Bilan

La riposte des banques centrales

Face à l’essor des cryptomonnaies, nombre d’institutions étudient la possibilité d’émettre leur monnaie centrale digitale. Une solution qui aurait plusieurs avantages aussi pour les particuliers.

En Suède, l’argent liquide a déjà quasiment disparu.

Crédits: Banque de Suède

L’essor spectaculaire des cryptomonnaies depuis l’apparition du bitcoin en 2009 interpelle les Etats et les banques centrales qui voient leur monopole sur l’émission de monnaie directement contesté, même si la part de ces nouvelles monnaies dans les transactions demeure pour l’instant faible. Dans une position jusque-là plutôt attentiste, les banques centrales préparent dorénavant la riposte. Nombre d’entre elles étudient en effet la possibilité d’émettre leur propre cryptomonnaie, sous la forme d’une monnaie centrale digitale, basée sur la technologie du registre distribué dont la blockchain est une application.

Selon le World Economic Forum (WEF), plus de 90 banques centrales dans le monde seraient engagées dans des discussions concernant l’émission de monnaie centrale digitale. En Europe, cette question est particulièrement pressante en Suède, où la quasi-disparition de l’argent liquide incite la banque centrale à étudier les possibilités d’émettre sa propre monnaie virtuelle – l’«eKrona» – accessible au grand public. Des réflexions en ce sens vont aussi bon train au Royaume-Uni, en Chine, en Russie et au Canada. Pour sa part, la Banque nationale suisse (BNS) reconnaît la «grande importance» de la technologie des registres distribués pour l’émission de monnaie centrale digitale, tout en se contentant pour l’instant de «suivre les développements avec attention».

A quoi correspondrait une cryptomonnaie émise par une banque centrale? La Banque des règlements internationaux (BRI) définit une telle monnaie comme une forme électronique de monnaie émise par une banque centrale, mais qui pourrait être échangée de façon décentralisée, c’est-à-dire sans intermédiaire entre le payeur et l’acheteur (lire notre dossier pages 20 à 31). Elle offrirait aux particuliers les avantages du cash sous forme numérique, notamment la gratuité et l’anonymat, tout en les protégeant contre la volatilité des cryptomonnaies privées.

Au niveau technique, plusieurs modalités existent. Mais, ironie de l’histoire, alors qu’elle a été conçue à l’origine pour éliminer les tiers de confiance traditionnels (banque, chambre de compensation, Etat), la blockchain est privilégiée par les banques centrales pour rendre accessible leur monnaie digitale au grand public à moindre coût. Moyennant quelques aménagements, cette technologie pourrait en effet permettre de relier chaque particulier au bilan de la banque centrale à travers un porte-monnaie électronique. La mise en circulation pourrait se faire par un partenariat public-privé avec le réseau bancaire existant, qui serait chargé d’ouvrir et d’administrer des comptes pour les clients et de gérer les services de paiement.

Elargir les options de la politique monétaire

Pour les banques centrales, l’introduction de leur propre cryptomonnaie serait une façon d’opposer une alternative publique, plus fiable et plus sûre, à la prolifération des cryptomonnaies privées qui pourraient, à moyen terme, éroder la demande de monnaie centrale et amoindrir l’efficacité des mécanismes de transmission de la politique monétaire. 

Si elle était couplée à l’abolition de l’argent liquide, une monnaie digitale souveraine pourrait aussi permettre aux banques centrales d’imposer des taux d’intérêt négatifs incontournables et d’améliorer ainsi leur capacité d’influer sur l’activité économique dans un contexte de taux d’intérêt bas. L’abolition du cash poserait toutefois un problème d’adaptation à certaines catégories de la population, notamment les personnes âgées.

Finalement, l’émission de monnaie digitale souveraine pourrait servir une politique d’expansion monétaire anticyclique en permettant l’injection de liquidités directement dans l’économie sans passer par les banques commerciales. Selon la Banque d’Angleterre, une expansion monétaire de l’ordre de 30% – soit l’équivalent des assouplissements monétaires effectués par les banques centrales depuis la crise financière de 2007-2008 – conduirait à une augmentation de près de 3% du PIB et offrirait ainsi un instrument de relance de l’activité plus efficace que l’assouplissement quantitatif.

Alors, à quand un cryptofranc suisse?  

* Collaborateur scientifique à l’Observatoire de la finance à Genève. 

Virgile Perret*

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