Bilan

La Grèce impuissante face au flux continu des réfugiés

Faute d'avoir alerté suffisamment tôt Bruxelles, la Grèce n'a ni les moyens financiers ni les compétences humaines pour accueillir décemment des milliers de migrants chaque jour. Reportage.

Malgré l'arrivée massive, presque chaque jour, d'un demi millier de réfugiés, les habitants de l'île de Kos continuent de se montrer solidaires. 

Crédits: AFP

Assis à quelques pas de la jetée, le jeune couple originaire de Homs, en Syrie, ne possède plus que les vêtements qu'ils portent sur eux. L'homme bredouille quelques mots d'anglais. Veulent-ils un peu d'argent pour manger? « Non dormir », répond-il. Depuis leur accostage, il y a trois jours, à bord d'un canot pneumatique, sur l'île grecque de Kos, dans la mer Egée, ils n'ont pas fermé l'oeil. L'épouse est enceinte. Il suffit d'une dizaine de minutes pour leur dénicher une chambre d'hôtel à quelques pas du port. En pleine saison touristique, le patron d'un établissement étoilé, avec piscine, accepte de loger le couple pour quelques dizaines d'euros.       

Malgré l'arrivée massive, presque chaque jour, d'un demi millier de réfugiés, les habitants de l'île touristique de Kos (quarante kilomètres sur huit) continuent de se montrer solidaires. Les restaurateurs, comme les autres autochtones, leur distribuent de la nourriture et des vêtements. Seulement voilà, ce confetti ne dispose d'aucune structure d'accueil. Si les Syriens, qui bénéficient d'un statut de réfugiés de guerre, sont ensuite évacués vers le continent par ferry, rien n'est prévu pour les Irakiens, les Pakistanais, les Iraniens, les Afghans – et même quelques Africains – qui s'entassent depuis des mois au Captain Elias, un hôtel désaffecté, sans eau ni électricité, à la sortie de la ville de Kos.  

Les migrants plébiscitent l'Allemagne   

 

Quant au commissariat sur le port, Il est totalement débordé. Comment enregistrer l'identité de migrants qui ne parlent souvent que leur langue? Le flamboyant Yanis Varoufakis, l'ancien ministre grec des Finances, débarqué par le Premier ministre Alexis Tsipras en juillet dernier, est revenu par la fenêtre avant les prochaines élections pour souligner que si son pays a « sauvé les banques », elle a caché sous le tapis cet afflux massif de réfugiés. « Il n'y a pas de solidarité européenne vis-à-vis des migrants », dénonce-t-il. Alors que l'Italie, qui en a accueilli 105 000 depuis de début de l'année, a su rappeler aux autres pays européens qu'ils devaient eux aussi porter le fardeau, la Grèce a passé sous silence l'accueil de 140 à 150 000 malheureux.  

Or, le règlement de Dublin, qui régit le traitement des demandes d'asile dans l'Union européenne, impose au pays d'entrée, et donc à la Grèce, d'enregistrer et de traiter les demandes de protection. Certes, l'immense majorité des migrants n'entend pas s'établir en Grèce. Ils poursuivent leur errance via la Macédoine, la Serbie, la Hongrie. Tous ceux que Bilan a interrogés citaient l'Allemagne et la Suède (beaucoup plus rarement la France) comme pays d'accueil définitif.

« L'Europe n'est pas glorieuse »

 

Toutefois, toujours selon le règlement de Dublin, l'Allemagne, la Suède, la France, ou tout autre pays de l'UE, ont parfaitement le droit de les renvoyer… en Grèce. Face à cette situation, Angela Merkel parle de « défis considérables » et François Hollande de situation « extrêmement grave ». Mais ensuite? Ni Berlin ni Paris ne sont en mesure d'imposer des quotas aux autres pays européens. Vienne, en particulier, a très clairement dit «non». Patrick Weil, historien de l'immigration au CNRS, professeur invité à l'université américaine Yale, constate dans le quotidien La Croix de mardi que « L'Europe n'est pas glorieuse parce qu'elle ne va pas bien (…) Or, on a du mal à accueillir les autres lorsque soi-même l'on ne se sent pas bien ».

Dans l'île de Kos, qui a vu naître Hippocrate, les autorités se posent d'autres questions : pourquoi ces réfugiés, venus de contrées aussi différentes que l'Afghanistan, l'Irak ou la Syrie, convergent-ils (presque) tous vers la ville turque de Bodrum, avant d'embarquer sur des canots pneumatiques vers l'île grecque de Kos? Certes, Kos n'est qu'à cinq kilomètres de la côte turque, mais il y a bien d'autres terres dans la mer Egée qui sont aussi proches de la Turquie, à commencer par Chios, non loin d'Izmir.  

 

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