Bilan

La libre circulation divise les libéraux

Depuis trois ans, la gestion de l’immigration est au cœur du débat politique suisse. Le Parti libéral-radical n’y échappe pas, et des voix discordantes se font entendre.

Le conseiller national Benoît Genecand se dit sceptique sur l’application en tant que telle de la libre circulation.

Crédits: Anthony Anex/Keystone

A la suite de l’initiative de l’UDC «Contre l’immigration de masse», acceptée le 9 février 2014 par le peuple suisse, le Parlement a adopté en décembre dernier une nouvelle loi d’application de l’article 121a de la Constitution. Celle-ci a notamment pour objectif de maintenir les accords bilatéraux conclus avec l’Union européenne ainsi que la libre circulation des personnes. Cependant, depuis cette fameuse votation, l’attachement des Suisses à cet accord semble quelque peu ébranlé.

Les voix critiques se font de plus en plus nombreuses, l’enthousiasme pour une mobilité internationale sans entraves a fléchi et les réflexions sceptiques se développent. Il y a quelques semaines, l’ASIN (Action pour une Suisse indépendante et neutre), de concert avec l’UDC, a décidé de préparer une nouvelle initiative populaire fédérale afin d’éliminer la libre circulation des personnes. L’ASIN entend la lancer avant la fin de l’année.

Au sein du Parti libéral-radical, plus grand défenseur des bilatérales et de la libre circulation, des voix discordantes se font aussi entendre. Celle notamment du conseiller national Benoît Genecand qui se dit sceptique sur l’application en tant que telle de la libre circulation. C’est à l’occasion d’un débat organisé par le think tank Avenir Suisse en mai dernier que le politicien genevois s’est confronté à sa camarade de parti, la conseillère nationale et ancienne présidente du Conseil national, Christa Markwalder.

Tous deux ont abordé les craintes mais aussi les opportunités associées à la libre circulation des personnes entre la Suisse et l’UE. Ils ont également évoqué l’impact de cet accord sur le marché du travail en Suisse. Alors que la Zurichoise a rappelé l’importance des accords bilatéraux et de l’immigration pour l’économie suisse, le Genevois a mis en avant le fait que la Confédération, îlot de prospérité, offre
de bien meilleures conditions-cadres que ses voisins européens. «Cela provoquera inévitablement des tensions qui ne feront que croître car l’intérêt à venir travailler en Suisse va s’accentuer.»

Améliorer la formation

L’argument du chômage bas en Suisse ne suffit plus pour défendre la libre circulation, estime Benoît Genecand. En effet, la pression d’une main-d’œuvre étrangère meilleur marché augmenterait le stress
et la capacité de négocier son salaire pour les résidents suisses, notamment à Genève et dans le Tessin. «La Suisse compte 4 millions d’emplois (en équivalents plein temps) contre 100 millions entre la France, l’Italie et l’Allemagne. Le pays ne pourra pas absorber tout le monde», commente celui qui défend la solution d’un contingentement des étrangers.

Pour Christa Markwalder, il est important que les entreprises en Suisse se responsabilisent si elles ne souhaitent pas voir la future initiative de l’ASIN remporter l’adhésion du peuple. «L’économie
doit être raisonnable si elle ne veut pas que le régulateur agisse après cette votation. Les entreprises ont intérêt à respecter le principe de la préférence nationale avant d’engager des étrangers.» La conseillère nationale suggère également d’améliorer la formation en Suisse afin d’avoir plus de professionnels sur place ainsi que d’améliorer les structures qui facilitent l’accès au travail pour les femmes. 

Selon Vincent Kaufmann, directeur du laboratoire de sociologie urbaine à l’EPFL et directeur scientifique du Forum Vies Mobiles (Paris), la question de la libre circulation des personnes doit prendre en compte les aspects d’ancrage et d’intégration. Il se pose la question de savoir ce qu’il faut exiger des étrangers qui s’installent en Suisse. Par exemple, qu’ils parlent au moins une langue nationale? Quoi qu’il
en soit, le débat est loin d’être terminé.

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