Bilan

La question des visas fragilise l'accord migratoire UE-Turquie

La question des visas risque d'empoisonner les relations tendues entre Bruxelles et Ankara, illustrées encore mardi par la démission du chef de la délégation européenne en Turquie.

Le président Erdogan a plusieurs fois menacé, s'il n'obtient pas l'exemption, de ne plus appliquer l'accord migratoire du 18 mars, qui prévoit le renvoi en Turquie de tous les nouveaux migrants arrivant sur les îles grecques.

Crédits: AFP

La Turquie ne respecte toujours pas tous les critères pour obtenir une exemption de visas, a rappelé Bruxelles mercredi, repoussant le dénouement de ce dossier explosif qui menace son pacte migratoire controversé avec Ankara.

Censée se dénouer en juin, cette question risque d'empoisonner pendant encore plusieurs mois les relations tendues entre les deux partenaires de circonstance, illustrées encore mardi par la démission du chef de la délégation européenne en Turquie.

L'UE cherche pourtant à préserver un accord qui a fait chuter de manière spectaculaire les arrivées de migrants sur les côtés grecques depuis avril, et le président Erdogan a un intérêt politique à obtenir une exemption de visas pour les courts séjours de Turcs dans l'espace Schengen.

Mais si elle a fait des "progrès" ces dernières semaines, "la Turquie doit encore respecter les critères restants", a souligné le commissaire Dimitris Avramopoulos, chargé du dossier migratoire.

L'exécutif européen a cité la même liste de critères restant à remplir (sept sur 72) que celle dévoilée début mai. Elle inclut une modification de la législation antiterroriste turque, jugée trop large et menaçante pour la liberté d'expression.

La Turquie s'y est refusée jusqu'à présent, dans un contexte de reprise du conflit kurde depuis l'été 2015, couplée à une série d'attentats meurtriers attribués aux rebelles kurdes et au groupe Etat islamique (EI).

Un accord menacé

Parmi les autres conditions qui restent à remplir, l'UE demande des mesures anticorruption et un accord de "coopération opérationnelle" avec Europol.

Bruxelles et Ankara avaient fait d'une accélération du processus de libéralisation des visas une des contreparties politiques pour récompenser la Turquie de ses efforts pour freiner l'afflux migratoire vers l'UE.

L'objectif d'aboutir d'ici "la fin juin" avait été fixé, mais les deux parties semblent désormais convenir qu'il est devenu intenable.

"Le calendrier final dépendra à la fois de quand la Turquie aura rempli les critères restants et de quand les co-législateurs (c'est-à dire les Etats membres de l'UE et le Parlement européen, ndlr) auront pris leur décision", s'est contenté de commenter mercredi M. Avramopoulos.

A Bruxelles, comme à Ankara, l'échéance désormais évoquée est le mois d'octobre. Mais même si la Commission donne d'ici-là son feu vert, rien ne garantit que les Etats membres et les eurodéputés, de plus en plus réticents, suivront.

Le président Erdogan a plusieurs fois menacé, s'il n'obtient pas l'exemption, de ne plus appliquer l'accord migratoire du 18 mars, qui prévoit le renvoi en Turquie de tous les nouveaux migrants arrivant sur les îles grecques, y compris les demandeurs d'asile.

En dépit des controverses qu'il suscite au regard des droits de l'homme, il a permis une chute spectaculaire du nombre des arrivées de migrants sur les côtes grecques. C'est la preuve "qu'il est possible de briser le modèle économique des passeurs", s'est félicitée la Commission, tout en estimant que "les progrès réalisés jusqu'ici demeurent fragiles".

"Environ 1 740 migrants traversaient chaque jour la mer Égée pour gagner les îles grecques" avant l'accord, alors que le nombre moyen de franchissements irréguliers s'est établi, en mai, à 47", a souligné la Commission.

'Des hauts et des bas'

La route maritime depuis l'Afrique, via la Méditerranée centrale, est ainsi redevenue la principale porte d'entrée clandestine en Europe --toujours aussi périlleuse, avec près de 2.500 morts ou disparus depuis le début de l'année.

Depuis la mise en oeuvre de l'accord UE-Turquie, 462 personnes ont été renvoyées de Grèce vers la Turquie, dont seulement "31 Syriens, ayant choisi le retour volontaire", a aussi relevé la Commission.

Il était pourtant prévu que la Grèce pourrait également renvoyer contre leur gré des Syriens, mais les procédures individuelles qui doivent leur être accordées sont longues, et aboutissent parfois à une décision leur accordant l'asile dans l'UE.

Inversément, "un total de 511 Syriens ont été réinstallés jusqu'ici depuis la Turquie dans l'UE", selon la Commission.

Même s'il y a "des hauts et des bas", les relations Ankara-Bruxelles produisent de bons résultats, a affirmé mercredi un haut responsable turc.

En ce moment, il y a des problèmes, mais cela ne veut pas dire que nous ne serons pas sur la bonne voie dans 10 ou 15 jours", a-t-il assuré, sous couvert d'anonymat.

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