfunding : «L'objectif est de récolter 25'000€, mais aussi et surtout de nous faire connaître du plus grand nombre afin de susciter des envies de jardinage et de maraîchage. La somme visée ne couvre évidemment pas l'intégralité des besoins de Terre de Monaco pour lancer l'activité, mais nous comptons sur cette forme de financement pour enclencher une dynamique positive. Et selon nos plans, nous devrions atteindre la rentabilité d'ici quatre ans», détaille Jessica.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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