Bilan

La HEAD, du luxe aux droits de l’homme

En dix ans d’existence, la Haute Ecole d’art et de design de Genève a su multiplier les partenariats avec le tissu socio-économique local. Une démarche primordiale pour son directeur Jean-Pierre Greff.
  • Jean-Pierre Greff veut offrir aux étudiants de la HEAD des espaces de simulation au contact des entreprises.

    Crédits: Guillaume Mégevand
  • Crédits: Guillaume Mégevand
  • Crédits: Guillaume Mégevand

Le cercle vertueux continue de tourner. Alors que la Haute Ecole d’art et de design (HEAD) est sur le point de réunir cet automne ses filières dans un nouvel écrin de quelque 20 000 m2 à mi-chemin entre l’aéroport de Genève et le centre-ville, deux de ses diplômées viennent d’être primées en France lors de l’incontournable Festival international de mode et de photographie de Hyères.

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La HEAD, sous l’œil curieux de ses concurrentes européennes, continue ainsi de faire rayonner ses formations et son savoir-faire. En dix ans d’existence, l’institution démontre qu’elle a concrétisé les ambitions exposées en septembre 2006 par son directeur Jean-Pierre Greff, lors de la fusion de l’Ecole supérieure des beaux-arts et la Haute Ecole d’arts appliqués dont elle est issue: «Il s’agissait d’engager un dialogue fort – et une émulation – entre les champs, eux-mêmes multiples, de l’art et du design contemporains, sans pourtant les confondre. Cette vision n’était pas unanimement partagée, alors que Genève cultivait la singularité, à mon sens dépassée, de deux écoles d’art, beaux-arts et arts appliqués», explique le chef d’orchestre de cette fusion. 

Pour soutenir cette nouvelle vision, il consacre en 2007 un colloque d’envergure, ainsi qu’une exposition internationale et un ensemble de master classes, à la relation entre l’art et le design. «Ce socle intellectuel a permis de donner des signaux forts quant à la nature et à l’ambition du projet qui allait être mené, poursuit l’historien de l’art de formation. Il était aussi nécessaire de l’ancrer dans une réalité locale et d’engager des partenariats stimulants avec le milieu culturel, mais aussi avec le monde socio-économique. Nous avons imaginé l’école comme une véritable émanation du territoire, de Genève donc, dans sa diversité, ses contrastes, ses tensions parfois.»

Jean-Pierre Greff commence par frapper aux portes des institutions et organisations de la région. Le Mamco et le Centre d’art contemporain adhèrent dès le début. Rapidement, la HEAD – 700 étudiants environ aujourd’hui – est présente dans les plus grandes manifestations telles que le Designers’ Saturday Langenthal, le Salon de Milan ou encore la Biennale de Saint-Etienne. Et connaît ses premières consécrations: en 2010, elle confectionne ainsi les tenues des hôtesses et hôtes du Pavillon suisse de l’Exposition universelle de Shanghai.

Réaction en chaîne

«Je suis convaincu qu’une école d’art et de design, si elle porte pour ses étudiants un projet ambitieux, ne peut pas travailler que dans des espaces de simulation, précise Jean-Pierre Greff. Nous devions travailler en vraie grandeur, et faire de la HEAD un lieu de production et de diffusion de l’art et du design.»

La volonté de collaborer avec les entreprises rencontre quelques résistances idéologiques au sein de la nouvelle entité, vite levées. «Parmi toutes les filières, nous devons préparer les étudiants à travailler avec les réalités du monde professionnel, y compris en cinéma ou en arts visuels, estime Jean-Pierre Greff. Ce qui ne nous empêche pas de cultiver un esprit critique. Toutes les portes doivent cependant rester ouvertes pour laisser aux étudiants le libre choix de leurs engagements. Cela leur appartient.»

Les premiers partenariats et mandats créent une véritable réaction en chaîne, jusqu’à s’élever désormais à une cinquantaine par année. Les tenues de travail du personnel des Thermes de Vals sont signées par des étudiants de la HEAD, tout comme la signalétique dans le bâtiment de l’OMC. L’école entretient aussi des relations solides avec les spécialistes du design d’intérieur Teo Jakob et USM. Les affiches du Paléo Festival, quant à elles, lui sont confiées depuis 2005.

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Les marques de mode, l’horlogerie et la joaillerie se montrent vite enthousiastes. «Une quarantaine de nos étudiants sont aujourd’hui employés par les grandes marques du secteur», indique Jean-Pierre Greff. Ainsi, le défilé de mode annuel de la HEAD, au départ modeste, a grandi au fil des années grâce à des sponsors – Bongénie, Visilab, puis Mercedes-Benz et aujourd’hui l’enseigne de luxe Chloé – toujours plus conséquents, jusqu’à occuper une place de choix dans l’agenda culturel genevois.

Outre les projets commerciaux, la HEAD met sa créativité et son savoir-faire au service de causes sociales ou politiques, la lutte contre l’homophobie, contre l’analphabétisme ou encore pour le droit d’asile. L’institution compte également parmi ses partenaires l’association Partage qui gère les invendus des grands distributeurs ou encore les Etablissements publics pour l’intégration (EPI). Un prix important a également été créé avec la Croix-Rouge genevoise.

Terrains d’expérience

Du luxe aux droits de l’homme, ces terrains d’expression ne sont pas vécus comme une contradiction. Bien au contraire. «Avec cette large variété d’expériences, la HEAD montre qu’elle peut travailler sur des registres, des situations, et des enjeux socio-économiques de toute sorte», explique son directeur. Les prestations de services, activités de mécénat et de sponsoring pèsent désormais plus d’un million et demi de francs par année. «Sans compter les bourses d’études», ajoute-t-il.

En jetant des ponts, la HEAD apporte sa pierre à l’édifice d’un pôle d’excellence dans l’art et le design autour du lac Léman. Son directeur souhaite à l’avenir explorer des pistes d’expériences qui reposent sur une dimension sociale et humaniste. Exemple avec la filière Media Design, qui a vu émerger des succès comme le studio de réalité virtuelle Apelab.

«Nous pourrions davantage collaborer avec des ingénieurs de la région pour nous diriger vers des applications plus utilitaires, dans le domaine de la santé par exemple, de la domotique ou des objets augmentés.» Un tournant qui, selon lui, représente un enjeu essentiel pour les designers de demain: «L’art et le design peuvent et doivent apporter une contribution majeure au développement social et économique d’une région comme l’arc lémanique.»

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Dino Auciello

ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

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Dino Auciello a été rédacteur en chef adjoint à Bilan, responsable de bilan.ch, de novembre 2014 à juillet 2017. Il a rejoint Bilan en 2010, après avoir terminé ses études à l’Académie du Journalisme et des Médias de Neuchâtel.

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