Bilan

La sécurité au prix de la liberté

Les citoyens déplorent l'insécurité. Mais sont-ils prêts à sacrifier des libertés individuelles au bénéfice du tout-sécuritaire? Débat public.
Un débat public sur "L'insécurité vs liberté" aura lieu le 3 octobre dans le cadre du Forum 2013 " et maintenant ? ". Crédits: KEYSTONE/Martin Ruetchi

Le criminologue zurichois Martin Killias est sans équivoque : « Il faut se débarrasser du mythe selon lequel la Suisse serait un des pays les plus sûrs au monde ». En effet, selon une étude datant de 2011, la Suisse se trouve en dessus de la moyenne européenne en matière de cambriolages et d’actes de violence. Par ailleurs, le pays reste la cible privilégiée de bandes organisées notamment parce que son droit pénal est le plus clément d’Europe.

Dès lors, avant d’utiliser des moyens sécuritaires qui pourraient heurter le sentiment de liberté de certains citoyens, telles que caméras de vidéosurveillance ou augmentation des effectifs de police, l’expert préconise un retour à un droit pénal plus sévère, conduisant à des sanctions irrécusables à la place des actuelles mesures conditionnelles.

Détention pour les délinquants dangereux

Il souhaite aussi que la détention des délinquants dangereux soit facilitée et que la justice prenne plus en compte le point de vue de la victime. Parce que, comme il le souligne, « plus les citoyens perçoivent l’augmentation de la criminalité, plus leur sentiment d’insécurité grandit ». Et plus le mécontentement envers la police et son travail augmente. Même si, selon plusieurs études,  la construction du bien-être et le sentiment de sécurité ne se résout pas à la seule action policière.

Bonne nouvelle toutefois pour Genève, le Conseil d’Etat donne une priorité à la sécurité en augmentant son budget 2014 de 36 millions de francs. Ce montant est réservé entre autre à des nouvelles places de détention ainsi qu’à des recrutements dans la police et dans le pénitentiaire. Par ailleurs, le gouvernement genevois a déposé en avril dernier un projet de loi pour pouvoir installer des caméras de surveillance à travers la ville. Un projet pilote va être développé aux Pâquis, où 21 caméras haute définition seront visionnées en quasi permanence dans un centre spécifique.

Les caméras ne dissuadent pas

Or, comme le souligne très bien Olivier Guéniat, commandant de la police jurassienne : « Filmez pour filmez dans l’espace public ne sert à rien. L’usage de la caméra doit figurer sous le statut d’outil policier intégré dans une stratégie opérationnelle et préventive ». Cependant, l’effet préventif de la vidéosurveillance serait plus limité qu’on ne le pense. En effet, les caméras permettraient d’élucider plus rapidement les crimes mais ne dissuaderaient pas les criminels de les commettre. L’exemple de la Grande-Bretagne le prouve : on y compte cinq millions de caméras de surveillance pour un nombre de délits qui ne semble pas avoir diminué en conséquence.

Dès lors, le débat qui oppose la sécurité versus la liberté du citoyen fait sens. Minés depuis quelques années par les nombreux délits commis en Suisse, parmi lesquels braquages, cambriolages, vols, agressions et plus récemment à Genève par le meurtre d’Adeline, les Romands se posent des questions. Faut-il augmenter la surveillance, que se soit en termes d’effectifs de police ou de technologie de contrôle pointue, tels que vidéoprotection, biométrie ou filtrage d’Internet ? Ou au contraire est ce que ces pratiques amèneront des dérives comme l’on démontrer les scandaleuses méthodes d’espionnage des Etats-Unis ?

Selon Olivier Guéniat, « toute action sécuritaire contient intrinsèquement une dimension liberticide ». Le conseiller d’Etat Pierre Maudet, en charge de la sécurité à Genève, n’est pas du même avis. Selon lui,  « assurer la sécurité de la population, c’est lui garantir la liberté d’évoluer en toute quiétude là où elle réside ». Ses contradicteurs diront que la surveillance diminue le droit à la liberté et à l’anonymat. Au final, il s’agit pour les citoyens de faire une pesée d’intérêts entre le mythe de Big Brother et la liberté ou plutôt faire un choix entre la surveillance et l’insécurité.

Débat public

Dans le cadre du Forum 2013 « et maintenant ? », le LEM (Laboratoire d’Etude de Marché), attaché à la Haute Ecole de Gestion à Genève a réalisé une enquête auprès des habitants du bassin lémanique afin de déterminer laquelle de la liberté ou de la sécurité était la plus importante pour eux. Un débat public sur la question aura lieu le 3 octobre de 18h00 à 21h00 à UNI Global Union, 8-10 Avenue Reverdil à Nyon. Un Forum en partenariat avec  le magazine Bilan, avec comme intervenants Pierre Maudet, conseiller d’Etat genevois en charge de la sécurité, Olivier Guéniat, Commandant de la police jurassienne, Martin Killias, professeur de droit pénal et de criminologie, Jean Zermatten, directeur de l’Institut international des Droits de l’enfant et Elisabeth Ruey-Ray, Municipale en charge de la sécurité à Nyon. L’entrée est libre. www.etmaintenant.ch

Chantal de Senger

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