Bilan

La scission de Galenica aura-t-elle lieu?

La séparation des activités, annoncée il y a un an, a été reportée. Si elle aboutissait, Vifor Pharma et Galenica Santé seraient-elles la proie d’acteurs suisses ou étrangers? Analyse.

Les activités du groupe reposent sur deux piliers: pharmacie et logistique.

Crédits: Jean-Jacques Ruchti

C’est l’une des success stories les plus étourdissantes de la Bourse suisse. En vingt ans, le cours de l’action Galenica a explosé. De 38 francs en 1995, il a atteint le record historique de 1617 francs en novembre 2015 avant de redescendre vers 1200 francs au mois d’août. Ce bond est le résultat de la profonde transformation d’une petite centrale d’achat pour les pharmaciens en une société active sur plusieurs fronts dans le domaine de la santé et dont le bénéfice a progressé pour la 20e année consécutive en 2015. Le Neuchâtelois Etienne Jornod est l’artisan de cette réussite, mais l’avenir de Galenica est devenu incertain.

Sous l’égide son patron, l’entreprise bernoise s’est développée sur deux piliers complémentaires afin d’équilibrer les risques: l’un dans la production et la commercialisation de médicaments phares destinés à lutter contre les carences en fer; l’autre dans les services logistiques pour la branche de la santé et les chaînes de pharmacies (N°1 en Suisse avec Amavita et Sun Store). 

Questionné sur la pertinence de cette stratégie, Etienne Jornod répondait dans une interview publiée par Bilan en mai 2014 que cette dernière ne changerait pas dans un proche avenir: «Nos prévisions de croissance pour les cinq prochaines années ne justifient pas un quelconque splitting de nos différents métiers.»

Or, trois mois plus tard, le Neuchâtelois annonçait la scission de l’entreprise en deux sociétés indépendantes et cotées en bourse: Vifor Pharma pour les médicaments et Galenica Santé pour les autres activités. Ce démantèlement est intervenu sous la pression de l’actionnaire principal du groupe – la société de private equity Sprint Investments – qui possédait alors 25% du capital.

Depuis, se pose la question du destin de ces deux nouvelles sociétés. Active dans une niche très lucrative qui représente 74% du résultat d’exploitation du groupe, Vifor Pharma pourrait rapidement devenir une cible de grands groupes pharmaceutiques suisses ou étrangers dans un contexte marqué par de nombreuses acquisitions. Moins rentable que Vifor Pharma, Galenica Santé a-t-elle les reins assez solides pour rester indépendante et convaincre la bourse par des résultats ambitieux? Un rachat n’est donc pas non plus exclu. 

Plusieurs reports

Or, la scission de Galenica se réalisera-t-elle vraiment? En mai dernier, l’entreprise bernoise communiquait le report de l’opération précédemment prévue au quatrième trimestre 2016 à fin 2017. Puis, au début août, elle divulguait la vente de la totalité de la participation détenue par Sprint Investments. Malgré la confirmation de la poursuite des travaux de séparation du groupe par son patron, ces deux annonces pourraient porter un coup fatal à la stratégie initiée au printemps 2014.

Etienne Jornod n’a en effet jamais caché son irritation face à cette opération. «Si une famille était propriétaire majoritaire du groupe, je suis certain qu’elle ne toucherait pas à la structure de cette perle. (...) Dans le système capitaliste, il y a tout de même certaines choses qui me font mal au cœur», affirmait-il dans une interview publiée par Le Temps en avril dernier. 

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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