Bilan

La presse accentue la volatilité des cours

En postulant l’irrationalité des marchés, les médias ont un impact négatif sur les bourses, selon un article dont la professeure Rajna Gibson Brandon est un des auteurs.

Rajna Gibson Brandon est  professeure au Geneva Finance Resarch Institute.

Crédits: Lionel Flusin

En employant des termes tels qu’«irrationalité», mais aussi «absurde» ou «stupidité» pour décrire l’évolution des bourses, la presse financière a un impact négatif significatif sur les rendements des indices boursiers et accentue leur volatilité. C’est ce que démontre pour la première fois une étude menée par Rajna Gibson Brandon, professeure au Geneva Finance Resarch Institute (GFRI) de l’Université de Genève et au Swiss Finance Institute (SFI), Christopher Hemmens, de l’Université de Genève, et Mathieu Trépanier, de l’Université de Saint-Gall*.

D’où vous est venue l’idée de vérifier que la presse pourrait contribuer à créer de l’irrationalité sur les marchés en utilisant des termes appartenant au registre de l’émotion et postulant l’irrationalité des agents économiques? 

Certaines études académiques avaient montré l’effet sur les marchés de faits positifs ou négatifs rapportés par la presse, en constatant que l’impact est plus marqué dans le cas d’informations à connotation négative que pour des nouvelles positives. Mathieu Trépanier ayant déjà réalisé des études sur l’effet des émotions en finance, nous avons jugé intéressant de tester l’idée qu’un vocabulaire postulant l’irrationalité des marchés pouvait induire des réactions exagérées de ces marchés.

C’est le cas: on constate, en moyenne trois jours après la parution de tels articles, non seulement une baisse des indices d’actions, mais aussi une hausse de la volatilité mesurée par l’indice VIX. Nous avons observé ces effets sur les marchés d’actions américains après avoir analysé la presse financière à travers Dow Jones Newswires qui propose de nombreux articles financiers provenant de diverses sources. 

Comment avez-vous procédé?

Nous avons d’abord cherché à construire un lexique de termes qui, associés aux mots «stock market», Dow Jones ou S & P 500, décrivent des marchés irrationnels. Nous avons ainsi isolé 140 mots tels qu’«aberrant», «inhabituel», «chaos», «illogique», «bulle» ou encore «stupidité». Ce lexique a été validé par trois experts psychologues et neuroscientifiques. 

Et les marchés d’actions réagissent à ce vocabulaire émotif?

Oui, du moins les marchés d’actions américains que nous avons observés à travers les indices Dow Jones et S & P 500 dont les rendements diminuent. De plus, la volatilité des marchés d’actions augmente.  

Certaines actions sont-elles plus sensibles que d’autres au sentiment d’irrationalité?

Dans un deuxième temps, nous avons construit différents types de portefeuilles et constaté que les valeurs de croissance et les petites capitalisations sont plus sensibles aux articles utilisant des termes recensés dans notre lexique.

Qui provoque ces variations erratiques: des professionnels ou des investisseurs individuels moins informés?

Notre étude ne permet pas de le savoir. Le fait que les petites capitalisations soient plus sensibles à des articles postulant l’irrationalité des marchés est peut-être dû à une liquidité plus faible pour ces titres.

Vos conclusions peuvent-elles être extrapolées à d’autres marchés?

Il serait possible de mener des études en ce sens: notre lexique, représentatif de l’irrationalité, pourrait être utilisé pour élargir la recherche à d’autres marchés, voire pour étudier l’influence des informations véhiculées par les médias sociaux sur la rentabilité et la volatilité des marchés. On peut aussi chercher à intégrer notre mesure d’irrationalité aux analyses de risque, en vue de la construction des portefeuilles. 

* «Does Market Irrationality in the Media Affect Stock Returns?», Swiss Finance Institute, Research Paper Series 15-25

sean layland

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