Bilan

La pharma suisse dans le viseur de Donald Trump

Donald Trump a réaffirmé devant les représentants mondiaux du secteur pharmaceutique sa volonté de réduire le prix des médicaments et de rapatrier la production aux Etats-Unis. Les pays qui, comme la Suisse, pratiquent une «politique déflationniste» sont directement mis en cause.

Joseph Jimenez, directeur général de Novartis, a rencontré Donald Trump à la Maison Blanche. 

Crédits: Keystone

Effet d’annonce ou risque réel? Le président américain est passé à l’offensive lors de la réunion organisée mardi 31 janvier à la Maison Blanche avec les dirigeants des principaux groupes pharmaceutiques, parmi lesquels Joseph Jimenez, directeur général de Novartis.

En présence notamment d’Alex Gorsky, CEO du groupe américain Johnson & Johnson - plus de 6000 emplois directs et indirects en Suisse-, Donald Trump a appelé à une relocalisation de la production sur le territoire américain.

Par ailleurs une baisse des prix est attendue pour faire face aux coûts générés par Medicare et Medicaid, systèmes d’assurance couvrant les besoins des personnes pauvres, âgées et handicapées. Trump a estimé que les pays qui attiraient les emplois en pratiquant des «politiques déflationnistes» devraient s’acquitter d’«une part juste» de l’effort demandé.

La position fait écho à une analyse parue dans le Wall Street Journal, qui relevait l’excédent commercial record de la Suisse de 37,6 milliards en 2016, dont la moitié réalisés aux Etats-Unis, en s’interrogeant: «Les efforts de la BNS depuis plusieurs années pour affaiblir le franc amènent à se demander pourquoi les Etats-Unis traitent plus durement le Mexique ou la Chine que d’autres pays en matière d’échange.»

Premier secteur potentiellement exposé: chimie et pharma, fortement orientés sur le marché américain, qui avec 94 milliards de francs de ventes à l’étranger, totalisent près de 45% des exportations suisses l’an passé.

Un protectionnisme difficilement applicable au secteur

Malgré les intimidations, le cours boursier des valeurs pharmaceutiques a relativement peu réagi au meeting de mardi, Novartis reprenant même près de 2% en fin de séance.

Pour Lorenzo Biasio, analyste chez Credit Suisse, le gouvernement américain n’est pas en mesure d’obtenir facilement de baisse des prix: «Un médicament est un produit très spécifique protégé par la propriété intellectuelle. Il est le fruit d’innovation de pointe et n’est pas directement remplaçable, ni imitable. L’OMS ou des organismes spécialisés définissent des algorithmes de traitement pour les médecins, incluant l’administration de médicaments déterminés. Si les Etats-Unis en ont besoin, ils continueront à les acheter. Trump cherchera sûrement à obtenir symboliquement une baisse visible de prix sur quelques produits, pour montrer qu’il parvient à des résultats, mais on ne s’attend pas à un mouvement d’ampleur.»

Les risques de relocalisation de la production semblent également limités à moyen terme. Longues et coûteuses, les accréditations de la Food and Drug Administration ne concernent pas seulement les médicaments distribués sur le marché américain, mais également les processus et les moyens de production.

Autant d’étapes qu’il faudrait entièrement revalider. «En termes réglementaires, rapatrier un bioréacteur, par exemple, est un processus long et nécessitant beaucoup de moyens pour l’administration américaine, relève Lorenzo Biasio. Si un risque de relocalisation se faisait jour, il ne porterait pas sur la production actuelle, mais sur celle de futurs médicaments. Toutefois, l’essentiel de la valeur ajoutée de la production pharmaceutique est intellectuelle, et provient d’écosystèmes difficilement transférables, alliant centres de recherches internationaux et grandes universités, comme c’est le cas à Boston, mais aussi à Lausanne et Zurich, avec l’EPFL et l’EPFZ.»

Outre les contraintes techniques, la dimension politique pourrait freiner les ambitions de Trump, notamment en matière de tarifs. Sous l’influence du lobby pharmaceutique, le Sénat des Etats-Unis vient de refuser au mois de janvier de légaliser la réimportation de médicaments américains vendus moins chers à l’étranger, en particulier au Canada. Malgré la pression, l’industrie semble bien décidée à maintenir ses marges.

 

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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