Bilan

La dette américaine, «c’est de la folie!»

Le moment viendra où les marchés sanctionneront les Etats-Unis en faisant monter les taux d’intérêt sur la dette souveraine, met en garde le républicain Alan Simpson.
L’ancien sénateur Alan Simpson (à d.) et le président Barack Obama. Crédits: Saul Loeb/AFP

Alan simpson, ancien sénateur républicain du Wyoming et codirecteur avec le démocrate Erskine Bowles de la Commission Bowles-Simpson sur la dette créée par Barack Obama en 2010, craint la paralysie de Washington face à la crise budgétaire. Interview.

Que vous inspire l’accord voté par le Congrès et qui a permis aux Etats-Unis d’éviter le mur budgétaire?

Il ne suffit pas, car il ne règle pas les dépenses les plus importantes comme l’assurance-maladie et le financement de notre système de retraite. Les parlementaires ont augmenté les impôts des plus riches, mais s’ils pensent que cela résoudra le problème de notre dette de 16 300 milliards de dollars, ils se trompent. Nous empruntons 3,6 milliards de dollars par jour. C’est de la folie!

Vous n’auriez donc pas reconduit les baisses d’impôt votées sous George Bush?

Pourquoi avons-nous voté ces baisses d’impôt à l’époque? Nous étions engagés dans deux guerres qu’il fallait financer par l’emprunt. Nous avons une nouvelle loi sur la santé qui coûte une fortune et personne ne va augmenter les impôts, car ce serait suicidaire sur le plan politique. Alors on continue comme ça. Car, d’un côté, les démocrates ne veulent pas toucher aux programmes pour les retraités, quel que soit leur revenu. Et de l’autre, les républicains ne veulent pas entendre parler de hausses d’impôts.

Pensez-vous que Barack Obama soit aussi responsable des blocages sur la dette?

Si vous êtes un dirigeant, vous devez diriger. Et si vous dirigez, vous devez être prêt à recevoir plein de jugements hostiles et méchants. Reagan était souvent critiqué, mais il avait des tripes. George Bush père avait des tripes. Clinton avait des tripes. George W. Bush aussi. Barack Obama a la possibilité d’agir maintenant. Nous avons trop de dépenses et pas assez de revenus. Nous devons réformer le code fiscal et les retraites, sabrer dans le budget de la défense. Il faut que le président invite les leaders républicains et démocrates à la Maison-Blanche, leur offre une bière et leur dise: «Les gars, ce pays est bien plus important que votre maudit parti. Soyons sérieux. Nous savons tous ce qu’il faut faire.» Mais ils ont peur de bouger.

Sans action du Congrès, des coupes automatiques dans le budget fédéral risquent de se produire dans moins de deux mois. Les Américains vont-ils devoir attendre la dernière minute pour voir leurs élus réagir?

Bien sûr! Les politiciens ne prévoient pas, ils réagissent. Et ils ne le font que quand ils n’ont plus le choix. Cette année, nous allons probablement passer d’un mur budgétaire à l’autre jusqu’au moment où les marchés diront: «Vous êtes ridicules et votre gouvernement ne fonctionne pas. Nous voulons plus d’intérêts pour l’argent que nous vous prêtons.» Et au bout du compte, c’est la population qui payera l’addition quand l’inflation se produira.

Les républicains vont utiliser le débat sur la hausse du plafond de la dette américaine pour forcer la Maison-Blanche à faire des économies. Pensez-vous qu’ils ont raison?

Surtout pas. Vous ne faites pas des économies en votant contre la hausse du plafond de la dette, car vous mettez votre pays en défaut de paiement. Les Américains vous diront: «Merci de nous avoir mis dans cette situation.» Et le reste du monde regardera les Etats-Unis et se dira: «Ces mecs ne sont vraiment pas malins.»  

 

Jean-Cosme Delaloye

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