Bilan

La Suisse veut séduire les scientifiques chassés par Trump

Les hautes écoles helvétiques sont en bonne position pour accueillir les chercheurs victimes de la politique du président américain Donald Trump.

La politique de Trump percute de plein fouet la recherche scientifique aux Etats-Unis.

Professeur en médecine à l’Hôpital universitaire de Zurich, Adriano Aguzzi travaille avec une équipe d’une dizaine de personnes sur les causes des malades d’Alzheimer et de Parkinson. Suite à un récent don, ce spécialiste dispose d’un fonds de 7 millions de francs qui doit lui permettre créer plusieurs postes. Choqué par la mise au ban de sept pays musulmans par le président Donald Trump, il entend favoriser les scientifiques frappés par ces mesures, rapporte le Tages-Anzeiger.

Syrie, Lybie, Soudan, Yémen, Irak, Somalie et Iran sont les nations ciblées. Internationalement ppréciés en raison de leur formation et de leurs compétences, les chercheurs iraniens sont aux premières loges pour répondre à l’offre d’Adriano Aguzzi. Le médecin diffuse actuellement son message par le biais des réseaux sociaux.

Chef de la division des relations internationales au sein de l’administration fédérale, Mauro Moruzzi souligne dans le même article que les deux Ecoles Polytechniques Fédérales (EPF) de Zurich et Lausanne entretiennent d’excellents contacts avec Téhéran. Quelque 800 Iraniens étudient d’ores et déjà en Suisse. Pour la Suisse, le décret de l’administration Trump peut être l’opportunité d’attirer des candidats promis aux meilleures universités américaines mais qui ne peuvent plus y accéder en raison de leur nationalité. Représentant une importante communauté aux Etats-Unis et dans la Silicon Valley, les chercheurs iraniens sont les premiers concernés.

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Les persécutions américaines contre les Iraniens ont frappé la compagnie Swiss le 3 février dernier. Le transporteur helvétique a été menacé par l’administration Trump de se voir refuser l’autorisation d’atterrissage si la biologiste iranienne Samira Asgari devait se trouver à bord. Bien qu’en possession des papiers en règle pour suivre un programme de recherche post-doctoral à la Harvard Medical School de Boston, cette titulaire d’un doctorat de l’EPFL se retrouve bloquée à Lausanne. Elle a finalement pu atteindre Boston le week-end dernier.

L’EPFL a de son côté reçu les offres de nombreux chercheurs des Etats-Unis qui souhaite poursuivre des projets en Suisse, selon le quotidien Le Temps. Ces prises de contacts proviennent avant tout de non-américains cherchant à quitter le pays de Trump.

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Quant à lui chercheur en médecine à l’Université de Berne, Ali Hashemi Gheinani est spécialiste en urologie. L’Iranien de 36 ans devait se rendre ce printemps à une conférence à Boston. Mais la rencontre internationale aura lieu sans lui, indique le quotidien Bund. Pour la communauté scientifique des pays concernés, le « Muslim ban » constitue un puissant facteur d’isolement, alors que les Etats-Unis jouissent encore d’une position de leader en recherche. Interdits d’entrée en Amérique, ces scientifiques sont privés des congrès, stages et contrats qui jouent un rôle crucial pour leur carrière.

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Professeure en économie à l’université de Harvard, la Suissesse Dina Pomeranz a expliqué au Tages-Anzeiger que les restrictions à l’immigration apportée par l’administration Trump fait régner un climat d’inquiétude. Des personnes de religion musulmane ont d’ores et déjà annulé des séjours à l’étranger, de peur de ne pas pouvoir revenir.

Parallèlement, un exode massif se dessine dans les sciences de l’environnement. La volonté claire de Trump de réduire à néant la recherche sur le climat force les spécialistes à l’exil. « Les jeunes sont très inquiets pour leur avenir aux Etats-Unis », déclare au Tages-Anzeiger Reto Knutti. Actuellement en séjour aux Etats-Unis, ce professeur en climatologie de l’EPFZ a déjà reçu les offres de plusieurs jeunes scientifiques.

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L’inquiétude face à l’avenir de la recherche touche tous les domaines. Les observateurs s’attendent à un effondrement des fonds alloués à la recherche. Si les ressortissants des sept pays bannis sont les premiers à souffrir des décisions de Trump, l’ensemble du monde académique redoute une fuite massive des cerveaux et le déclin de la recherche américaine.

 

 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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