Bilan

La presse romande se penche sur son avenir numérique

Dans un contexte de contraction des recettes publicitaires et des effectifs, les représentants des médias romands ont débattu mardi soir sur les stratégies numériques en cours. Derrière le consensus autour d'une offre en ligne payante, un modèle d'affaires viable tarde à se dessiner.

Suite aux disparitions de la version papier du Matin et de l'agence Publicitas en 2018, les rédactions suisses tentent de penser un modèle numérique rentable.

Crédits: Bilan

«La concentration des médias risque de se poursuivre, et les médias cantonaux, qui résistent mieux, pourraient être touchés d’ici cinq ans», a estimé mardi soir à Lausanne Serge Gumy, rédacteur en chef de La Liberté (Fribourg). En cause notamment, des recettes publicitaires en baisse continue, qui continuent néanmoins à représenter jusqu’à 80% des rentrées de certains titres, essentiellement sur la version papier alors même que le déplacement du lectorat vers le web se poursuit. Ainsi, 80% des lecteurs consomment de l’information sur la toile contre 55% sur les versions imprimées des médias, selon une étude évoquée à l’occasion de la table ronde. 

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Selon cette même étude, cependant, seuls 52% des romands feraient confiance à l’information sur le web. Une crise de confiance, relevée par Gaël Hurlimann, rédacteur en chef numérique pour le quotidien Le Temps: «Quand on voit des insultes comme "journalope", on ne peut résumer la crise à une question de modèle économique et tout renvoyer à l’étage zurichois.» Allusion au bras de fer qui a opposé les rédactions romandes et les grands éditeurs propriétaires, en particulier chez Tamedia, suite à la décision en juillet de la suppression de l’édition papier du Matin, deuxième grand titre à disparaître du marché en deux ans après L’Hebdo (Ringier) en 2017.

Dépasser la crise de confiance

Parmi les solutions proposées par les participants pour regagner le lecteur, un travail sur la forme, avec des formats adaptés aux atentes des jeunes générations ou l’organisation d’évènements réguliers en rédaction ou en dehors pour recréer un lien avec le public. Philippe Mottaz, ancien directeur de l’information de la TSR a invité à sortir de la logique de l’abonné pour s’orienter vers celle du «contributeur», consulté en amont sur les orientations du média, afin de renouveler l’interacivité.

La question d’une offre numérique profitable reste au cœur des préoccupations. Présenté à l'occasion de l'évènement, le nouveau livre du journaliste Nicolas Willemin «médias suisses, le virage numérique» retrace une perspective sur 20 ans de la presse romande en matière d’initiatives numériques, et décrit les atermoiements des différents titres qui oscillent constamment depuis le début des années 2000 entre stratégie de web gratuit et payant, sans jamais trouver la bonne formule.

Les abonnements pourraient ne pas suffire

Un consensus semble aujourd’hui se dégager auprès de la nécessité d’une offre payante et du constat que les recettes de la publicité sur le web ne viendront pas compenser en termes de revenus le repli des version imprimées. Toutefois, les abonnements pourraient ne pas suffire à assurer la pérennité des médias, malgré une hausse de 30% sur l’année constatée chez certains titres de Tamedia et Ringier, d’où la nécessité de trouver des «sources alternatives de revenus», via notamment des partenariats avec des entreprises ou fondations. Face au développement d’une consommation multi-titres des nouvelles génération, la possibilité de laisser à des agrégateurs le soin de «remonétiser» la presse numérique a été également envisagée, sur le modèle d’Apple et Spotify qui ont relancé l’industrie de la musique, très impactée dans un premier temps par la digitalisation.

Malgré ces pistes, aucune solution claire ne semble encore s'imposer à moyen terme sur la question digitale et la circonspection reste largement de mise, à l’image de la remarque teintée d’ironie de Serge Gumy de La Liberté : «A force de prendre le virage numérique, j’ai peur que nous ne finissions par tourner en rond.»

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Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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