Bilan

La rentrée de la BCE contrariée par la Chine et l'euro

L'apaisement en zone euro des turbulences liées à la crise grecque n'aura apporté qu'un court répit à la Banque centrale européenne, dont la rentrée a lieu la semaine prochaine.

Mario Draghi voit d'un mauvais oeil la forte appréciation ces derniers mois du taux de change de la monnaie européenne.

Crédits: AFP

L'apaisement en zone euro des turbulences liées à la crise grecque n'aura apporté qu'un court répit à la Banque centrale européenne (BCE), dont la rentrée la semaine prochaine risque d'être assombrie par de nouvelles inquiétudes sur la Chine et l'euro.

Pour la première fois depuis janvier, les gouverneurs de l'institution "pourraient évoquer de possibles mesures additionnelles" de soutien à l'économie, à l'occasion de leur réunion régulière de politique monétaire mercredi et jeudi, souligne Michael Schubert, économiste chez Commerzbank.

Cette rencontre, traditionnellement suivie d'une conférence de presse du président de la BCE Mario Draghi, interviendra une semaine à peine après un coup de tabac sur les grandes places financières mondiales, saisies d'inquiétudes face à la multiplication des signes d'un ralentissement économique en Chine et ses possibles répercussions sur la conjoncture mondiale.

La BCE ne devrait pas "annoncer de changement de politique à l'issue de sa réunion, dans la mesure où elle a récemment minimisé l'importance des risques liés à la Chine", anticipe Jennifer McKeown, de Capital Economics.

Pour autant, les gardiens de l'euro voient d'un mauvais oeil la forte appréciation ces derniers mois du taux de change de la monnaie européenne, devenue une valeur refuge dans un contexte de turbulences boursières.

Un euro plus cher menace d'affaiblir la compétitivité des exportateurs européens et, conjugué à une nouvelle baisse des prix du pétrole, d'entraver le redémarrage de l'inflation en zone euro.

- Reprise 'décevante' -

En juillet, la hausse des prix à la consommation dans la région est ressortie à 0,2%, soit encore très loin du rythme d'un peu moins de 2% visé par la BCE.

Pour relancer cette dynamique, l'institution rachète depuis mars environ 60 milliards d'euros de dettes - principalement publiques - chaque mois. Le "QE", acronyme anglo-saxon désignant ce programme, prévoit au total 1.140 milliards d'euros de rachats d'ici septembre 2016.

A ce stade, l'institution peut se targuer de quelques signaux encourageants. Notamment, le crédit aux ménages et aux entreprises, dont la faiblesse a longtemps été un frein au redémarrage économique, poursuit son redressement, de même que la confiance du secteur privé en zone euro.

Pour autant, les banquiers centraux jugent la reprise "décevante", a révélé le compte-rendu de leur dernière réunion de politique monétaire. Au deuxième trimestre, la croissance au sein de l'union monétaire a légèrement ralenti, à 0,3%, contre 0,4% au premier trimestre.

La BCE risque surtout d'être "particulièrement contrariée par l'évolution récente des attentes d'inflation sur les marchés" - indicateur très regardé par ses gouverneurs - qui se sont à nouveau dégradées, souligne Michael Schubert, de Commerzbank.

Ces inquiétudes pourraient se refléter dans les nouvelles prévisions de croissance et d'inflation que doit dévoiler l'institution la semaine prochaine.

- 'Tout va dépendre' de la Fed -

Jeudi, "la BCE pourrait s'en tenir à des propos rassurants. Mais le décrochage des attentes d'inflation va sans doute la contraindre à une nouvelle intervention" prochainement, prévoit Sylvain Broyer, chef économiste chez Natixis, précisant que "tout va dépendre" de la Fed.

De nombreux investisseurs ont parié sur le fait que la banque centrale américaine relève ses taux directeurs d'ici la fin de l'année. Dans le cas contraire, le cours de l'euro pourrait encore grimper et saper l'action de la BCE.

Plusieurs banquiers centraux européens ont signalé récemment que l'institution se tenait prête à utiliser tous les moyens à sa disposition pour garantir le retour de l'inflation vers son objectif.

Pas question donc de réduire la voilure du QE. En cas de coup dur, la BCE pourrait même annoncer un prolongement de ses rachats au-delà de 2016 ou encore en élargir le spectre et le montant mensuel.

"Nous ne nous réveillons pas chaque matin en regardant les indicateurs économiques pour décider d'arrêter ou d'étendre le QE. Nous avons une perspective de long terme", a toutefois déclaré Benoît Coeuré, membre du directoire de la BCE.

Et d'ajouter : "Nous ne nous sentirions obligés d'agir que s'il y avait un changement fondamental dans la situation économique ou si la politique monétaire était fortement altérée par les développements sur les marchés".

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