Bilan

La Suisse championne de la lutte contre l'économie souterraine

Travail dissimulé, rentrées fiscales manquantes,... l'économie souterraine ou shadow economy plombe la croissance dans de nombreux pays d'Europe. Selon une étude, la Suisse fait mieux que les autres états du continent dans ce domaine.
  • Le poids de l'économie dissimulée peut handicaper la croissance dans certains pays européens, mais la Suisse s'en tire très bien en comparaison avec une trentaine d'autres états du continent.

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  • La part de l'économie souterraine dans le PIB en 2014 pour 31 pays d'Europe.

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  • La Suisse se situe au premier rang des 31 pays d'Europe étudiés (28 de l'Union européenne, Norvège, Turquie et Suisse) pour sa faible part de l'économie souterraine dans le PIB.

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Travail au noir, évasion fiscale, trafics et fraudes... l'économie dissimulée ou shadow économie coûte chaque année des centaines de millions voire des milliards aux états. Et cela ne se limite pas au travail au noir, mais à d'autres phénomènes alimentant une économie parallèle qui n'est pas comptabilisée dans les mesures internationales. L'un des problèmes majeurs réside justement dans la mesure de cette activité, y compris sa définition.

Friedrich Schneider, professeur d'économie politique à l'Université Johannes Kepler de Linz (Autriche), est sans doute l'un des plus éminents spécialistes au monde dans ce domaine. Il a mis au point avec plusieurs autres universitaires une méthode d'estimation de ce secteur qui comprend de vastes pans de l'économie: ce modèle Mimic («Multiple Indicators, Multiple Causes») combine de nombreux instruments, variantes et facteurs pour estimer l'importance des versants officieux de l'économie.

Dans l'étude qu'il a fait paraître début 2015, menée avec ses homologues Konrad Raczkowski (Institut d'économie de l'Université de sciences sociales à Varsovie), et Bogdan Mróz (département de management de la WarsawSchool of Economics de Varsovie), le chercheur autrichien plaçait la Suisse au 2e rang des pays de l'OCDE derrière les Etats-Unis, avec seulement 6,9% du PIB pour les activités exercées hors du cadre légal et réglementaire (travail non déclaré, activités illicites ou criminelles, trafics divers,...). La première puissance économique mondiale n'enregistrant elle que 5,9% du PIB pour l'économie souterraine.

La faible pression fiscale incite à suivre les règles

Mais une version européenne présentée récemment présente un intérêt plus grand encore. Certes, les données pour la Suisse ne changent pas par rapport à l'étude publiée en janvier. Mais la comparaison avec les autres pays européens (les 28 pays membres de l'Union européenne, mais aussi la Norvège et la Turquie) offre d'autres perspectives.

Grâce notamment à sa fiscalité modérée sur les entreprises, la Suisse favorise le travail déclaré et l'usage par les acteurs économiques des solutions proposées par le cadre légal. Une caractéristique qui se retrouve également chez les quatre autres pays européens qui enregistrent moins de 10% de leur PIB dans l'économie souterraine (Autriche à 7,8%, Luxembourg à 8,1%, Pays-Bas à 9,2% et Royaume-Uni à 9,6%).

Part de l'économie souterraine dans le PIB des pays européens en 2014

Un autre facteur d'explication de cette faible part de l'économie souterraine réside dans la bonne santé des économies concernées. Au cours des années écoulées, ces cinq pays (Suisse, Autriche, Luxembourg, Pays-Bas et Royaume-Uni) ont connu un contexte économique moins difficile que d'autres pays européens qui se situent plus loin dans le classement (France à 10,8%, Espagne à 18,5%, Portugal à 18,7%, Grèce à 23,3%).

Enfin, il existe des facteurs historiques et culturels. A l'exception de la Slovaquie et de la République Tchèque (respectivement à 14,6% et 15,3%), tous les anciens pays du bloc communiste se retrouvent au-delà de la moyenne européenne (à 18,3%). Pendant des décennies de système collectiviste, le recours à une économie parallèle constituait le seul moyen de doper l'activité.

Lutte contre la fraude et abandon du taux plancher

Cependant, c'est la combinaison de ces multiples facteurs et d'autres éléments encore qui permet de mieux comprendre l'importance de l'économie souterraine dans le PIB des différents pays. Et l'un de ces autres facteurs réside dans la lutte constante menée par les autorités contre cette activité parallèle qui génère tant de manque-à-gagner. En période de crise économique et de lutte contre l'endettement, ces enjeux sont cruciaux et ont poussé de nombreux états européens à agir contre la fraude. Ainsi, entre 2003 et 2014, la part moyenne de l'économie souterraine en Europe est passée de 22,6% à 18,6%.

Certains facteurs particuliers peuvent aussi entrer en compte. Ainsi, si les chercheurs prévoyaient une nouvelle baisse de la part de l'économie souterraine en Suisse en 2015 avec un niveau attendu de 6,5% du PIB, l'abandon du taux plancher et les difficultés rencontrées notamment par les entreprises exportatrices ou la réduction drastique des marges auront sans doute poussé certaines entreprises à être moins rigoureuses dans leur action. Mais Friedrich Schneider ne peut actuellement chiffrer l'impact de cette situation nouvelle.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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