Bilan

La pharma suisse en pleine mutation

Les remaniements annoncés par Novartis consolident un secteur déjà moteur en matière d’exportation, toujours compétitif en termes de recherche, et voué à l’être encore davantage.

Malgré un franc fort et des salaires élevés, la Suisse reste compétitive pour la recherche en raison de l’excellence de ses formations et de ses conditions de travail.

 

Crédits: Dr

Si elle était attendue depuis l’automne, rien n’avait filtré de la réorganisation des activités de Novartis récemment annoncée. Les choix du groupe ont été salués par les analystes, qui y voient un recentrage et une spécialisation salutaire. «C’est un bon deal. Et élégant, étant donné sa complexité: Novartis a réussi à combiner tout en une seule transaction», assure Thomas Kaufmann, analyste chez Credit Suisse.

Les activités les moins rentables ont été cédées séparément et fortement valorisées: la division vaccins – sauf les traitements contre la grippe – ira au britannique GlaxoSmithKline (GSK) pour 6,3  milliards de francs, la division santé animale à l’américain Eli Lilly pour 4,8  milliards de francs.

Novartis participera à 36,5% à une coentreprise avec GSK dans le domaine des médicaments non remboursés, et, surtout, acquiert l’activité oncologie de ce dernier pour 12,8  milliards de francs. Echange stratégique, qui permet à chaque acteur de récupérer les activités pour lesquelles il possède la taille critique nécessaire.

C’est notamment le cas de la division oncologie rachetée par Novartis (N° 2 mondial dans le domaine), à GSK (14e). Le pipeline de GSK renforce le bâlois, qui réduit l’écart avec le leader Roche et s’assure un solide portefeuille de produits. «Novartis fait le choix de concentrer ses actifs dans les domaines où il est leader mondial: pharma, génériques, ophtalmologie», résume Thomas Cueni, directeur d’Interpharma, représentant de l’industrie pharmaceutique. D’ici à 2015 et la fin des transactions annoncées, l’avenir des sites concernés, notamment à Nyon, reste incertain.

Une nécessaire spécialisation

Mais le recentrage sur l’oncologie, où une croissance forte est attendue, est une bonne nouvelle pour le secteur. Novartis se focalise sur une activité complexe et nécessitant un fort capital en R&D. «Auparavant, les groupes pharmas essayaient de tout faire. Face à la concurrence, le choix a été de se spécialiser. L’idée est d’avoir des produits plus spécifiques, mais générant plus de revenus», explique Larissa Müller, économiste pour le cabinet BAK.

«Si vous êtes innovant, l’expérience prouve que vous pouvez réaliser des marges dans les traitements contre le cancer, si vous apportez une valeur ajoutée claire et nette», complète Thomas Cueni.

Les choix de Novartis auront plusieurs conséquences. Bâle sortira renforcée comme lieu de prise de décision, tout comme la région genevoise qui concentre le plus de start-up en biotechnologie. La pharma suisse, qui pèse 66 milliards de francs en termes d’exportation, a connu entre 2010 et 2013 une croissance de 4,7%. Le secteur devrait profiter du repositionnement stratégique du géant bâlois, qui mise sur les atouts suisses en matière de recherche et d’innovation.

Le pays continue d’attirer une force de travail internationale et hautement qualifiée, qui, selon les analystes, ne sera pas réellement freinée par la votation du 9   février dernier. Des décisions publiques renforcent les orientations prises par Novartis, à commencer par le plan directeur global annoncé le 18 décembre 2013 par le Conseil fédéral pour renforcer la recherche et la technologie biomédicales, ou encore, ainsi, le schéma de parc national d’innovation. 

Si la Suisse n’a historiquement pas de politique industrielle, c’est
la première fois, soulignent des observateurs, que le Conseil fédéral accorde à la pharma la même importance qu’à la place financière. Une mutation profonde que les choix de Novartis n’ont fait qu’accélérer.

Camille Andres

JOURNALISTE

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