Bilan

La Grèce menacée de trébucher dans son pas de deux avec le FMI

La Grèce est désormais confrontée au risque d'une union bancale avec le FMI, ne réglant pas les lourds arriérés de sa dette qui caracole à près de 180% du PIB.

Le "pire choix" selon M. Tsakalotos, serait un ralliement formel du FMI au programme grec mais sans garantie préalable sur la dette.

Crédits: AFP

Poussée par Berlin au mariage forcé avec le FMI, malgré scènes et amorces de rupture, la Grèce est désormais confrontée au risque d'une union bancale avec ce gendarme financier, ne réglant pas les lourds arriérés de sa dette.

En décembre 2015, après sa réélection pour un deuxième mandat, le Premier ministre Alexis Tsipras lançait l'offensive contre l'implication du FMI dans son programme de redressement conclu en juillet avec les Européens, la jugeant "non constructive et non nécessaire".

Un an et demi plus tard, le virage est complet: pour le ministre des Finances, Euclide Tsakalotos, la participation du FMI est "le meilleur choix".

Car entretemps, M. Tsipras a tablé sur le FMI pour arracher à la zone euro l'engagement d'alléger la dette publique du pays dont il a fait son cheval de bataille.

Il se fondait sur les règles de l'institution, qui ne lui permettent pas en principe de participer au renflouement d'un pays insolvable.

Le "pire choix" selon M. Tsakalotos, serait du coup une union bancale, soit un ralliement formel du FMI au programme grec mais sans garantie préalable sur la dette, qui caracole à près de 180% du PIB.

Compromis boiteux 

C'est un tel compromis qui a été proposé le 22 mai par l'Eurogroupe, contraignant la Grèce à faire de l'obstruction pour le bloquer.

Une telle solution ne réglerait rien pour la Grèce, selon M. Tsakalotos, n'apportant pas aux marchés la "clarification" nécessaire sur la dette pour qu'ils refinancent le pays comme prévu à partir de l'été 2018.

Vu d'Athènes, le compromis apparait juste calibré pour permettre au gouvernement allemand de se présenter aux élections de septembre arqué sur son refus de toute concession envers la dispendieuse Grèce.

Athènes se prépare du coup à un nouveau rendez-vous difficile avec ses créanciers, lors de la prochaine réunion des ministres des Finances de la zone euro du 15 juin.

Le tout alors que l'échéance de juillet, quand le pays devra s'acquitter de créances de plus de 7 milliards approche, sans qu'il y ait encore de déblocage de nouvelle tranche de prêts à Athènes.

M. Tsakalotos s'est affirmé lundi "confiant" qu'un accord sera finalement dégagé le 15 juin "clarifiant comment la dette grecque peut être rendue viable".

Mais Athènes ne dispose pas de beaucoup d'atouts.

La Grèce a été entrainée dans cette partie complexe par le choix de Berlin, soutenue par La Haye et Helsinki, d'imposer la participation du FMI comme condition au renflouement du pays, souligne Georges Pagoulatos, professeur d'Études européennes à la faculté économique d'Athènes.

Le FMI bras armé de Berlin 

"Le FMI a servi d'acteur utile à l'Allemagne pour imposer à la Grèce un ajustement très dur", faisant peu de cas de l'acquis communautaire et des règles sociales européennes, face à une Commission européenne dont Berlin "se méfie", juge M. Pagoulatos.

"Demandes aberrantes", "mauvaise foi", experts "plutôt idiots", données "mensongères": le gouvernement grec de gauche a longtemps regimbé contre ce mariage forcé, imputant au FMI d'être l'empêcheur numéro un de sortie de crise.

La rhétorique était "surtout à consommation interne" visant l'électorat de gauche de M. Tsipras, juge Kostas Melas, professeur en finance internationale à l'université Panteion d'Athènes.

Mais elle a fait long feu: M. Tsipras s'est finalement résigné à proroger l'austérité jusqu'en 2021, comme l'exigeait le Fonds, en faisant voter à la mi-mai de nouvelles mesures d'économies d'un montant de 4,9 milliards.

Faute d'arracher en échange des engagements sur sa dette, le gouvernement grec, en chute dans les sondages et à la majorité parlementaire étriquée, est confronté au risque de sérieuses turbulences.

Le FMI a aussi laissé des plumes dans l'aventure, contraint à plusieurs reprises de confesser des défauts d'expertise sur la Grèce.

Pourtant, le FMI "a non seulement accepté mais exigé plus de rigueur, pour que le pays puisse tenir des objectifs budgétaires qu'il ne considère pourtant comme ni réalistes ni souhaitables", relève M. Pagoulatos.

Pour M. Melas, le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble pourrait au final réussir à imposer ses vues, en ayant "utilisé à la fois Tsipras et le FMI".

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