Bilan

La Suisse a-t-elle les moyens de renoncer au gaz de schiste?

Selon un spécialiste, il faut continuer à étudier cette ressource. A nous de ne pas reproduire les excès commis aux Etats-Unis.

Avec, si ce n’est la mort programmée, du moins l’érosion à venir de l’énergie nucléaire, les têtes se tournent en tous sens pour trouver les énergies capables d’assurer une transition qui s’annonce sensible. L’ironie de l’histoire veut que l’un des candidats à même d’assurer cette période transitoire soit également fort décrié, même en Suisse où deux programmes de prospection ont commencé dans les cantons de Fribourg et de Vaud.

Le gaz de schiste, puisqu’il s’agit de lui, ne fait donc pas l’unanimité. Et il y a peu de chance que la béance qui sépare les pro des anti se réduise après la publication le 18 avril d’un rapport de la Chambre des représentants américaine sur le sujet. Si ce document n’est pas à proprement parler une charge sans pitié contre l’exploitation de ces gaz dits non conventionnels, il rappelle et précise quelques vérités sur les expériences américaines. Il commence par confirmer que près de 2500 produits ont été utilisés entre 2005 et 2009 par quatorze sociétés exploitantes pour fracturer la roche en profondeur. Le gaz de schiste se distingue en effet du gaz «conventionnel» par le fait qu’il est emprisonné dans une roche encaissante peu poreuse ou plutôt fortement microporeuse. Du coup, il faut fracturer cette gangue avant d’espérer en extraire le contenu gazeux. Cette fracturation s’obtient par l’injection en profondeur d’une eau à très haute pression mélangée à des produits chimiques capable d’attaquer cette même roche.

Parmi les 750 composés chimiques isolés dans les produits et recensés par le rapport, tous ne sont pas une menace pour la santé ou l’environnement. Reste que 29 d’entre eux ont été identifiés comme dangereux. Certains d’entre eux sont connus pour être carcinogènes comme le benzène par exemple. D’autres, comme le méthanol, sont des polluants aériens. Quant aux dangers éventuels liés à la technique de fracturation, ils vont de la contamination possible de nappes phréatiques au mauvais retraitement des eaux injectées en passant par les remontées non contrôlées de gaz.

Révolte française

Plusieurs de ces arguments ont été produits par les adversaires de l’exploitation du gaz de schiste en France ces dernières semaines où des programmes de prospection sont prévus en Ardèche notamment. Malgré la fronde électoraliste de plusieurs députés de la majorité, le gouvernement a tout de même annoncé son intention de continuer d’explorer la voie du gaz de schiste. Et pour cause: ces réserves représenteraient plus de cent ans de consommation de gaz dans l’Hexagone.

Professeur d’écologie industrielle à l’Université de Lausanne, Suren Erkman, croit aussi qu’il vaut la peine de continuer à étudier cette source d’énergie. «Les Etats-Unis, surtout sous l’ère Bush, ont beaucoup accéléré cette extraction avec le peu de soins qu’on leur connaît parfois. Ces dérapages ne devraient pas être une raison pour que l’Europe, généralement plus respectueuse et précautionneuse, cesse d’étudier le potentiel de cette ressource énergétique.»

La révolte ardéchoise illustre une réalité grandissante. Le Vieux-Continent qui, d’une certaine manière, en important son énergie fossile «exportait» les délicats problèmes de son extraction, va se voir de plus en plus confronté à la réalité physique de la production de son mix énergétique. «Ce sera vrai chez nous en Suisse avec le gaz de schiste si les gisements fribourgeois et vaudois se confirment, mais aussi avec l’éolien, la géothermie profonde, etc., reprend le spécialiste de Lausanne. On pourra de moins en moins avoir le beurre et l’argent du beurre.» Pendant ce temps, c’est un Helvète, parti faire fortune aux Etats-Unis, Martin Schuepbach, de Schuepbach Energy, qui a reçu les permis d’exploration en Suisse.

 

 

Pierre-Yves Frei

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