Bilan

La richesse n’est pas dans l’assiette

De nombreux milliardaires préfèrent les mets simples à base de légumes et de graines plutôt que les plats fastueux à base de viande. Quand ils ne jeûnent pas complètement.

La frugalité, le luxe suprême des ultrariches?

Crédits: Getty Images

Contrairement aux idées reçues, les habitudes alimentaires des milliardaires ne reflètent pas toujours leur pouvoir d’achat. Beaucoup prêchent pour «une austérité joyeuse» ou une simplicité volontaire. Dans un article intitulé «Diet secrets of the billionaires», le journaliste britannique Martin Vander Weyer s’étonne ainsi de la frugalité de leurs repas.

Il rapporte que lors d’un voyage en Inde en compagnie de Sir Richard Branson, celui-ci n’avait pas touché une seule fois aux mets somptueux servis en son honneur. La même sobriété a été observée chez Lord Anthony Bamford, lequel s’était contenté lors d’un déjeuner d’une «petite salade élégante». Le végétarien Srichand Hinduja est par ailleurs connu pour apporter sa propre nourriture lors des banquets donnés par la reine Elizabeth II au Palais de Buckingham.

Quant aux milliardaires geeks, nombre d’entre eux sont des mangeurs frugaux. Feu Steve Jobs, dont le régime végétalien était d’une extrême simplicité, soumettait régulièrement son corps à des jeûnes. Larry Ellison, fondateur d’Oracle, est un «végétarien plus poisson». Bill Gates prône une alimentation plus saine, notamment en mettant en avant les bienfaits du végétarisme. Marc Zuckerberg est devenu «quasi végétarien» en 2011, année où sa fortune a fait le plus grand bond en avant.

C’est enfin dans les quartiers les plus huppés de New York et de la Silicon Valley, ainsi que dans les milieux financiers de Londres, de Zurich et de Genève que l’on trouve le plus grand nombre de végétariens, d’écologistes et d’adeptes de la méditation. Comment expliquer ce paradoxe? Les ultrariches ne se vautrent-ils donc pas dans le caviar, le bœuf wagyu et le homard bleu?

Selon une enquête publiée par le British Medical Journal, les enfants au QI élevé ont plus de probabilités de devenir végétariens à l’âge adulte. L’étude a en effet mesuré le quotient intellectuel de 8170 enfants âgés de 10 ans. Trente ans plus tard, 33% des hommes et des femmes au QI élevé dans l’enfance se décrivaient comme végétariens mais disaient manger de la viande blanche et du poisson. Une différence de 15% du QI augmentait par ailleurs la probabilité du végétarisme de 38%.

Un sondage suisse, effectué en 2002, arrive à des conclusions similaires. Sur les 19 706 femmes et hommes interrogés, 493  personnes au niveau culturel élevé ou moyen ont déclaré ne jamais consommer de viande.  

La simplicité volontaire

Les vertus de la simplicité volontaire qui favorise la frugalité et l’investissement sur le bien-être étaient déjà louées dans la Rome antique par Sénèque, l’homme le plus riche de l’Empire. Le journaliste gastronomique Michael Pollan, surnommé le «Steve Jobs de la nourriture» par la presse américaine, résume ainsi le secret de la santé: «Mangez toujours avec modération, principalement des végétaux.»

Pour Henri Chenot, fondateur de la très sélecte cure du Palace Merano où se pressent oligarques russes, célébrités, chefs d’Etat et hommes d’affaires, il faut détoxifier son foie un jour par semaine et privilégier un régime à base d’aliments d’origine végétale.

L’essayiste française Dominique Loreau rappelle enfin que certains peuples vivent en excellente santé jusqu’à un âge avancé grâce à leurs habitudes alimentaires. En Chine, les centenaires se sustentent essentiellement avec des bouillies de maïs broyé à la pierre, agrémentées de légumes sautés au wok.
Les Japonais, quant à eux, mangent rarement à satiété. Ils picorent du bout de leurs baguettes car, pour eux, la santé et le bonheur authentique ne sont possibles que dans une certaine ascèse. 

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Amanda Castillo

Journaliste

Lui écrire

Amanda Castillo est journaliste indépendante. Licenciée en droit et titulaire d'un master en communication et médias, ses sujets de prédilection sont le management et le leadership. Elle est l'auteure d'un livre, 57 méditations pour réenchanter le monde du travail, qui questionne la position centrale du travail dans nos vies, le mythe du plein emploi, le salariat, et le top-down management.

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