Bilan

La démographie fait tanguer l'économie allemande

En 2030, il manquera à Allemagne plus de 6 millions d'actifs sur son marché du travail. Son faible taux de natalité affecte déjà les entreprises. Le pays cherche des solutions.
La locomotive de l’Europe a bel et bien un talon d’Achille. La démographie au ralenti de l’Allemagne inquiète les milieux économiques et politiques au plus haut point. Le faible taux de natalité du pays aura rapidement de lourdes conséquences.

«D’ici à 2030, les entreprises vont devoir s'organiser avec 6,3 millions d’actifs en moins sur le marché du travail, tout en restant assez productives pour que la société puisse financer une augmentation de 5,5 millions du nombre de personnes âgées de plus de 64 ans», souligne Reiner Klingholz, directeur de l’Institut berlinois pour la population et le développement, dans une interview au magazine Challenges.

Un tiers aura plus de 65 ans

Pire encore: si elle maintient ce rythme, l’Allemagne ne dénombrera plus que 65 millions d’habitants en 2060, soit une baisse de 21% par rapport à 2012 (82,5 millions d’habitants). Un Allemand sur trois aura plus de 65 ans. On comptera trois actifs pour un retraité, contre six actuellement.

Durant ces quarante dernières années, le nombre annuel des naissances a diminué de plus de la moitié et l’espérance de vie a augmenté de dix ans. Des phénomènes qui affectent actuellement le recrutement. En Allemagne, 60'000 ingénieurs, 25'000 informaticiens ou encore 20'000 médecins manquent à l’appel.

Pour Reiner Klingholz, trois leviers politiques doivent être activés en même temps pour échapper au désastre. Premièrement, bousculer le modèle de famille restreinte ancré dans les esprits des habitants.

En effet, l’Allemagne affiche un des taux de natalité les plus bas: 1,36 enfant par femme contre 1,99 en France et 1,58 en Europe. Un quart des diplômées et un cinquième des femmes de 45 ans ne sont pas mère. «La politique familiale de ces dernières années a encore peu apporté», admet Reiner Klingholz.

Main-d’œuvre étrangère

Deuxièmement, la politique de formation: alors que certaines régions d’Allemagne connaissent déjà une forte pénurie de population, les jeunes les désertent à la recherche d’emploi. «Nos dirigeants ignorent le problème, au lieu d’agir.»

Finalement, le déploiement de la main-d’œuvre étrangère reste nécessaire pour les secteurs en difficulté. L’arrivée de jeunes Grecs et Espagnols qui fuient la crise pourra momentanément soulager l’Allemagne. Mais ce ne sera pas suffisant.

«Nous savons qu’avec leur passeport européen, ils ne demanderont pas la nationalité allemande et ne s’installeront pas définitivement, estime Reiner Klingholz. L’Allemagne a besoin de main d’œuvre du tiers-monde, qui s’ancre durablement chez elle, sur le modèle de ce qui se fait au Canada.»

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