Bilan

La déprime des matières premières est bien partie pour durer

La déprime des cours mondiaux des matières premières, en baisse de 40% en 2015, risque de se prolonger pendant une période "assez longue" en raison de l'abondance de l'offre.

Parmi les facteurs explicatifs, le ralentissement de la demande mondiale, notamment en Chine, 1er importateur mondial de pétrole.

Crédits: AFP

La déprime des cours mondiaux des matières premières, en baisse de 40% en 2015, risque de se prolonger pendant une période "assez longue" en raison de l'abondance de l'offre, en particulier en matière énergétique, selon le rapport Cyclope publié mardi.

"On est entrés dans une période assez longue de prix durablement déprimés", un type de cycle dont "l'Histoire montre que cela peut durer une quinzaine d'années", a déclaré M. Chalmin, professeur à l'université Paris-Dauphine, lors d'une conférence de présentation de la 30e édition de ce rapport, qui fait référence dans le domaine.

Quelque 80 experts ont participé à la rédaction de ce pavé de près de 800 pages, qui couvre les matières premières "de l'ananas au zirconium", avec cette année l'ajout d'un chapitre sur le miel.

La baisse des cours a atteint en moyenne 38% en 2015 par rapport à 2014, pétrole (-46%) et minerai de fer (-42%) en tête, suivis par la poudre de lait (-40% environ), le gaz naturel (-29%) et le nickel, selon l'indice mis au point par Cyclope.

La viande de porc et le beurre ont chuté de 10% à 30% selon les régions du monde, tandis que soja, huile de palme, café, cuivre, charbon et sucre se sont payés 20 à 25% moins cher. La baisse est plus modérée pour les céréales (-6% pour le blé, -9% pour le maïs).

Seuls produits à s'inscrire en hausse: le cacao (+2%) et la potasse (+3%), ainsi que le thé et l'huile d'olive.

"Même s'il y a eu un léger rebond début 2016", notamment pour le pétrole, "nous sommes revenus aux niveaux de prix de 2003-2004", résume M. Chalmin, évoquant un "contrechoc" similaire à celui des années 1980.

Parmi les facteurs explicatifs, le ralentissement de la demande mondiale, notamment en Chine, 1er importateur mondial de pétrole, ainsi que de la plupart des minerais et métaux et de nombreux produits agricoles.

"Hémorragie" du négoce agricole

Mais c'est surtout l'abondance de l'offre qui explique la déprime durable des cours.

La fin des années 2000 a été marquée par "la crainte de manquer de ressources. Producteurs et financiers ont donc financé de nouveaux projets miniers et de production d'énergie", qui ont contribué à l'abondance actuelle, analyse M. Chalmin.

Face aux prix bas, la réaction des grands producteurs est souvent "d'inonder le marché pour sortir les autres", comme l'Arabie saoudite pour le pétrole, avec comme résultat la poursuite de la hausse des excédents et de la baisse des prix, selon l'expert.

Même phénomène dans le secteur minier, ou dans le lait, où Irlande et Pays-Bas maintiennent leurs objectifs de production malgré l'effondrement des cours.

Néanmoins à court terme pour 2016, on pourrait assister à un "processus de rééquilibrage du marché, car l'excédent est en train de se réduire" sous l'effet de la hausse de la demande des pays émergents et de la baisse de production aux Etats-Unis et peut-être dans l'Opep, a estimé Francis Perrin, auteur du chapitre Pétrole.

Reste que l'ambition de l'Iran d'augmenter sa production et les stocks pléthoriques au sein de l'OCDE continueront de peser sur les prix, tandis que les cours du gaz naturel et du charbon sont aussi en forte baisse.

Pour les produits agricoles, il est en revanche plus difficile de faire des prévisions à long terme, en raison du risque toujours présent d'aléa climatique.

"Je ne ferais pas le pari de prix agricoles déprimés pendant 15 ans, ni 5 ans. Peut-être un an", tempère François Luguenot, responsable des pages céréales.

En revanche, les entreprises de négoce agricole connaissent "une terrible hémorragie car il n'y a pas de tendance claire", souligne-t-il.

A long terme, la croissance de l'Inde pourrait redonner des couleurs à la demande de matières premières, même si sa politique économique, plus axée sur l'autonomie que celle de la Chine, limite son impact sur les marchés mondiaux, estiment les auteurs de Cyclope.

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