Bilan

La pharma américaine Incyte investit 100 millions à Yverdon

Incyte, l'un des nouveaux leaders américains du secteur de la biopharmaceutique, a choisi la Suisse pour implanter son nouveau site de production. Les dirigeants de l'entreprise ont présenté cet investissement évalué autour de 100 millions de dollars mardi 7 novembre au Y-Parc d'Yverdon-les-Bains.
  • Le futur site de production de la pharma Incyte va prendre place à Yverdon-les-Bains.

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  • Le site comprendra trois bâtiments dévolus à la production, à l'administration et laboratoires, et à l'énergie et consommables.

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Quelques heures après l'annonce de Roche de la suppression de 230 places de travail sur son site de Kaiseraugst (AG), la bonne nouvelle pour le secteur pharma vient d'Yverdon-les-Bains: Incyte Biosciences, un des nouveaux leaders américains de la biopharma, annonce son implantation sur le site d'Y-Parc, avec un site de production pour des traitements anticancer notamment.

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L'arrivée du nouvel acteur se fera en trois temps avec une première implantation d'équipes dans des bâtiments pré-existants d'Y-Parc le temps que le site de production sorte de terre, en bordure Sud de la zone d'activités actuelle. La société a acquis 21'000m2 de terrains pour cette première phase de travaux qui devrait durer deux ans, mais 46'000m2 autour de ce périmètre sont d'ores et déjà réservés pour de futures extensions.

A proximité du siège européen de Lausanne

Avec 1100 collaborateurs à travers le monde, Incyte n'est pas encore un géant de la pharma. Mais cette pépite fondée à Palo Alto en 1991, cotée sur le NASDAQ et désormais basée à Wilmington, dans le Delaware, affiche de grandes ambitions pour son développement. «80% de notre activité se situe dans le domaine du cancer. Nous assistons actuellement à une révolution dans le traitement du cancer avec l'immunologie et le reengeneering du système immunitaire», assure Hervé Hoppenot, CEO d'Incyte.

Pour lui, cette implantation helvétique constitue en quelque sorte un retour en Suisse, lui qui a travaillé pour Novartis et même présidé Novartis Oncology. Le siège européen d'Incyte se trouve d'ailleurs à Lausanne, pour les opérations commerciales notamment. La pharma américaine dispose également de deux groupes de recherche clinique à Lausanne et Genève. «Nous souhaitions maintenir siège européen et site de production assez proches et Y-Parc présentait l'option la plus intéressante, là on est à 20 minutes», glisse le CEO.

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Sur le futur emplacement s'élèvera dès 2020 un bâtiment de production de 3500m2, sur trois étages et 19m de haut, comprenant deux bioréacteurs au départ mais avec des possibilités d'en avoir six à terme. A côté de ce bâtiment principal s'élèveront un autre bâtiment pour l'administration et des laboratoires destinés à contrôler la fabrication du produit, et un troisième pour l'énergie et les consommables. Le délai de 2020, alors que le permis de construire est espéré pour janvier 2018 est notamment dû à la durée des phases de validation et qualification du site. Une fois toutes les autorisations obtenues débuteront alors les étapes de transfert et de production.

«Ici à Yverdon-les-Bains, nous aurons donc une usine de production d'anticorps monoclonaux et de fabrication du principe actif. Une fois ce dernier fabriqué, il sera expédié dans d'autres sites en Europe et aux USA pour produire les traitements», précise Michael Morrissey, corporate senior vice president et head of global technical operations chez Incyte.

70 places de travail au départ, 130 à terme

«Au départ, nous allons créer 70 places de travail, avec des locaux en location, mais nous monterons à 130 postes à pleine capacité», assure Michael Morrissey. Pour Philippe Leuba, conseiller d'état en charge de l'économie pour le canton de Vaud, «ce projet s'inscrit dans la durée. Des extensions futures sont quasi assurées, ce qui fait de ce projet un dossier majeur au sein de la Health Valley, qui comprend déjà 360 entreprises et 400 instituts de recherche dans le canton de Vaud, pour 20'000 emplois». La réservation par Incyte de 46'000m2 pour de futures extensions va dans son sens.

Sans tenir compte de cette réserve foncière. Incyte alloue à cette implantation «un budget au-delà de 100 millions de dollars», de l'aveu de Michael Morrissey, qui ajoute que «le chiffre précis sera connu début 2018». Une somme conséquente pour une société qui s'enorgueuillit de «réinvestir tous les revenus dans la recherche et la croissance».

Pourquoi Yverdon-les-Bains? Pour Hervé Hoppenot, la disponibilité et la qualité de la main-d'oeuvre locale sont primordiales: «Les produits que l'on fabrique relèvent de la haute technologie, avec un cycle de développement qui se comprend en décades, pas en mois ou en années. Nous visons 100% de fiabilité pour les patients, dans l'efficacité comme dans la disponibilité du produit. Le critère n°1 pour nous était donc trouver des compétences pour faire fonctionner une usine qui sera capable de fournir les patients avec fiabilité, donc la main-d'oeuvre et la fiabilité à 100%. Au coeur de la Suisse et du canton de Vaud, nous trouvons cela».

Au niveau local, «l'arrivée d'Incyte va avoir un impact énorme pour la région, et constitue une bonne opportunité pour créer des liens internationaux. C'est une occasion pour les autres acteurs d'Y-Parc et du canton de Vaud de nouer des partenariats», assure Juliana Pantet, directrice d'Y-Parc, qui recense 1300 emplois. Pour le syndic d'Yverdon-les-Bains, Jean-Daniel Carrard, «il reste 18 à 19 hectares sur le site, mais d'ores et déjà beaucoup d'intérêt de la part d'autres groupes». Pour soutenir cette croissance, la ville va faire bâtir un parc de stationnement mutualisé de 500 places sur deux étages pour 8 millions de francs, avec possibilité de l'agrandir jusqu'à six étages.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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