Bilan

La Suisse convoite le marché du sport chinois

Via le CIO et des PME, l’économie helvétique veut séduire le formidable business de l’Empire du Milieu. Le champion de gymnastique Li Ning, reconverti en homme d’affaires, a inauguré sa statue à Montreux.

Le champion de gymnastique Li Ning possède désormais son double en bronze sur les quais de Montreux. 

Crédits: Keystone

Posséder de son vivant une statue coulée à sa propre effigie, et qui plus est en Suisse, c’est du jamais vu. Surtout pour un sportif chinois. C’est pourtant l’évènement qu’a vécu cette semaine Li Ning, 54 ans, détenteur de six médailles, dont trois d’or, aux JO de Los Angeles, et deux fois champion du monde dans sa spécialité. 

C’est sur les quais de Montreux que l’icône du sport chinois possède désormais son double en bronze réalisé par un sculpteur français et qui ne va pas manquer d’attirer les touristes asiatiques. Présent en chair et en os lors d’une conférence organisée par Promove et la Fédération suisse de gymnastique (FSG) à l’occasion de ses 150 ans, consacrée au potentiel économique du sport chinois, l’ex-gymnaste a troqué son maillot contre un costume d’homme d’affaires: «Des sports comme le vélo, le football, le basket, le marathon ou le ski ne cessent de se développer dans mon pays, commente le quinquagénaire qui a créé sa marque Li Ning. Avec les revenus par tête qui ont doublé depuis 20 ans, les Chinois qui utilisaient leur vélo pour défier les embouteillages urbains se sont remis au cyclisme mais cette fois dans un but purement sportif. »

Les médias chinois consacrent aussi de plus en plus de place au sport et les investisseurs commencent à comprendre les opportunités qui s’ouvrent à eux, notamment dans la perspective des JO d’hiver 2022 à Pékin : «Le manque cruel d’installations sportives en Chine devrait séduire les entreprises suisses et nous invitons leurs dirigeants à collaborer. C’est un marché win-win.»

Moteur de la consommation

«Le marché du sport chinois, c’est 216 milliards de dollars, confirme Alain Graf, le conseiller pour l’Asie de Swiss Global Enterprise (ex-OSEC), dont 80% représentent les équipements sportifs. C’est le 2e marché mondial derrière les Etats-Unis, mais devant le Japon et l’Allemagne. Pour le ski, la Chine ne possédait aucune station en 2000, le pays en compte aujourd’hui 650 avec 15 millions de journées-ski pratiquées lors de la saison 2016-2017 (24 millions en Suisse).

Même regard de Chimène pour le Montreusien Olivier Glauser, un ancien de l’EPFL marié à une Chinoise et cofondateur en 2010 de l’entreprise Shankai Sport avec bureaux à Pékin, Lausanne et Zurich: « Le sport est devenu en Chine un important moteur interne de la consommation. On y compte 400 millions de fans de sport, un chiffre qui pourrait doubler ces prochaines années.»

Si les réseaux Facebook, Google ou YouTube ne sont pas accessibles au 1,3 milliard de Chinois, l’e-commerce y connaît un formidable essor. Pour la seule Journée des célibataires, le 11 novembre dernier, 18 milliards de marchandises ont été vendus en une seule journée. Un chiffre qui incite à observer d’un autre regard le partenariat scellé entre le géant chinois de la vente en ligne Alibaba et le CIO pour les six prochains jeux olympiques.

Dans moins de dix ans, l’industrie du sport chinois devrait peser 800 milliards de francs. Rien que pour la société Li Ning Sports Goods, géant de l’équipement sportif, le chiffre d’affaires annuels dépasse le 1,1 milliard de francs. «La Suisse est un petit pays par rapport à la Chine, mais elle possède du savoir-faire dans le domaine du sport, surenchérit Jean Sébastien Mérieux, chef de projet chez Dartfish, une start-up créée à l’EPFL il y a 17 ans et qui s’est spécialisée dans la prise d’images vidéo : «Pour conquérir le marché chinois, nous devons nous unir, travailler avec des partenaires, être cohérents et parler d’une seule voix.»

 

 

Grivatolivier
Olivier Grivat

JOURNALISTE

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Olivier Grivat est journaliste indépendant après avoir été rédacteur en chef adjoint de 24 Heures et travaillé 30 ans chez Edipresse. Licencié en droit, il s’est spécialisé dans les reportages et les sujets économiques (transports, énergie, tourisme et hôtellerie). Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment sur la jeunesse suisse du roi de Thaïlande et la marine suisse de haute mer.

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