Bilan

La gauche française serait «totalitaire»

Ex-ministre sous l’ère Sarkozy, Michèle Alliot-Marie dénonce dans un livre l’échec des socialistes, qui s’accrochent au pouvoir malgré leur impopularité. Elle s’en explique avec Bilan.

Michèle Alliot-Marie a voulu signer «un livre de combat».

Crédits: Fred Dufour/AFP

Avec La tentation totalitaire de la gauche, Michèle Alliot-Marie a voulu signer «un livre de combat». La femme politique française, membre des gouvernements Chirac (1986-1988) et Balladur (1993-1995) et quatre fois ministre entre 2002 et 2011, s’en explique lors d’un entretien avec Bilan.

«La gauche a échoué dans les domaines économique, social et moral, observe-t-elle. Les socialistes s’effondrent, on assiste à une grande désaffection.» Un phénomène qui mènera peut-être les Français à faire passer l’extrême droite, à savoir le Front national (FN) de Marine Le Pen, devant les socialistes lors de la présidentielle de 2017. Le FN se retrouverait alors face à l’UMP au second tour. L’UMP, anticipe Michèle Alliot-Marie, devrait se retrouver largement en tête.

«Les Français sont totalement désabusés de la politique socialiste, de la gauche caviar qui ment et qui triche, des hommes politiques sortis de l’ENA, imbus d’eux-mêmes et éloignés du terrain, constate-t-elle. Ils sont d’ailleurs désabusés de la politique tout court», souligne-t-elle, incluant aussi, cette fois, la droite dans ce constat. Une opportunité pour l’UMP, parti que Nicolas Sarkozy pourrait présider fin novembre, d’utiliser les trois ans qui restent avant l’élection présidentielle pour revenir en tête, en étant «au plus près du terrain et en écoutant ce que les gens ont à dire», préconise-t-elle.

«Dogmatique et populiste»

Le terme «totalitaire» pour désigner la gauche, Michèle Alliot-Marie l’emploie, car elle estime que les socialistes, rejetés par les Français, ne veulent pas lâcher le pouvoir. François Hollande est en effet le président le plus impopulaire de la Ve République. «Dès leur arrivée au pouvoir, les membres du gouvernement Hollande ont renvoyé plusieurs dirigeants qui n’avaient pas leurs idées: chef des services de renseignement, préfet de la police de Paris, chefs des administrations centrales, responsables des organismes de contrôle de l’information (CSA).»

Des propos toutefois remis en cause le 21 octobre dans l’émission «Le vrai du faux» de France Info, qui a démontré que Nicolas Sarkozy et François Mitterand avaient nommé plus de préfets que François Hollande en l’espace de trois mois.

Celui qui a clamé: «Je n’aime pas les riches», «je n’aime pas les entreprises» et «je veux gouverner contre la bourse» incarne pour elle une gauche «dogmatique, idéologue» et à certains égards populiste. «Jamais les entreprises n’avaient été ainsi montrées du doigt par les dirigeants politiques», dit-elle. Depuis 2002, la France subit une vague de délocalisations de ses grands groupes. EADS a implanté son siège social aux Pays-Bas, tout comme Publicis-Omnicom, tandis qu’ArcelorMittal s’est installé à Londres, Solvay-Rhodia en Belgique, et le nouveau géant Lafarge-Holcim emménage à Zurich. 

Cette gauche, poursuit l’ancienne ministre, est tentée de «prendre en main le pays et de transformer en profondeur la France, ses valeurs, les règles du vivre-ensemble et jusqu’aux fondements des institutions», met-elle en garde. Elle évoque «des forces de sécurité oppressives face à des manifestations de gens qui ne sont pas de gauche», ainsi qu’un Etat qui s’insère dans la vie privée des individus.

«Cette gauche, résume-t-elle, se concentre sur le mariage pour tous, l’assistance médicale à la procréation pour les couples gays, la gestation pour autrui, minimise l’aspect religieux et les valeurs traditionnelles, renie le mérite en supprimant la bourse au mérite.» Pourtant, le peuple exprime d’autres besoins, qui ne sont pas écoutés. Ce qui sera sanctionné, selon elle.

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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