Bilan

La fusion entre deux cliniques a avorté

Les médecins actionnaires de la Clinique Générale-Beaulieu se sont opposés au rapprochement avec les Grangettes, qui aurait créé la plus grande structure hospitalière privée de Genève.

Générale-Beaulieu est détenue à 30% par la Coopérative médicale de Beaulieu.

Crédits: Dr

C’est l’histoire d’une révolution manquée et d’un homme qui s’en va. L’homme, Philippe Cassegrain, a tenu les rênes de la Clinique Générale-Beaulieu, à Genève, durant plus de vingt-deux ans. Il y a développé une médecine de pointe et piloté près de 40 millions de francs d’investissement durant ces huit dernières années. En 2014, cette politique a généré un chiffre d’affaires de 90 millions, faisant de la clinique des hauts de Champel l’un des trois plus gros établissements privés du canton. 

Pourtant, Philippe Cassegrain s’en va par la petite porte. Dans un courrier interne daté du 28 septembre, le conseil d’administration annonce son départ pour «la fin du mois (...)». Deux jours pour faire ses cartons, officiellement pour «réorienter son activité professionnelle», après plus de vingt ans de direction générale, cela paraît un peu court. Pourtant, ni la clinique ni Philippe Cassegrain ne souhaitent en dire plus. Du côté de la Coopérative médicale de Beaulieu, qui réunit des médecins actifs dans la clinique, on perçoit le même silence gêné.

«C’est un coup d’Etat des médecins, résume un proche du dossier. Andreas von Planta, le président du conseil d’administration, et Philippe Cassegrain étudient depuis des mois une offre de la Clinique des Grangettes de fusionner leurs activités.» De fait, en 2013, les deux établissements avaient déjà uni leurs instituts de médecine nucléaire.

«Mais les médecins n’ont pas vu cette fusion d’un bon œil. Ils ne sont pas capables de percevoir les enjeux portés par la LAMal qui donne plus de pouvoir aux cliniques privées. Les médecins ne voient que leurs intérêts à six mois», estime encore cet expert.

Et lorsque la Coopérative médicale de Beaulieu (SMB) parle, la clinique fait plus qu’écouter. La SMB possède en effet environ 30% des parts de la société anonyme Générale-Beaulieu. Nombre de médecins ont également acheté des actions à titre personnel. Enfin, un tiers des actions sont dans les mains d’Albin Kistler, une société financière zurichoise qui gère de manière très traditionnelle le portefeuille d’une multitude de porteurs. Le reste des parts est éparpillé dans le public.

Pas de commentaire

«Le plus décevant, c’est qu’en pratiquant de la sorte, on a mis par terre un grand projet, développé à grands frais depuis dix-huit mois et qui a réuni nombre de conseillers juridiques et financiers», note encore un spécialiste qui a participé aux négociations. Ejecté par les médecins, Philippe Cassegrain «paie pour des choix qu’il a soutenus, mais qui ne sont pas forcément les siens», souligne-t-il.

Contacté pour savoir sur quelles bases cette fusion a été rejetée par les médecins, le Dr Ian Schwieger, président du conseil d’administration de la SMB, se borne à lancer: «Je n’ai pas envie d’en discuter.»

Les discussions, justement, si elles avaient abouti, auraient donné naissance à une structure hospitalière privée qui viendrait tutoyer le numéro un cantonal. Avec un chiffre d’affaires de 103 millions (chiffres 2013), la Clinique des Grangettes est en effet déjà numéro deux,derrière l’Hôpital de La Tour (206 millions en 2014). Une occasion ratée donc, pour la Générale-Beaulieu, elle-même pourtant issue de la fusion réussie de deux cliniques.

Charles-André Aymon

<p>Journaliste</p>

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Observateur toujours étonné et jamais cynique du petit monde genevois, Charles-André Aymon en tire la substantifique - et parfois horrifique - moelle depuis une quinzaine d’années. Tour à tour rédacteur en chef de GHI puis directeur général de Léman Bleu Télévision, il aime avouer à demi-mot n’avoir pas envie de se lancer en politique «parce qu’il ne déteste pas assez les gens». Ce regard mi-amusé, mi-critique permet au lecteur de passer indifféremment du détail au général et ainsi de saisir, même dans les péripéties locales, quelques-unes des ficelles qui meuvent le monde. 

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